Attentats de Paris et prise en charge «psy»: la polémique ne cesse d’enfler. Que s’est-il passé ?

 

Bonjour

Au début il y eut la polémique signée Hélène Romano sur le site The Conversation 1. Hélène Romano,  titulaire d’un doctorat en psychopathologie et auteure, avec Boris Cyrulnik, du récent et prémonitoire « Je suis victime, l’incroyable exploitation du traumatisme » Polémique, donc : « Les cellules d’aide psychologique : des gadgets politiques et médiatiques ? ».

Puis les médias généralistes tentèrent, calmement, d’expliquer de quoi il retournait. Comme Clément Guillet sur Slate.fr : « Attentats : comment prendre en charge les blessures psychiques  ». Ou France Culture dans Science Publique : « Comment adoucir le traumatisme des victimes du 13 novembre 2015 ?». Avec  Marianne Kedia, docteur en psychologie clinique, spécialiste du traumatisme ;  Aurore Sabouraud-Seguin, psychiatre et directrice du Centre du psychotrauma  et  Gérard Lopez, fondateur Centre Psy en 1995, initiateur des CUMP (Cellule d’Urgence Médico-Psychologique).

« Bazar »

Et soudain, samedi 21 novembre, la nouvelle vague de la polémique. Sur LePoint.fr (Jérôme Vincent, Violaine de Montclos, François Malye). C’est une attaque en règle, une accusation de « bazar », avec des  critiques violentes qui ne sont nullement anonymes:

Pr Humbert-François  Boisseaux, médecin en chef et chef du service de psychiatrie de l’hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris. « À Lyon, à Poitiers, à Lille, tout est très bien coordonné ; à Paris, non, et c’est un scandale. Il y a eu un déficit organisationnel majeur ». Certes, tous les blessés soignés ont été vus par un psychiatre après avoir été opérés, et un entretien a également été proposé à leurs proches. Le personnel soignant a également pu bénéficier d’un soutien psychologique à travers des groupes de parole ou une consultation spécialisée. Pour le reste, c’est-à-dire les innombrables personnes impliquées et parfois endeuillées, un de leurs proches ayant été abattu à leurs côtés, plusieurs dispositifs ont été mis en place sans coordination.

L’Hôtel-Dieu oublié

Dr Nicolas Dantchev, chef du service de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu (deux jours après les attentats) : « Depuis les attentats de janvier, il avait été décidé de regrouper les victimes psychologiques témoins d’un attentat sur le site de l’Hôtel-Dieu, Le vendredi soir, nous avons été activés à 23 heures. Appuyés par les cellules d’aide médico-psychologique (CUMP) du 92, du 75, et celles des sapeurs-pompiers, nous étions rapidement quarante-cinq psychiatres sur place. On nous annonçait alors deux cents impliqués, mais, je ne sais pas pourquoi, cinquante seulement nous ont été adressés dans la nuit. Et seulement cent le samedi. Le dimanche, nous en avons reçu quatre-vingt dix. On était en sureffectif alors que d’autres sites étaient débordés. »

Stéphane Gicquel (Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs) : Il déplore que l’Hôtel-Dieu n’ait pas pu jouer dans les premiers moments le rôle prévu. « C’est un endroit formidable au niveau médical, qui a été conçu pour cela, central, accessible. Mais voilà, il y a eu des querelles de chapelle. »  De fait, deux autres CUMP ont été mises en place, dans les mairies du 10e et 11e, ainsi qu’un lieu d’accueil installé à l’École militaire par la cellule interministérielle d’aide aux victimes (CIAV) et encore un autre à l’Institut médico-légal.

Absurdités

Dr Bernard Jomier, médecin et maire adjoint chargé de la santé à la mairie de Paris : « Je vous accorde que, samedi, dans nos deux mairies, c’était difficile. Il y avait un afflux massif et les personnes attendaient longtemps. Ensuite, les gens ont été accueillis dans de bonnes conditions et étaient reçus en moyenne une heure après leur arrivée. Chaque consultant partait avec un document d’information sur le choc ressenti ou un éventuel stress émotionnel ultérieur et un guide des structures de soins, d’accompagnement et de consultations psychologiques pour éventuellement poursuivre la prise en charge. Il est exact que des personnes ont vu des psys différents si elles sont venues plusieurs jours de suite et qu’il y a eu des problèmes de planning du personnel soignant samedi. De même, samedi, il n’était pas remis de document d’information aux consultants. »

Dr Humbert Boisseaux : « On n’a aucune idée du nombre de psys qui sont intervenus et interviennent encore, c’est quand même ennuyeux, Dans ce genre d’événement, l’intervention psy immédiate n’a de sens que si elle est articulée sur la suite. Il faut pouvoir savoir qui a été suivi, comment, revoir les gens. Aller parler de souffrances aussi intimes à un spécialiste qu’ensuite on ne reverra pas, c’est absurde. »

Erreurs répétées

Dr Didier Cremniter, psychiatre et organisateur national, régional et départemental des cellules d’urgence médico-psychologiques (après les attentats de janvier) : « Nous n’avons pas été à la hauteur ».

Les trois enquêteurs du Point : « Ces défaillances semblent confirmées par les résultats préliminaires de l’étude épidémiologique Impacts, dont Le Point a eu connaissance, celle-ci pointant notamment que « beaucoup de moyens mobilisés n’ont pas rencontré ceux qui en avaient besoin » à la suite des attentats contre Charlie et l’Hyper Cacher. Les mêmes erreurs ont été soigneusement et obstinément répétées depuis une semaine. »

Querelles de chapelle, absence de commandement et de gestion centralisée. Une incurie, pour résumer. Comment ce dossier va-t-il pouvoir évoluer ? Qui procédera à l’évaluation ? Quel est, ici, la chaîne de commandement ? Comment comprendre cette différence entre la prise en charge, remarquable, des blessés dans leur chair et celle des traumatisés psychiques ? Que s’est-il passé ? Et que faire pour que l’avenir soit différent ?

A demain

 

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