Haines, peurs, angoisses identitaires ? A La Chapelle-sur-Loire, le Front national a désormais dépassé les 40%

Bonjour

Ce matin, bleu florentin sur la Loire. Chambord en Sologne, Blois, Amboise et Langeais s’éveillent dans les brumes. Nous ne sommes ni dans le Nord ni dans le Sud extrêmes, mais bien dans le Jardin de la France où, depuis toujours, il « fait bon vivre ». Contre toute attente le Front national arrive en tête avec plus de 30%. Sur France Culture l’excellent Pascal Perrineau (politologue à Sciences Po) nous parle de la haine qui habiterait aujourd’hui un Français sur deux. La haine engendrée par la peur. La peur née de l’angoisse. L’angoisse, nous dit-on, de perdre son identité.

Identité ? Retournons à La Chapelle-sur-Loire, à l’extrême ouest de la région Centre-Val de Loire. Tranche médiane, royale du plus grand fleuve sauvage d’Europe. Les maisons sont de tuffeau, ce calcaire ligérien extrait des caves remplies du vin de Bourgueil. Jean Carmet est né à trois jets de grappes de La Chapelle. Le corps de Saint-Martin (de Tours) y est passé, glissant sur l’eau, à contre-courant ; un cadavre volé novembre 397 à Candes par des Tourangeaux qui en avaient saisi la sainteté et, peut-être, la valeur marchande. Ce jour là les aubépines refleurirent. D’où l’été qui porte le nom de ce saint, symbole du partage. Puis vinrent les Vikings.

Aloses et asperges

La Chapelle, donc. Nous y étions venus en mars dernier pour les élections cantonales. Dans le « nouveau grand canton de Langeais » qui réunit les trois anciens cantons de Langeais, Bourgueil et Château-la-Vallière le Front national était arrivé en tête dans vingt communes sur trente-deux. Avec, à La Chapelle-sur-Loire, 41,5 % des bulletins exprimés. Soit 250 personnes, un record.

Huit mois plus tard le score Front national est intact : 240 voix sur 555 suffrages exprimés. Mais c’est la région dans son ensemble qui a bel et bien basculé. Un phénomène qui fait dire à Pascal Perrineau, sur France Culture que les temps ont radicalement changé.

La haine, la peur, l’angoisse ? La perte d’identité ? La Chapelle-sur-Loire n’a jamais manqué de rien. Quand les bateaux ne remontèrent plus le fleuve, le chemin de fer de Nantes à Tours les remplaça. Sur les varennes les asperges les légumes et les fruits poussent depuis des siècles entre les vignes de cabernet franc. Il y a un ruisseau charmant, le Lane, qui garde la mémoire des nasses et de poisson-chat. Quand les aloses remontent, c’est toujours au printemps, quand pointent les asperges blanches.

L’affect dans l’isoloir

C’est un pays où les hommes se retrouvent dans les cercles antiques de boules de fort, alimentés par quelques fillettes. Nous sommes ici à égale distance du Meung-sur-Loire de Jules Maigret retraité d’amont, et du Julien Gracq éternel de Saint-Florent-le-Vieil, en aval. Et puis, bien sûr, au sud, François Rabelais. Sans être riche la commune n’est pas pauvre. On y reconstruit même, à l’identique ou presque des toues cabanées pour les gentils touristes étrangers. On leur a même dessiné une Loire à vélo. Et la commune est jumelée avec l’italienne Fara-Vicentino (Vénétie).

On ne vit pas en périphérie, ici.  Pourquoi la Chapelle fait-elle ce choix ? Sur place on vous parlera des gens du voyage. Mais ces manouches sont sédentarisés depuis environ un demi-siècle. Pourquoi l’ensemble de la région Centre a-t-elle, pour la première fois, fait le choix de l’extrême ? Pascal Perrineau nous parle d’électeurs irrationnels, du poids de l’affect dans l’isoloir.

Qui, ce matin, écoute France Culture à La Chapelle-sur-Loire ?

A demain

 

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2 réflexions sur “Haines, peurs, angoisses identitaires ? A La Chapelle-sur-Loire, le Front national a désormais dépassé les 40%

  1. Et si Pascal Perineau se trompait ?
    Et si les électeurs de ce coin de France considéraient que les partis aux affaires détruisent systématiquement les racines de la France, que vous rappelez si bien ?
    Et si on parlait un peu plus de France et un peu moins de République ?
    Et si on arrêtait un peu de répéter systématiquement aux gens qu’ils sont racistes, homophobes, antisémites ou islamophobes ?
    Et si les politiques réagissaient de la même façon quand une église est profanée (pratiquement une par semaine) que pour une synagogue ou une mosquée ?
    Peut-être alors les électeurs voteraient-ils « bien » (c’est-à-dire comme l’attendent nos élites déconnectées de la réalité).
    On peut aussi considérer que, du fait d’un mouvement levogyre de nos hommes politiques (comparer les idées défendues par Alain Juppé en 1988 et celles qu’il défend aujourd’hui), des personnes « de droite classique » se retrouvent voter FN, non pas du fait de l’évolution de leur façon de penser, mais plutôt du fait de l’éloignement des hommes politiques « classiques ».

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