Paludisme : on a créé des moustiques programmés pour s’autodétruire. Les écologistes interdiront-ils de les utiliser ?

Bonjour

Des scientifiques britanniques viennent d’annoncer avoir franchi une étape a priori importante dans la lutte contre le paludisme : ils sont parvenus à créer  des moustiques génétiquement modifiés porteurs d’une mutation génétique les rendant infertiles. Tout est expliqué dans leur publication  de Nature Biotechnology : « A CRISPR-Cas9 gene drive system targeting female reproduction in the malaria mosquito vectorAnopheles gambiae » ; une publication reprise par la BBC : « Scientists create infertile mosquitoes » et signée par un groupe dirigé par le Dr Tony Nolan (Department of Life Sciences, Imperial College London) – dans lequel on trouve Eric Marois (Université de Strasbourg, Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire).

L’idée de base est que deux copies du gène muté rend stérile l’insecte femelle qui transmet à l’homme le parasite du paludisme. Mais une copie est suffisante pour que, transmise à la descendance, elle conduise in fine à une stérilisation progressive (et à une extinction) de la population de moustiques.

« Gène de l’infertilité »

Les moustiques mutants créés à Londres ne sont pas encore prêts à être diffusés dans les régions impaludées. Des tests de sécurité seront nécessaires et une décennie semble un délai incompressible avant que l’on passe à l’action en vrai grandeur.  Les essais britanniques ont porté sur Anopheles gambiae – une espèce de moustique qui sévit en Afrique subsaharienne, là où l’on recense la plus forte mortalité par paludisme au monde.

Les travaux expérimentaux londoniens ont permis de « greffer » le « gène de l’infertilité » à plus de 90% de la progéniture de moustiques mâles et femelles, et ce sur cinq générations – un succès remarquable obtenu grâce à l’usage de la nouvelle technologie révolutionnaire « CRISPR-Cas 9 » permettant d’éditer les  génomes.

Pour le Pr David Conway, expert du paludisme à la London School of Hygiene and Tropical Medicine ce travail tient d’ores et déjà ses promesses via une modification transmissible ponctuelle de la machinerie génétique des moustiques ? Il estime toutefois que des travaux complémentaires sont nécessaires  pour vérifier que les moustiques ne développeront pas ultérieurement des mécanismes de résistance à la modification génétique.

Suceurs de sang

Un phénomène particulièrement intéressant apparaît : la BBC rapporte ainsi certains experts craignent que la destruction progressive de populations entières de moustiques pourrait être de nature à bouleverser les équilibres naturels de l’environnement.

Mais le professeur Tony Nolan a déclaré que cette méthode ne devrait pas, au final,  faire une grande saignée dans la population planétaire globale des moustiques. « Il y a environ 3400 espèces différentes de moustiques à travers le monde. Et alors qu’Anopheles gambiae est un important vecteur du paludisme, il n’est que l’une des huit cents espèces de moustiques que l’on trouve en Afrique – aussi son extinction dans certaines zones ne devrait pas affecter de manière significative les écosystèmes locaux. »

C’est là un sujet qui nous transporte dans un domaine politique, philosophique et éthique : l’homme doit-il, à tout prix respecter toutes les formes de biodiversité ? Au point de se refuser, quand il le pourra, à éradiquer certaines espèces d’insectes suceurs de sang à l’origine d’un nombre considérable de morts humaines prématurées ? C’est là un bien beau sujet de débat. Qui l’organisera ?

A demain

 

 

 

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