Foies alcooliques ou pas : les nouvelles lumières intestinales sur nos inégalités hépatiques

 

Bonjour

Il n’existe aucune égalité face à l’alcool. Certains dépassent allégrement les doses maximales conseillées sans véritable dommages corporels. A l’inverse d’autres verront leur foie et ses fonctions s’altérer pour des expositions au toxique nettement moindres. Cette inégalité crève les yeux ; elle est pourtant bien souvent officiellement niée.

On peut comprendre nos autorités sanitaires : comment bâtir des messages univoques de santé publique intégrant ces disparités individuelles ? Dans le même temps ce déni ruine de facto la portée de ces mêmes messages puisque la notion des inégalités individuelles est bien connue du plus grand nombre. C’est l’un des casse-têtes de la lutte contre ce fléau esclavagiste.

Flores intestinales revisitées

C’est dans ce contexte que s’inscrit une publication scientifique d’une particulière acuité. Elle vient confirmer la place majeure des microbiotes intestinaux (le microbiote est, schématiquement, la flore intestinale revisitée) dans le champ de la physiopathologie des mammifères en général – de l’espèce humaine en particulier.

Cette publication établit aujourd’hui un pont entre cet ensemble bactérien intestinal considérable et les inégalités individuelles en matière de toxicité hépatique alcoolique.  Elle est signée d’un groupe de vingt-quatre scientifiques et médecins de l’Université Paris-Sud, de l’Inserm, de l’hôpital Antoine-Béclère (AP-HP), de l’Inra, de AgroParitech et d’Aix-Marseille Université. Une équipe dirigée par le Pr Gabriel Perlemuter par ailleurs membre du Comité scientifique de SOS Addictions. Ces résultats viennent d’être publiés sur site de la revue Gut  1

Foies gras et cirrhoses

Après le cerveau, le foie est la  principale cible de l’alcool. « La maladie alcoolique du foie est un problème majeur de santé publique, rappellent les chercheurs français. L’atteinte hépatique est variable, s’étendant de la simple accumulation de graisse à l’hépatite alcoolique aiguë et à la cirrhose. Néanmoins, toutes les personnes ne sont pas égales devant la toxicité de l’alcool sur le foie. A consommation d’alcool équivalente en quantité et en durée, seuls certains buveurs excessifs vont développer une maladie du foie. »

Comment comprendre ces inégalités du risque devant la toxicité alcoolique ? On invoque souvent la génétique, une explication qui renvoie, tout bien pesé, au concept de fatalité. Peut-on imaginer d’autres facteurs influençant le déclenchement et la progression des lésions du foie ? Quid du microbiote intestinal voisin ?  C’est la piste qui a, ici été explorée. Et les auteurs font un constat : l’existence d’un déséquilibre du microbiode intestinal (dysbiose) chez les patients souffrant d’une hépatite alcoolique aiguë – déséquilibre qui n’est pas retrouvé chez des personnes devenues alcooliques sans pour autant être victime d’une maladie grave du foie.

Souris alcoolisées

Il fallait aller plus loin : vérifier si cette dysbiose jouait un rôle causal dans la survenue de lésions hépatiques. Les chercheurs ont alors entrepris d’humaniser des souris sans germes : transférer chez elles une fraction du microbiote des patients alcooliques. Plus précisément un groupe de ces rongeurs humanisés recevait le microbiote de patients alcooliques souffrant d’hépatite alcoolique aiguë et un autre groupe de recevait celui de patients alcooliques sans maladie grave du foie.

Puis ces souris ainsi greffées étaient alcoolisées. « Il a alors été observé que les souris du premier groupe développaient une inflammation du foie et du tissu adipeux, ainsi qu’une augmentation de la perméabilité intestinale supérieure aux autres, résument les auteurs de la publication ; De plus, certaines espèces bactériennes délétères étaient spécifiquement associées au fait d’être sensible ou non à l’alcool. L’étude des métabolites montrait que le niveau d’acide ursodesoxycholique était plus important chez les souris résistantes à l’alcool. »

Aucune fatalité

Mieux encore : « en renouvelant ce type d’expérience avec des souris conventionnelles, qui ont l’avantage de se rapprocher de la pathologie humaine, ces travaux ont montré qu’il était possible de diminuer les lésions du foie des souris malades en leur transférant le microbiote de patients alcooliques n’ayant pas de lésions du foie. »

On peut ainsi en conclure que les susceptibilités individuelles à la toxicité hépatique de l’alcool dépendent (au moins en partie) du microbiote intestinal. Or, la composition de ce microbiote  est modifiable par l’alimentation. Aucune fatalité, donc, puisqu’on peut le modifier via des prébiotiques, des probiotiques ou encore grâce à des transferts de microbiotes fécaux.

En conclusion ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives, non seulement pour dépister les personnes susceptibles d’être sensibles à la toxicité de l’alcool, mais également pour améliorer le traitement des lésions hépatiques induites par l’alcool en modulant le microbiote intestinal. C’est peu dire que l’on attend, désormais, la suite.

A demain

1  “Intestinal microbiota contributes to individual susceptibility to alcoholic liver diseaseGut – gutjnl-2015-310585 – Published Online First: 7 December 2015

  1. Llopis, A. M. Cassard, L. Wrzosek, L. Boschat, A. Bruneau, G. Ferrere, V. Puchois, J. C. Martin, P. Lepage, T. Le Roy, L. Lefèvre,B. Langelier, F. Cailleux, A. M. González-Castro, S. Rabot, F. Gaudin, H. Agostini, S. Prévot, D. Berrebi, D. Ciocan, C. Jousse, S. Naveau, P. Gérard, G. Perlemuter

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