Camisoles chimiques : heureux comme les bébés américains sous antidépresseurs ou sous neuroleptiques

 

Bonjour

Il y a quelques années on faisait grand cas, en France, des prescriptions de Ritaline® chez les enfants américains hyperactifs. Puis on a oublié. La Ritaline® (méthylphénidate) est toujours là, notamment sur le marché français (sous seize présentation) : Ritaline® 16, 63 euros les 28 gélules, taux de remboursement : 65%, Novartis Pharma 1.

On retrouve le parfum de la Ritaline® dans le NewYork Times repris par Slate.fr. « Aux États-Unis, on prescrit de plus en plus d’antidépresseurs aux bébés ».  Qu’apprend-on ? Qu’aux États-Unis, lorsque des bébés de moins de deux ans ont des « comportements violents » ou font des « crises difficiles à gérer », il est de plus en plus fréquent que des médecins leur prescrivent des antipsychotiques ou des antidépresseurs.

Vingt mille prescriptions

Vous êtes effarés ? Lisez The New York Times: “Still in a Crib, Yet Being Given Antipsychotics”. Un extrait est éloquent, qui ne nécessite pas vraiment d’être traduit :

Almost 20,000 prescriptions for risperidone (commonly known as Risperdal), quetiapine (Seroquel) and other antipsychotic medications were written in 2014 for children 2 and younger, a 50 percent jump from 13,000 just one year before, according to the prescription data company IMS Health. Prescriptions for the antidepressant fluoxetine (Prozac) rose 23 percent in one year for that age group, to about 83,000.”

« Près de 20.000 prescriptions pour des médicaments antipsychotiques comme le rispéridone (Risperdal) ont été rédigées en 2014 pour des enfants de moins de 2 ans. Selon le groupe de consulting médical IMS Health, il s’agit d’une augmentation de 50% par rapport à 2013. De même environ 83.000 prescriptions pour l’antidépresseur Prozac ont été données à des bébés du même âge, soit une augmentation de 23% par rapport à l’année dernière. »

Risperdal® et Xeroquel®

« Risperidone » soit, notamment, en France: Risperdal®, 37,10 euros les 30 comprimés taux de remboursement : 65%, Janssen Cilag. Indications : schizophrénie, épisode maniaque, traitement à court terme (jusqu’à 6 semaines) de l’agressivité persistante chez les enfants (ayant au moins 5 ans) et les adolescents présentant un déficit intellectuel et des troubles des conduites.

« Quétiapine » soit, notamment, en France: Xeroquel®, 90,20 euros les 30 comprimés, taux de remboursement : 65%, Astrazeneca. Indications : schizophrénie, manie, dépression bipolaire et épisodes dépressifs majeurs.

« Fluoxétine » soit, notamment, en France : Prozac® ; 4,31 euros les 14 gélules, taux de remboursement 65%, Lilly France/ Indications : épisode dépressif, troubles obsessionnels compulsifs, boulimie (en complément d’une psychothérapie pour la diminution de la fréquence des crises de boulimie, des vomissements ou de la prise de laxatifs).

Prozac®

Indication du Prozac®, en France, chez l’enfant âgé de 8 ans et plus et l’adolescent : « Un épisode dépressif modéré à sévère qui ne répond pas à une prise en charge psychothérapeutique après 4 à 6 séances. Chez les enfants et adolescents présentant un épisode dépressif modéré à sévère, Prozac® ne devrait être proposé qu’en association avec une prise en charge psychothérapeutique. »

On appréciera le conditionnel de cette dernière phrase.

« Ces chiffres ne veulent pas dire que 83.000 enfants ont reçu ces prescriptions, car les données ne prennent en compte que le nombre de prescriptions et certains enfants peuvent en recevoir plusieurs précise Slate.fr.  Mais selon IMS Health, ce genre de médicaments a été prescrit à au moins 10.000 enfants aux États-Unis.

Xanax®

Selon des données publiées en février dans le Wall Street Journal, près de 250.000 bébés de moins de 1 an ont également reçu des prescriptions pour des anxiolytiques comme l’alprazolam, ou Xanax. »

Alprazolam, soit en France : Xanax®, Pfizer. Indications : « Ce médicament est préconisé dans le traitement de l’anxiété lorsque celle-ci s’accompagne de troubles gênants, ou en prévention et/ou traitement des manifestations liées à un sevrage alcoolique ». Rien n’est précisé pour les enfants.

Lever un instant le voile

« Les experts en psychiatrie interviewés par le New York Times se sont dits étonnés de ces chiffres, dans la mesure où ces médicaments ne sont officiellement approuvés que pour les enfants de plus de 8 ans, nous dit Slate.fr. Il n’y a aucune étude sur l’effet qu’ont les antidépresseurs et les antipsychotiques sur les moins de 2 ans. Certains experts se demandaient même si les enfants prenaient vraiment ces médicaments, ou si les prescriptions n’étaient pas en fait utilisées par les adultes. »

Serions-nous étonnés, en France, de connaître la réalité ? Il faudrait, pour cela, que la ministre de la Santé (ou l’Agence nationale de sécurité du médicament, ou la Haute Autorité de Santé, ou l’Institut national de veille sanitaire) lève un instant le voile qui entoure les prescriptions et les volumes de commercialisation de ces spécialités pharmaceutiques. Or,en dépit de tous les efforts accomplis dans le champ de la transparence (et de la démocratie sanitaire) ceci demeure, on le sait, secret.

A demain

1 Officiellement ce médicament est, en France, utilisé dans le traitement du « Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité » (TDAH)  chez les enfants et les adolescents de 6 à 18 ans. Il ne peut être utilisé qu’après échec des traitements sans médicament (« conseils et thérapie comportementale ». Il ne doit pas être utilisé dans le traitement du TDAH chez l’enfant de moins de 6 ans ou chez l’adulte, car la sécurité et les bénéfices de son utilisation n’ont pas été établis dans ces groupes d’âge.

 

2 réflexions sur “Camisoles chimiques : heureux comme les bébés américains sous antidépresseurs ou sous neuroleptiques

  1. Bonsoir,
    En plus du questionnement sur le bien fondé de ces prescriptions, comment ces médicaments sont ils administrés car la majorité d’entre eux (en France, en tous cas) n’ont pas de forme pharmaceutique adaptée au jeune enfant (forme buvable permettant de limiter le risque de fausse route et d’adapter la dose au poids de l’enfant).
    C’est peut être sur cette base que certains experts se demandent si ce ne sont pas des adultes qui prennent ces traitements.
    Cordialement,
    Rémi Dufourcq-Lagelouse
    Pharmacien

  2. Bonsoir,
    Au delà de la question du bien fondé de ces prescriptions, je m’étonne de celles ci car il n’existe pas, en France au moins, pour la majorité de ces spécialités de formes pharmaceutiques adaptées au jeune enfant, c’est à dire des formes liquides limitant le risque de fausse route et permettant d’adapter la dose administrée au poids de l’enfant.
    C’est peut être pour cette raison que certains se demandent si ces médicaments ne sont pas utilisés par des adultes.
    Cordialement,
    Rémi Dufourcq-Lagelouse
    Pharmacien

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s