Modifier à tout jamais les génomes des humains : la France n’a pas encore saisi que c’est une brûlante urgence éthique

Bonjour

On peut, dans Le Monde daté du 16 décembre, lire un point de vue de Pierre Jouannet. C’est un texte édifiant qui traite d’un sujet essentiel de bioéthique : autoriser ou condamner l’application à l’espèce humaine d’une nouvelle et formidable technique (dénommée « Crispr-Cas9 ») capable de réparer ou de modifier à l’envi l’ADN de toutes les espèces vivantes.

Vieux Continent absent

Pierre Jouannet est un spécialiste français de la biologie de la reproduction. Il  était (avec Emmanuelle Charpentier co-découvreuse de la technique) le seul intervenant français d’une rencontre internationale majeure : l’International Summit on Human Gene Editing s’est tenu du 1er au 3 décembre  à Washington (programme).

Ce sommet constituait, quarante ans plus tard, une suite de la conférence, historique, d’Asilomar. Cette rencontre était organisée par la Chinese Academy of Science, la Royal Society britannique, ainsi que par les académies nationales américaines des sciences et de médecine. Les pays du Vieux Continent étaient de fait absents alors qu’il s’agissait de débattre des implications scientifiques, éthiques et politiques associées aux nouvelles et troublantes perspectives de la modification des génomes humains.

Retour de Washington

Que nous dit, aujourd’hui, dans Le Monde, le Pr Jouannet de retour de Washington ?

Il explique ce qu’il en est de cet « outil moléculaire extraordinaire » qu’est le Crispr-Cas9, « capable de réparer ou de modifier l’ADN de toutes les espèces vivantes » Voir cette remarquable vidéo  « Genome Editing with CRISPR-Cas9 » du McGovern Institute for Brain Research at MIT .

« Bientôt Crispr-Cas9 permettra de mieux comprendre mais aussi de traiter un grand nombre de pathologies, écrit-il. Dans certains cas, la correction d’un seul gène pourrait contribuer à restaurer une fonction normale, comme par exemple chez les personnes atteintes de drépanocytose ou de chorée de Huntington. Il devrait être aussi possible d’améliorer la résistance à des infections comme celle par le VIH. Chez un enfant atteint de leucémie, on pourrait prélever la moelle osseuse, traiter les cellules souches hématopoïétiques in vitro, puis réinjecter les cellules corrigées pour rétablir une fonction médullaire normale. »

Impasses thérapeutiques

Ce n’est là, selon lui qu’une question de temps et l’affaire ne soulèvera pas plus de questions que n’en a soulevé la thérapie génique aujourd’hui confrontée à de nombreuses impasses techniques. Les questions sont d’une nature radicalement différente si la technique est utilisée pour modifier le génome des cellules germinales ou celles d’un embryon humain.

«  Dans ces cas, l’ADN serait modifié dans l’ensemble des cellules de l’enfant qui naîtrait de cette thérapie génique germinale, et il en irait de même ultérieurement dans toute sa descendance. D’un point de vue médical, la démarche pourrait être entreprise quand il y a risque de transmission par les parents à l’enfant d’une pathologie génique très grave et clairement identifiée et quand il n’y a pas d’autre moyen d’éviter la naissance d’un enfant -atteint. Ce genre de situation est extrêmement rare. »

Le début de la vie

Mais si cela devenait techniquement possible, serait-ce acceptable ? Plus précisément : l’acceptera-t-on le jour où ce sera possible ? Le marché et la possibilité feront-ils qu’on l’acceptera dès demain ?

« Pour une fois, il est possible de réfléchir en amont aux conditions de mise en œuvre, aux conséquences et aux éventuelles limites de nouvelles formes d’intervention sur l’être humain à toutes les étapes de sa vie » écrit le Pr Jouannet  qui se félicite que la réunion de Washington n’ait pas « fermé la porte » et qu’elle ait « souligné la nécessité de poursuivre la réflexion et le débat ». Peut-on faire autrement ?

Pompiers et atermoiements

« Pour que ce dernier puisse être mené à bien, deux conditions sont indispensables : continuer à progresser dans les connaissances, donc ne pas interdire la recherche, et ne pas se limiter à des discussions entre experts scientifiques ou médicaux en associant l’ensemble de la société, ajoute-t-il. C’est la voie qui va être apparemment suivie aux Etats-Unis, souhaitons qu’elle le soit aussi dans le reste du monde, -notamment en Europe et en France. »

Pourquoi tant et tant d’atermoiements ? Tout va toujours plus vite. De l’autre côté de la Manche la HFEA (autorité britannique de la fertilisation humaine et de l’embryologie), a reçu en septembre dernier les premières demandes de scientifiques revendiquant de pouvoir modifier – « éditer » – génétiquement des embryons humains (qui ne seraient, dans un premier temps, destinés à se développer).

Où l’on voit que la maison commence à brûler et que la France hésite encore sur la date à laquelle on se réunira pour savoir quand on commencera à penser à appeler les pompiers ;

A demain

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