Religion – psychiatrie: un médecin doit-il dénoncer un patient en voie de «radicalisation»?

Bonjour

Qui nous dira ce qu’est la « radicalité »et la « radicalisation » ? Où sont passés les « radicaux valoisiens » ? Dans son infinie sagesse le Conseil national de l’Ordre des médecins se garde bien de nous éclairer sur le sujet. Pour autant il vient de publier une note « radicalisation » – Une note « repérée » il y a peu par 20 minutes, comme nous le dit Le Figaro – un petit document éclairant qui témoigne des grands troubles que nous traversons :

« De nombreux médecins sont désormais confrontés à des patients ou interlocuteurs manifestant des comportements relevant de la radicalisation et ne savent pas toujours comment gérer leur prise en charge.

Des journées de formation sur la prévention de la radicalisation ont été organisées à plusieurs reprises par le ministère de l’intérieur depuis juin 2014, à plus de 2 000 agents de l’Etat, des collectivités territoriales et à d’autres acteurs concernés par cette question.

Afin de faire bénéficier au plus grand nombre des enseignements de ces journées de formation, le Conseil national de l’Ordre des médecins rend accessibles plusieurs documents qui en sont issus : une note résumant les principaux enseignements des journées de formation pour les médecins en exercice ; un kit de formation réalisé par le Comité interministériel de la prévention de la délinquance (…) ; ne présentation plus spécifique du dispositif relatif à la protection de l’enfance, qui peut concerner les enfants en danger ou en risque de l’être. »

Questions d’internat

Parlons clairement : faute de pouvoir  la prévenir, et sans aller jusqu’à envisager de l’éradiquer,   comment faut-il la traiter la radicalisation ? Faut-il distinguer la radicalisation du fondamentalisme religieux ? Que diront, demain, les questions d’internat ? Pour l’heure il semble acquis que radicalisation est un syndrome devant associer : un processus progressif ; l’adhésion à une idéologie extrémiste ; l’adoption de la violence.

« Par radicalisation, on désigne le processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d’action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social, ou religieux qui conteste l’ordre établi sur le plan politique social ou culturel » (Fahad Khosrokhavar)

Pour savoir s’il est confronté à un phénomène de radicalisation, le médecin doit identifier un faisceau d’indices que le CNOM résume dans un tableau que l’on peut consulter ici. Trois situations sont envisagées :

. Son patient est un proche d’une personne en voie de radicalisation. Le médecin doit alors lui conseiller de se rapprocher du Centre national d’assistance et de prévention de la radicalisation (CNAPR) au numéro vert 0 800 00 56 96.

S’affranchir du secret

Le médecin est face à un patient mineur en danger ou en risque de l’être. « La loi lui permet de s’affranchir de l’obligation de respecter le secret professionnel », a rappelé au Quotidien du Médecin  le Dr Jean-Marie Faroudja, responsable de la section éthique et déontologie au Conseil national de l’Ordre. Le médecin peut transmettre à la cellule de recueil des informations préoccupantes (CRIP) les éléments concernant le mineur en alertant les titulaires de l’autorité parentale au préalable (sauf si cela lui paraît contraire à l’intérêt de l’enfant). En cas d’extrême et d’urgente gravité, il peut saisir le procureur.

. Le médecin est face à un adulte en voie de radicalisation. « Il y a alors conflit entre sa déontologie et la non-assistance à personne en danger », constate le Dr Faroudja, qui appelle les médecins à se retourner vers les conseils départementaux, ou la section éthique et déontologie du CNOM, afin de faire du « cas par cas ».

Résumons, avec le Dr Faroudja : « Le secret médical est général et absolu, c’est un des piliers de la déontologie des médecins. Mais la loi prévoit des dérogations et permissivité dans certaines circonstances ». De ce point de vue la radicalisation ne renvoie pas à de nouvelles dérogations. Certes. Mais la radicalisation est-elle une pathologie ? Laurence Rossignol, secrétaire d’État chargée de la Famille vient de faire savoir qu’elle réunirait « dès janvier » un groupe de travail sur la prévention de la radicalisation.

Facteurs de risques

Dans l’attente on peut se reporter à l’entretien, assez décoiffant, accordé au Monde par  le Pr Kamaldeep Bhui, spécialiste de  psychiatrie à l’université Queen Mary de Londres. Cet homme étudie notamment les liens entre culture, origine ethnique et santé mentale chez les personnes issues de l’immigration. Appliquant les méthodes de recherche propres à la santé publique, il a cherché à identifier les facteurs de risque de radicalisation en interrogeant 608 personnes d’origine pakistanaise et bangladaise issues des milieux musulmans et vivant dans l’est de Londres et ainsi qu’à Bradford. Extraits :

« Je me suis intéressé à la phase précoce de la radicalisation : pourquoi des gens vivant dans une société qui leur apporte sécurité et éducation rompent-ils avec leur famille, et sont-ils prêts à sacrifier leur vie et à attaquer leur propre pays ? Nos conclusions vont à l’inverse de ce que nous attendions : les discriminations, la pauvreté et la religion ne sont pas particulièrement associées à la probabilité d’une sympathie pour le terrorisme. Les gens attirés par le djihad sont relativement riches et éduqués (…)

Nous avons aussi remarqué que les sympathisants de l’action violente ne disposent que d’un réseau social limité et se caractérisent par des tendances dépressives, une vision pessimiste de la vie. Ils peuvent être amenés à considérer les démonstrations de violence comme un moyen de régler leurs problèmes. Au total, 2,5 % de notre échantillon sont attirés par les protestations violentes, et entre 0,5 % et 1 % par les actes extrêmes. C’est peu, mais cela représente tout de même pas mal d’individus.

Si les terroristes font usage du langage religieux pour justifier leurs actes, notre enquête montre que ceux qui sont attirés par la violence ne sont pas particulièrement cultivés en la matière. Ce sont souvent des convertis ou des gens isolés qui essaient de se connecter à ce qu’ils croient être leur religion d’origine. On ne peut pourtant pas ignorer que la plupart des attentats ont lieu dans des pays musulmans, et que la plupart des victimes sont musulmanes.

Les terroristes cherchent à fracturer les sociétés occidentales et à provoquer une réaction de rejet des musulmans afin que ces derniers rejoignent leur cause. En se focalisant excessivement sur la religion, on risque de tomber dans leur piège. (…) »

Djihadisme et santé publique

La radicalisation une question médicale, le djihadisme une question de santé publique ? « Lorsque quelqu’un commet un crime, on se demande souvent s’il s’agit d’un malade mental, observe le spécialiste britannique. Chez les terroristes, c’est extrêmement rare, sauf pour quelques « loups solitaires ». Mais nous savons que les troubles se manifestent dès l’adolescence. Si nous sommes capables de repérer précocement des signes comme l’incapacité à se faire des amis, à débattre d’idées, à gérer une agression, on peut identifier des personnes qui peut-être commettront des attentats (…) Enseigner la cohésion, la confiance, la coopération, l’histoire de la pensée religieuse, l’éthique et la philosophie est une bonne chose. Mais intituler cela « lutte contre l’extrémisme » est ­assez désastreux. Il vaudrait mieux parler tout simplement de préparation à la vie ».

Le Pr Kamaldeep Bhui ajoute : «  Nos dirigeants devraient s’occuper de tous ces jeunes vulnérables dans les quartiers, dont tous ne sont d’ailleurs pas nés dans des familles musulmanes. Ils devraient donner des moyens aux services de prévention et d’aide. Certains adolescents perçoivent le terrorisme comme un remède à des problèmes qu’ils gardent secrets. De la même façon qu’on montre des images horribles pour prévenir la toxicomanie ou le cancer du poumon, il faudrait ­davantage exposer les ravages que ce type de dérive provoque chez les individus. »

Ce sont des propos britanniques. On peut penser qu’ils concernent aussi, au premier chef,  notre République.

A demain

 

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