Résistance totale aux antibiotiques : après la Chine, le mal a atteint les Iles Britanniques

Bonjour

Le 18 novembre c’était la Chine. Aujourd’hui c’est le Royaume-Uni : « Bacteria that resist ‘last antibiotic’ in UK ».  La BBC nous apprend que les symptômes se manifestent  à grande vitesse : si rien n’est fait nous entrerons bientôt dans l’ère « post-antibiotique » : Antibiotic resistance: World on cusp of ‘post-antibiotic era”. Et ce ne sera pas très beau à voir.

En Chine, comme The Lancet le révélait il y a un mois,  il s’agissait de la première découverte de l’émergence de souches bactériennes devenues résistantes  à la classe antibiotiques des polymyxines (colistine, polymyxine B) –  plus précisément un plasmide porteur d’un gène de résistance aux polymyxines, baptisé mcr-1, dans un grand nombre d’entérobactéries retrouvées chez des cochons et dans des viandes de porcs  ainsi que chez des patients admis dans deux hôpitaux du sud de la République Populaire de Chine.

« Très mauvaise nouvelle »

Le fait que ce gène de résistance se trouve sur un plasmide (et non plus à partir de mutations chromosomiques) suggère fortement qu’il pourrait se répandre géographiquement à travers un grand nombre de souches et d’espèces bactériennes. Les chercheurs chinois se disaient aussi inquiets de la forte prévalence de la résistance dans leur échantillonage – résistance retrouvée chez Escherichia coli et chez  Klebsiella pneumoniae.

Les spécialistes du Vieux Continent se disaient alors extrêmement  inquiets. Ainsi le Pr Gunnar Kahlmeter de la Société européenne de microbiologie et des maladies infectieuses (ESCMID) estimait qu’il s’agissait d’ une « très mauvaise nouvelle » :

« Nous avons abusé de l’usage des antibiotiques depuis leur découverte et avons continué à les gaspiller pour des raisons économiques dans des secteurs où ils n’avaient rien à faire. Nous avons cherché à savoir si l’utilisation de 600 tonnes d’antibiotiques par an pour traiter les élevages de porc n’était pas dangereux au lieu de simplement considérer que ce n’était pas la peine de prendre un tel risque. Avec ce nouveau gène mcr-1 de résistance à la colistine et à la polymyxine, il est désormais clair que l’usage fréquent de la colistine dans l’agriculture en Chine et dans l’Asie du Sud Est est à l’origine de cette catastrophe.  »

Porcs britanniques résistants

Les autorités sanitaires britanniques pensaient avoir encore trois années de répit. Elles ont toutefois voulu savoir ce qu’il en était sur leur sol.  « Public Health England” et l’”Animal and Plant Health Agency” ont ainsi testé  it.  24,000 échantillons bactériens collectés entre 2012 et 2015. Et la résistance à la colistine a été découvert dans quinze d’entre eux, parmi lesquelles des Salmonelles et des E. coli. Des souches résistantes à la colistine ont aussi été découvertes dans trois élevages de porcs.

Pour le Pr Alan Johnson (Public Health England) le risque de santé publique peut être actuellement considéré come faible mais l’évolution de la situation réclame une surveillance attentive et de nouvelles recherches. Les nouveaux germes résistants peuvent être tués lors d’une cuisson correctes des aliments et ceux identifiés en Grande Bretagne sont encore sensibles aux carbapénèmes.

Interdire les antibiotiques d’élevage

L’association « Alliance to Save Our Antibiotics »  indique que 837 kg de colistine ont été vendus à des exploitations britanniques en 2014. « Nous avons besoin que le gouvernement, la Commission européenne et les organismes de réglementation comme la Direction des médicaments vétérinaires répondent d’urgence, déclare-t-elle. L’utilisation préventive de routine dans l’agriculture de la colistine, comme de tous les antibiotiques importantes en médecine humaine, doit être immédiatement interdite. »

Pour sa part le ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales a précisé que la colistine ne représente que  0,2% des antibiotiques utilisés dans l’élevage au Royaume-Uni. Un porte-parole de ce ministère a déclaré que la surveillance dans ce domaine été accrue et que des directives prévoient une réduction de l’utilisation de cette colistine chez les animaux.

Gavages médiatiques

En juillet 2014 le Premier ministre britannique David Cameron avait annoncé sa volonté de prendre la tête d’une offensive internationale contre la résistance bactérienne aux antibiotiques : « David Cameron déclare la guerre mondiale à l’antibio-résistance ». Comme souvent, en Grande Bretagne, île reine du pragmatisme, les affaires de santé publique sont en branchement direct avec le politique. Tel n’est malheureusement pas le cas dans l’Union européenne.

On aimerait, ici, entendre la voix de Paris – avant que l’on apprenne que la présence, en France, des premières souches de résistance plasmidique aux polymyxines. Souches animales, puis souches humaines. Pour l’heure l’urgence médiatique est à dénoncer les conditions, inhumaines, de gavage des canards gras dans le Sud-Ouest.

A demain

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