Suicide du cardiologue de l’hôpital Georges-Pompidou: deux documents, troublants, sont à verser au dossier

Bonjour

Douloureux rebondissements dans l’affaire du suicide, par défenestration,  d’un cardiologue hospitalier parisien sur son lieu de travail . On se souvient que dans l’après-midi du 17 décembre le Pr Jean-Louis Megnien, 54 ans, cardiologue à l’hôpital européen Georges Pompidou, à Paris, s’est suicidé en se jetant, la tête la première, par la fenêtre d’un étage de l’établissement, côté cour. Le Figaro écrivait alors :

« Après un long arrêt maladie pour dépression, le Pr Megnien avait repris le travail lundi mais l’ambiance au sein de l’hôpital lui était devenue très pesante. Il y a quelques mois, plusieurs de ses collègues avaient d’ailleurs alerté la directrice de l’hôpital, Anne Costa [directrice des Hôpitaux universitaires Paris Ouest], ainsi que le patron de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, de «risques suicidaires» en raison, selon eux, de «harcèlement moral».

 Voici les nouveaux éléments qui sont aujourd’hui à verser à ce dossier.

 IUne première alerte avait été adressée à  Mme Costa (avec copie à Martin Hirsch et Sylvie Escalon, directrice du site de l’Hôpital européen Georges Pompidou) par un confrère du Pr Megnien ; et ce sous la forme d’un mail daté du jeudi 27 novembre 2014, 16h. Un mail, nous assure-t-on, toujours resté sans réponse.

 « Objet : RISQUE SUICIDAIRE

Importance : haute 

« Madame la directrice,

« Je vous écris ce jour pour porter à votre connaissance une information que j’estime être de la plus haute importance. Vous allez recevoir aujourd’hui le Pr Jean-Louis Meignen.

« Sachez, Madame la Directrice, qu’il est actuellement en très grande souffrance. Vous en connaissez la cause (harcèlement moral…) mais vous en ignorez son degré d’affliction!

Le Pr Meignen a une vision très noire de son avenir immédiat et à moyen terme. Il a clairement exprimé son « envie d’en finir »; il « s’est renseigné  » m’a-t-il annoncé ce matin, en pleurs! Seul son amour pour sa femme et ses 5 enfants l’ont empêché de commettre l’irréparable.

« Prendre une décision, aujourd’hui, qui irait contre son souhait ou ses intérêts risquerait de le pousser au fond du précipice au bord duquel il se trouve actuellement. Je tenais à vous en informer. J’espère que vous saurez lui tendre la main et lui apporter tout l’aide qu’il mérite.

«  Cordialement (…) »

II Ce document est aujourd’hui évoqué dans un mail adressé à Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP par le Pr Bernard Granger, directeur de l’unité psychiatrique de l’hôpital Tarnier, membre de la commission médicale d’établissement (CME) et du CHSCT central. Le Pr Granger a choisi de rendre public son texte (voir Le Figaro). Extraits :

« Monsieur le directeur général, cher Martin Hirsch,

« Comme tous ceux qui connaissaient Jean-Louis Megnien, j’ai été bouleversé par son suicide. J’ai du mal à contenir ma réaction et j’éprouve le besoin de vous écrire publiquement.

« Je ne méconnais pas la complexité d’un acte suicidaire sur le lieu de travail, le mélange fréquent de causes personnelles et de motifs professionnels, le degré plus ou moins élevé de fragilité de tout homme. Cependant, cela ne peut pas être un prétexte pour occulter la façon dont ce collègue a été objectivement maltraité, non seulement par certains de ses pairs, mais aussi par l’administration. Ces médecins et vos subordonnés auront à rendre des comptes. Vous aussi sans doute (…)

 « Les luttes claniques de l’hôpital Pompidou constituent le terreau sur lequel se développe une maltraitance institutionnelle incarnée en premier lieu par la directrice du groupe hospitalier, qui a choisi son camp plutôt que de se situer au-dessus de la mêlée, comme cela eût été son rôle. Et vous l’avez confortée dans cette posture partisane, qu’elle conserve aujourd’hui encore malgré la tragédie que vit l’HEGP. (…)On ne peut pas impunément jouer des divisions entre médecins d’un même hôpital pour asseoir sa domination, attitude détestable et dangereuse. Personne ne comprendrait que cette directrice soit maintenue à son poste après de tels événements. Il est même troublant qu’elle y soit encore.

Votre attitude et celle de votre administration dans tous ces drames n’ont rien d’original, hélas, car c’est un phénomène habituel que les personnes maltraitantes soient soutenues par leur hiérarchie et que les maltraités soient renvoyés à leur solitude et à leur désarroi. La réponse d’aller voir un psychiatre quand quelqu’un lance une alerte et fait part de sa douleur est une réponse insuffisante et peu responsable. C’est pourtant celle que vous venez de donner à l’un de nos collègues.

Ce déni à l’égard des personnes en souffrance professionnelle est quasi systématique (…)  Dans plusieurs autres endroits de l’AP-HP, il existe une forme de maltraitance banale, tolérée et sournoise, mais ravageuse. Le devoir du directeur général est de protéger ses personnels, et sauf à vous rendre complice de cette maltraitance, il vous appartient de prendre les décisions qui s’imposent pour préserver ceux qui se plaignent d’en être les victimes. Notre institution ne prend pas les mesures appropriées dans ce domaine.

Je vous rappelle à une autre de vos obligations. Si vous avez connaissance de faits qui pourraient être qualifiés de harcèlement à l’égard de Jean-Louis Megnien, vous n’avez pas le choix : vous devez en informer le procureur de la République (article 40 du code de procédure pénale) (…)

Avec mes sentiments de profonde affliction. »

III. L’Intersyndicat des médecins, chirurgiens, spécialistes et biologistes des hôpitaux de Paris demande que la problématique des risques psychosociaux des personnels de santé (et en particulier des médecins) soit une « priorité d’action » à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Le syndicat présidé par le Pr Christian Richard souhaite que ce sujet sensible soit abordé dès la rentrée de janvier par la nouvelle équipe de la commission médicale d’établissement (CME), mais aussi avec les CME locales et la direction générale de l’AP-HP. L’organisation souhaite être étroitement associée à ces travaux.

Un CHSCT extraordinaire de l’hôpital européen Georges-Pompidou s’était tenu le 18 décembre au matin, en présence du directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch. Celui-ci avait indiqué « combien l’institution, touchée par ce drame, prenait au sérieux cet événement tragique ». Il a annoncé à cette occasion avoir saisi la cellule consacrée aux suicides afin qu’elle étudie « les liens éventuels avec les conditions et l’environnement de travail » et procède à « une analyse complète des circonstances qui ont pu provoquer ce geste ».

A demain

 

 

3 réflexions sur “Suicide du cardiologue de l’hôpital Georges-Pompidou: deux documents, troublants, sont à verser au dossier

  1. Le cynisme absolu de l’administration des hôpitaux créant la zizanie et protégeant des assassins impunis …les harceleurs …Pendant combien de temps encore osera-t-on évoquer des problèmes personnels en cas de passage à l’acte déclenché par des prétendus médecins protégés par des délinquants en cols blancs ???

  2. Je suis Medecin généraliste dans le XVe et suis effondrée et en colère devant l’annonce du suicide d’un confrère qui aurait pu être évite , encore une fois , les médecins ne sont pas aimés a leur juste valeur et respectes devant la longueur de leurs études , l’abnégation devant les malades .. La France va mal , quand prendront on nos responsabilités et arrêter d’étouffer la réalité et de laisser faire de façon égoïste et criminelle comme après les attentats de Janvier 2015….
    Je souhaite et vais en parler autour de mioi que des mesures soient prisés vis a vis des directeurs d’hôpitaux en général qui. j’ai souvent observés ne sont pas « aimables » avec les médecins…
    J’Attends des résultats .
    Dr Christine Germain
    Paris XVe

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