Suicide à l’hôpital Georges-Pompidou : comment passe-t-on de l’ «antagonisme violent» au «comportement maltraitant» ?

BonjourSamedi 26 décembre. Le dossier du Parisien Aujourd’hui en France  concernant l’affaire  du suicide du Pr Jean-Louis Megnien ne comporte pas que  des témoignages médicaux anonymes convergents. Il faut aussi compter l’entretien avec le Pr Bernard Granger, responsable de l’unité psychiatrique de l’hôpital Tarnier (AP-HP). Un entretien qui éclaire la somme des éléments et le contexte ayant pu conduire à la mort par défenestration du cardiologue : « Suicide d’un cardiologue à l’hôpital : ‘’Il a été victime d’un comportement maltraitant’’ » (sur abonnement).

Luttes claniques

« Membre de la commission médicale d’établissement (CME) de l’AP-HP » le Pr Granger « a eu connaissance des maltraitances » dont se plaignait le Pr Megnien. C’est lui notamment qui, sur ce thème, s’est personnellement adressé par mail, à deux reprises déjà, à Martin Hirsch directeur général de l’AP-HP. Dans son premier courrier, au lendemain du suicide, il écrivait notamment :

« (…) Les luttes claniques de l’hôpital Pompidou constituent le terreau sur lequel se développe une maltraitance institutionnelle incarnée en premier lieu par la directrice du groupe hospitalier, qui a choisi son camp plutôt que de se situer au-dessus de la mêlée, comme cela eût été son rôle. Et vous l’avez confortée dans cette posture partisane, qu’elle conserve aujourd’hui encore malgré la tragédie que vit l’HEGP. (…)On ne peut pas impunément jouer des divisions entre médecins d’un même hôpital pour asseoir sa domination, attitude détestable et dangereuse. Personne ne comprendrait que cette directrice soit maintenue à son poste après de tels événements. Il est même troublant qu’elle y soit encore. (…)

Devoir

«  Dans plusieurs autres endroits de l’AP-HP, il existe une forme de maltraitance banale, tolérée et sournoise, mais ravageuse. Le devoir du directeur général est de protéger ses personnels, et sauf à vous rendre complice de cette maltraitance, il vous appartient de prendre les décisions qui s’imposent pour préserver ceux qui se plaignent d’en être les victimes. Notre institution ne prend pas les mesures appropriées dans ce domaine.

Je vous rappelle à une autre de vos obligations. Si vous avez connaissance de faits qui pourraient être qualifiés de harcèlement à l’égard de Jean-Louis Megnien, vous n’avez pas le choix : vous devez en informer le procureur de la République (article 40 du code de procédure pénale) (…). »

 Réquisitoire

Le Pr Granger complétait son réquisitoire en réclamant publiquement la constitution d’une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) ; sur ce point il laissait entrevoir de sérieuses dissensions entre Martin Hirsch et Marisol Touraine, ministre de la Santé, quant à la meilleure politique tenir pour faire la lumière sur ce suicide et prévenir la répétition de tels drames au sein du monde hospitalier.

Saluée par beaucoup, redoutée par d’autres l’action, volontariste et individuelle, du Pr Granger n’est pas sans surprendre dans un milieu éminemment complexe où les actions sont souvent menées collectivement ; un milieu dans lequel, aux joutes médicales mandarinales anciennes, vient se mêler le poids croissant du pouvoir exercé par une administration hospitalière qui, désormais, tient le haut du pavé.

Le vaisseau amiral et le capitaine

De ce point de vue l’affaire du suicide du Pr Megnien peut aussi être observée comme symptomatique d’un tissu hospitalier qui peine à trouver une identité. Et le symptôme est d’autant plus parlant que cet établissement est bel et bien, au bord de la Seine, le vaisseau amiral d’une AP-HP elle aussi dans les affres d’une quête identitaire. Où va ce superbe vaisseau – et que veut le capitaine ?

« Aucune mesure efficace et adaptée n’a réellement été prise pour régler l’antagonisme violent qui opposait certains médecins de l’hôpital à Jean-Louis Megnien et pour faire cesser cette maltraitance », déclare le Pr Granger au Parisien Aujourd’hui en France. Pourquoi ? Comment a-t-on pu en arriver là ? L’affaire est là : dans le décryptage de cette tragédie médicale hospitalière, dans la recherche des responsabilités du passage de la violence d’un antagonisme (monnaie courante dans bien des entreprises humaines) à une forme d’acharnement dans la maltraitance – et ce au sein d’un espace hospitalier dont la mission première est de soigner.

L’enquête-décryptage s’annonce longue et complexe. Elle sera toutefois facilitée par la découverte et la lecture des mails écrits et datés par les principaux acteurs de cette tragédie. Des document qui sont, désormais, terriblement éclairants.

A demain

Une réflexion sur “Suicide à l’hôpital Georges-Pompidou : comment passe-t-on de l’ «antagonisme violent» au «comportement maltraitant» ?

  1. Le terme d’acharnement est parfaitement adapté à cette maltraitance particulièrement incroyable, monstrueuse dans des structures de soins …C’est ce terme qu’a utilisé un confrère généraliste vacataire au service des urgences face au chef de service venu à mon domicile et m’ayant envoyé deux psychiatres en plein travail …au bout de 16 ans où j’avais travaillé de mon mieux dans le service …Je témoigne obstinément pour que d’autres parlent , que les proches de confrères « suicidés » ne voient pas leur peine décuplée par un sentiment de culpabilité déplacé …Et surtout surtout pour briser le silence des témoins passifs …A Toulouse un soir je me suis rendu après mes consultations tardives à ‘hôtel de police tout proche et le policier qui m’a reçu à inciter à encourager le témoignages , dont celui de la dernière secrétaire de Martine quia ffirmait qu’il ne pouvait s’agir d’un suicide .J’ai cru naïvement qu’un mémoire publié à Paris suffirait, je rêvais mais qu’en sera-t-il d’un documentaire ??? en espérant qu’il soit diffusé prochainement … Mais il se peut que ce suicide de trop survenu dans un prestigieux hôpital parisien suffise à commencer à délier les langues Merci en tout cas pour ces articles …

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