Suicide d’un médecin à l’hôpital Georges-Pompidou : Le Parisien évoque un «univers impitoyable»

Bonjour

Samedi 26 décembre. Le Parisien Aujourd’hui en France  traite de l’affaire du suicide de l’Hôpital européen Georges-Pompidou. C’est son « fait du jour » : « Suicide à l’hôpital Pompidou : ‘’J’ai vu, face à moi, un homme brisé’’ ». C’est une nouvelle lecture d’une affaire sans précédent qui a pour cadre le premier groupe hospitalier européen ; une affaire à ses prémisses que les médias généralistes peinent encore à traiter, à mettre en scène, à dévoiler ; situation classique quand la mécanique judiciaire ne tourne pas encore a plein régime fournissant alors aux médias des éléments jadis plus ou moins couverts par le secret de l’instruction.

Colères médicales

Résumons l’angle du Parisien : (Claudine Proust) : « les collègues du docteur Jean-Louis Megnien, qui s’est suicidé à l’hôpital Pompidou, estiment qu’il a été victime de maltraitance et dénoncent un univers impitoyable » ; « après le choc, la colère ». Extraits :

« La direction générale de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) vient d’annoncer la création d’une « commission extérieure », chargée à partir du mois de janvier de mettre à plat « les sujets conflictuels dans l’établissement ». Un euphémisme, à écouter ceux, parmi les confrères du docteur Megnien, qui se livrent, racontant, le cœur lourd, un hôpital qui ne brille pas que par ses prouesses médicales.

Sous les verrières de ce navire amiral, dernier-né des 39 établissements de l’AP-HP, des « affaires » aux accents de règlements de comptes émergent régulièrement depuis deux ans. L’atmosphère est poisseuse, l’ambiance de travail relève de l’univers impitoyable. ‘’Avec la mort de Jean-Louis, cela a pris une tournure dramatique. On ne pourra pas continuer à faire tourner cet hôpital coûte que coûte, à refermer le couvercle de la cocotte-minute et à passer à autre chose si l’on n’en tire pas les conséquences. Le dossier de cet hôpital est accablant ‘’, s’emporte, bouleversé, l’un des confrères du docteur Megnien. »

Le Parisien brosse un portrait du suicidé :

«  Marié, père de cinq enfants, dont trois sont encore mineurs, Jean-Louis Megnien était âgé de 54 ans. Cardiologue reconnu, il était un « très grand pro », souligne un confrère qui témoigne lui avoir régulièrement adressé des proches. Ses études de médecine menées à la Pitié-Salpêtrière, terminées en 1989, il avait rejoint le centre de médecine préventive cardiovasculaire à l’hôpital Broussais en 1990, avant que ce centre ne soit absorbé, avec l’ensemble de ses services de pointe en cardiologie, dans le tout nouvel HEGP (Hôpital européen Georges-Pompidou), en 2001. A l’HEGP depuis son ouverture, il a continué à exercer dans ce même service, sous la direction du Pr Alain Simon.

Maître de conférence-praticien hospitalier en 1999, il a accédé à son tour au rang de professeur (PU-PH) en 2011, à l’âge de 49 ans. Un titre qui ne s’obtient qu’à la condition de remplir un certain nombre de critères, de publications et de reconnaissance professionnelle, non seulement dans son métier, mais aussi en tant qu’enseignant. A ce titre, tout en tenant à poursuivre son activité de soins et de recherche clinique à l’hôpital Georges-Pompidou, il s’était beaucoup investi dans le projet pédagogique de numérisation de l’enseignement à la faculté de médecine Paris-Descartes. »

Anonymats médicaux

Puis Le Parisien cite des témoignages anonymes, des anonymats réclamés, des anonymats d’autant plus surprenants, pour la journaliste du quotidien, qu’ils émanent, écrit-elle, « de médecins établis, de ‘’pontes’’ qui ont aussi rang de professeurs, rompus à batailler contre la mort (…) ». Des durs à cuire, en somme mais qui ont peur, à Georges-Pompidou, de ruer dans les brancards car ils s’exposent, dans ce cas, à « être puni ». Soit une forme de condamnation tacite de ceux qui sont « contre », qui critiquent la cogestion de la direction de l’établissement. « En gros, c’est adhésion ou éjection », a résumé un  spécialiste à la journaliste. :

« Punition signifie ne plus être en grâce, mais aussi privation de moyens (secrétariat, bureau, lits…), chicanes, voire être doublé par un autre le jour où l’on espère succéder à son chef de service. ‘’Les successions doivent en principe se faire par appel d’offres, mais ils sont régulièrement pipés’’, confie un médecin, avouant au passage avoir renoncé de longue date à échanger avec ses collègues par mails professionnels ‘’par crainte de piratage des boîtes aux lettres’’. »

Vérités médicales

La vérité ? A différents degrés trois enquêtes seront menées : par la police (commissariat du XVème arrondisement), par une commission interne d’analyse des suicides, par une commission ad hoc, interne à l’AP-HP, constituée par la directeur général mais déjà dénoncée par ceux qui réclament à Marisol Touraine, ministre de la Santé, une inspection indépendante de l’Inspection générale des affaires sociales.

D’ores et déjà la question se pose des responsabilités respectives de l’administration de l’AP-HP et des médecins directement concernés. Une question éclairée par des témoignages de « harcèlement moral » dont le Pr Megnien aurait été la victime ; des témoignages confortés par la lecture d’échanges de mails particulièrement troublants.

Mail du 28 janvier 2014

Comme ce mail (daté du mardi 28 janvier 2014) dans lequel ce médecin, confronté à d’invraisemblables obstacles et angoissé quant à la suite de sa carrière au sein de son hôpital, écrivait à l’un de ses confrères :

« (…) Mais que dois-je faire demain m’occuper de mes patients, contacter mon avocat ou me jeter par la fenêtre ? Je vous le demande … ».

Ce mail de janvier 2014, écrit peu après minuit, se finissait sur ces trois points de suspension. Le Pr Megnien s’est suicidé dans son hôpital, par défenestration, dans l’après-midi du 17 décembre 2015. Côté cour.

A demain

4 réflexions sur “Suicide d’un médecin à l’hôpital Georges-Pompidou : Le Parisien évoque un «univers impitoyable»

  1. Si cette terrible affaire est soi-disant sans précédent les harcèlements moraux, les démolitions psychologiques, les assassinats de soignants sont malheureusement nombreux depuis 15 ans dans les hôpitaux français

  2. Patiente du Pr Mégnien, aujourd’hui, je comprends mieux pourquoi il m’était difficile d’obtenir un rdv. Déjà à cette époque, en décembre 2013, j’étais prié de prendre les RDV en privé ou voir mon médecin traitant. Je n’avais rien compris à l’époque…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s