Suicide à Georges-Pompidou. En 2014, l’affaire des chirurgiens fichés : «le début des hostilités»

 

Bonjour

Enquêter c’est établir les faits, puis éclairer l’entrelacs des causalités. Dans l’affaire du suicide par défenestration survenu à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (HEGP) trois éclairages vont être tentés. Le premier est policier, le deuxième sera administratif et interne, le troisième  – plus tard- par une commission ad hoc. A priori on n’irait pas plus loin. Rien, toutefois, de certain. Et nul ne sait ce qui en résultera quant aux responsabilités engagées.

Imprécations

Reste, dans l’attente, la mémoire récente des remous qui ont agité ce prestigieux établissement de l’AP-HP. Une mémoire qui n’est pas sans rappeler « L’Imprécateur », célèbre roman (1974) de René-Victor Pilhes. Résumé :

« René-Victor Pilhes (le narrateur porte le nom de l’auteur) est directeur des Relations Humaines de la filiale française de Rosserys & Mitchell, la plus grande entreprise de l’histoire du monde, multinationale consacrée à la fabrication d’engins agricoles. Il relate d’étranges événements qui s’y déroulent, en particulier les courriers d’un mystérieux imprécateur, dont les diatribes distribuées à l’ensemble des employés visent les dirigeants de l’entreprise et les fondements du capitalisme contemporain. Le trouble est semé dans l’entreprise dont les fondations, sous le sol de Paris, se fissurent de manière inquiétante, menaçant l’ensemble du siège d’effondrement. »

Fondations

Faudra-t-il sonder les fondations de l’HEGP ? Ce navire-amiral est situé entre les rues Leblanc et du Professeur-Florian-Delbarre dans le 15e arrondissement de Paris. Nous sommes là au bord de la Seine non loin du pont du Garigliano, à proximité du parc André-Citroën et des locaux de France Télévisions.

Ce monument a été construit dans les années 1990 sur les plans de l’architecte Aymeric Zublena. Il est le prolongement ultra moderne des antiques hôpitaux BoucicautBroussais,  et Laennec. Inauguré en 2001 il fut d’entrée  responsable d’une épidémie de légionellose (cinq morts) – un mauvais présage pour certains et, pour l’AP-HP, une mise en examen. Suivirent quelques déboires, de remarquables succès et des polémiques récurrentes.

Fichage chirurgical

En 2014 une nouvelle affaire émergeait, radicalement atypique : « l’affaire des chirurgiens fichés ». Une affaire évoquée dans Libération (Eric Favereau) : « Un corbeau chez les blouses blanches ». Extraits :

« Lettres anonymes, corbeau, piratage de mails, plaintes. On pourrait se croire dans un vaudeville villageois. On est plutôt dans un mauvais polar qui a pour cadre l’hôpital européen Georges-Pompidou, navire amiral des hôpitaux parisiens, l’un des établissements les plus prestigieux de France. (…) Le mois dernier, des mails personnels ont été volés à la directrice de l’hôpital, Anne Costa, puis ont été glissés sous la porte des bureaux de quelques médecins. Dans ces courriels, est notée l’activité chirurgicale de ces cliniciens. La directrice, ajoutant à la fin de son mail : «J’ai souligné en bleu ceux qui me paraissent corrects, et jaunes ceux qui me paraissent faiblards… J’attire votre attention que, dans certains services, il apparaît clairement que le chef de service met à son nom pas mal d’interventions de ses collabos.»

Ce mail était juste destiné au président de la commission médicale d’établissement de l’hôpital (CME, structure élue qui regroupe les médecins de l’hôpital) et au doyen.(…)

« Mais ce n’est pas tout : quelques semaines plus tôt, des lettres anonymes avaient circulé, attaquant le président de la CME, le professeur Alain Simon, cardiologue, et Anne Costa. Bref, une ambiance à couteaux tirés. Quel est le problème pour qu’autant d’aigreur se déverse dans un univers où l’on déteste laver son linge sale en public » (…) »

Sept chirurgiens portent plainte

On retrouve l’affaire dans le Journal International de Médecine  daté du 15 mai 2014 (Aurélie Haroche) :  « Chirurgiens fichés à Georges Pompidou : une enquête préliminaire ouverte ». Extraits :

« Il y a un mois, sept chirurgiens de l’hôpital européen Georges Pompidou (HEGP), les professeurs Bernard Augereau-Vacher, Philippe Halimi, Emmanuel Masmejean, Nicolas Thiounn, Eric Vandenbusschge, Franck Zinzindohoue et le docteur Rachid Zedgi saisissaient le Procureur de la République et déposaient une plainte contre X pour « mise en œuvre d’un traitement automatisé de données personnelles clandestin, absence de déclaration préalable à la CNIL, défaut d’information des personnes dénommées, détournement de finalité des informations et divulgation illicite d’informations personnelles traitées ». (…).

« En réponse à cette plainte, une enquête a été ouverte ce lundi par le parquet de Paris et confiée à la brigade de la répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Par ailleurs, la Commission nationale informatique et liberté (CNIL) a confirmé des informations données hier par Le Figaro concernant la réalisation par ses soins d’une perquisition au sein de l’HEGP ce mercredi 14 mai. Plusieurs personnes ont été auditionnées par les responsables de la CNIL, dont le professeur Alain Simon, président de la Commission médicale d’établissement (CME), l’un des destinataires du message d’Anne Costa qui est à l’origine du dévoilement de cette affaire (…) »

Affaire trop vite classée ?

On indique aujourd’hui que l’affaire a été classée, qu’aucune poursuite n’a été engagée. Pourquoi ? On découvre aussi l’existence, à la même époque d’échange de mails avec le Pr Megnien – ce dernier exprimant sa détresse et évoquant un possible suicide. Comme ce mail (daté du mardi 28 janvier 2014) dans lequel ce médecin, confronté à d’invraisemblables obstacles et angoissé quant à la suite de sa carrière au sein de son hôpital, écrivait à l’un de ses confrères :

« (…) Mais que dois-je faire demain m’occuper de mes patients, contacter mon avocat ou me jeter par la fenêtre ? Je vous le demande … ».

« L’affaire des chirurgiens fichés marqua le début des hostilités entre, d’un côté, le Pr Simon, président de la CME et la directrice – et, de l’autre, la majorité des chirurgiens, nous confie un témoin privilégié.  Plusieurs noms ont alors circulé pour le « corbeau » : le Pr Mégnien bien sûr, mais d’autres aussi, anesthésistes ou chirurgiens… ».

Le malaise couvait. Puis le Pr Megnien s’est suicidé dans son hôpital, par défenestration, dans l’après-midi du 17 décembre 2015. Côté cour. Etablir les faits, éclairer l’entrelacs des causalités, situer les responsabilités.

A demain

 

 

 

 

 

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