Suicide à Georges-Pompidou : Libération et les guerres intestines d’un hôpital ultramoderne

Bonjour

L’affaire prend une certaine ampleur médiatique. Après France Culture, c’est Libération qui se penche sur les circonstances de la défenestration du Pr Jean-Louis Megnien, le17 décembre, au sein de l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris. « Un drame qui fait remonter à la surface les guerres intestines de cet établissement ultramoderne » dit Libé (Eric Favereau).

Témoignages multiples

Qu’apprend-on que l’on ne sache déjà ? D’abord des témoignages – à commencer par celui du Pr Philippe Halimi, chef du service de radiologie et proche de Jean-Louis Megnien :  «Je l’appelais tous les matins, comme tous les jours, je faisais attention. On a déjeuné ensemble la veille. J’ai pris un café avec lui ce jeudi matin, mais à midi j’avais dans mon service une bibliographie scientifique à discuter, j’aurais dû lui dire de venir (…) Plus le temps passe, plus je suis en colère. Cela ne peut plus continuer comme cela.»

Un suicide et tout remonte « les médiocres conflits, les guerres intestines, les promesses non tenues, les aigreurs contenues, mais aussi les fragilités de tout un chacun ». Pr Jean-Yves Fagon, réanimateur : «Vous savez, le monde des PU-PH [professeur des universités – praticien hospitalier],c’est-à-dire l’élite, les professeurs agrégés, ce n’est pas un monde de Bisounours. Quand j’étais à la direction de la politique médicale de l’AP-HP, des tentatives de suicide de médecins hospitaliers, il y en avait (…) A 95 % du temps, cela se passe bien.»

Un proche qui veut rester anomyme car « ne faisant pas partie du bon clan » : «Jean-Louis Megnien n’était pas un être fragile, mais depuis deux ans, voire trois ans, il a vécu l’enfer dans son service ». A demi-mot, il accuse indirectement la direction, mais aussi l’ancien chef de service de cardiologie, d’avoir détruit leur collègue.

Le Pr Olivier Saint-Jean, chef du service de gériatrie : «La directrice [Anne Costa] fait du très bon travail.  Elle a hérité d’un hôpital magnifique, elle a réussi à le pacifier et à le mettre en équilibre.»  Un autre :  «Ce serait absolument injuste et surtout inexact de vouloir expliquer ce drame par l’éternel conflit entre administration et médecin».

 Septième étage

Libération s’interroge, lui aussi, sur ce qui s’est passé au 7e étage, dans le service de cardiologie du Pr Alain Simon, « spécialiste reconnu du cholestérol » et longtemps président de la communauté médicale de Pompidou. On se souvient que le Dr Jean-Louis Megnien avait rejoint l’hôpital Pompidou dès la création, en 2001, de ce bien peu banal mais fructueux « service de médecine préventive cardio-vasculaire ».

Le Dr Megnien n’est nommé agrégé qu’en 2011. Un peu tard certes, mais on pense qu’une fois dans le premier cercle, il va prendre la suite du Pr Simon. C’est compter sans de nouveaux obstacles, sans de farouches obstinations à lui fermer les dernières portes. Pourquoi ? Il faudra, pour répondre, d’autres enquêtes.

Courteline enfoncé

En 2014 tout s’emmêle. L’abcès grossit qui ne sera jamais vidé. Dans le désordre : des failles majeures de management, des ambitions croisées, des inimitiés qui deviendront  haines. Une nouvelle procédure pour nommer les futurs chefs : des appels d’offres gérés de manière centralisée, des résistances mandarinales face à ce qui est perçu comme une administration illégitime. Pertes de repères identitaires…

Suivront de tristes épisodes que réfuteraient tous les scénaristes de feuilleton sur le harcèlement au travail : des boîtes mails piratées… des notes d’évaluation coloriées… des plaintes déposées… un corbeau jamais démasqué… Courteline enfoncé…

Certains disposent aujourd’hui des mails de cette époque, des mails signés du Pr Megnien ou des mails qui lui étaient adressés. Ce sont des documents redoutables ; ils disent les angoisses de cet homme, la torture qui pouvait être la sienne et dont il ne faisait pas, alors, mystère. Il parlait de sa dignité, de son honneur, de sa carrière. Médecin ou pas ce sont les mêmes concepts que l’on évoque quand on croit être aux frontières du néant.

Qui interprètera ces documents ? Quelle autorité établira, ou pas, des liens de causalité ?

« Décès accidentel »

« Propos terribles. Quelques semaines plus tard, il est en arrêt maladie, écrit Libération.  Pour neuf mois. Il sera hospitalisé de longues semaines. Faut-il noter que la médecine du travail est totalement absente dans ce monde ? Le lundi 14 décembre, Jean-Louis Megnien reprend son travail. La direction de l’hôpital Pompidou n’est pas au courant de son retour. Quand il arrive à son bureau, la serrure de celui-ci aurait été changée. La direction, sans confirmer, affirme n’y être pour rien.’’Quand je le vois, il est vraiment mal, poursuit Philippe Halimi. Il me dit que le personnel a reçu la consigne de ne pas lui parler.’’».

Le mardi 15 décembre une élection importante est organisée à Pompidou pour choisir le nouveau président de la Commission Médicale d’Etablissement. Libération :

« Plusieurs mails sont adressés à la direction de l’AP-HP, mais aussi de Pompidou, pour s’inquiéter de la situation dans laquelle se trouve Jean-Louis Megnien. Des mails de réponse sont envoyés. Arrive le jeudi 17 décembre. D’abord, donc, le silence. Mais très vite, sans pudeur ni retenue, remontent les colères et les haines. Que dire ? La directrice évoque, au début, un ‘’décès accidentel’’ au motif que la femme de Jean-Louis Megnien, vivant aux Etats-Unis, n’a pas été encore prévenue.

« Des voix s’élèvent, accusent violemment. Comment faire la part du malheur et de l’injustice ? Au cabinet de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, on ne souhaite pas une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales, préférant que ce drame soit traité au niveau de l’AP-HP. »

La suite, le traitement du drame, reste à écrire.

A demain

3 réflexions sur “Suicide à Georges-Pompidou : Libération et les guerres intestines d’un hôpital ultramoderne

  1. « Au cabinet de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, on ne souhaite pas une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales, préférant que ce drame soit traité au niveau de l’AP-HP . » »

    Ah ?
    On laisse l’accusé (présumé innocent) enquêter ?

    « Quis custodiet ipsos custodes ? « 

    • La question de la médecine du travail est pertinente: la réalité c’est que dans la plupart des hôpitaux de France il n’existe aucun crédit ni moyen pour que le corps médical bénéficie de ce droit social élémentaire. Ancien PH, en 33 ans d’hôpital et 5 établissements j’ai vu 2 médecins du travail, dont 1 quand j’étais détaché en PSPH.

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