Suicide à Georges-Pompidou : le diagnostic atypique du Dr Patrick Pelloux – et la réponse du Pr Bernard Granger

Bonjour

Bientôt seul Le Monde manquera à l’appel. Après France Culture et le climat délétère, après Libération et les guerres intestines, voici Charlie Hebdo (daté du 30 décembre) qui traite de la défenestration du Pr Jean-Louis Megnien, le 17 décembre, au sein de l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris. Cela donne un texte étrangement titré « Le sale temps de travail »  signé du Dr Patrick Pelloux, urgentiste à l’AP-HP, chroniqueur et personnalité médiatique bien connue, fait chevalier de la Légion d’honneur en 2014 avant d’être décoré en juillet dernier sous les ors de l’Elysée.

Réseaux journalistiques

Que nous dit le Dr Pelloux que nous ne sachions déjà sur cette tragédie ? Il nous parle des médias qui « se sont facilement emparés de ce drame  car tous les médecins ont leurs réseaux chez les journalistes » (sic). Il nous parle du  Pr Bernard Granger, responsable de l’unité psychiatrique de l’hôpital Tarnier (AP-HP) :

« (…) Le Pr Granger, un psychiatre très puissant dans les réseaux de l’AP-HP s’est répandu dans les médias pour dire qu’ils avaient alerté… la direction ! Mais c’est tout le monde qu’il fallait alerter, surtout depuis la loi Bachelot: ce management est entre les mains des professeurs… Ils gèrent comme ils veulent et ne sont jamais remis en cause ! Malgré leurs réseaux politiques, religieux, médiatiques, francs-maçons, pharmaceutiques et industriels, peu de professeurs l’ont aidé (…) »

La trop courte explication

Le Dr Pelloux cible ensuite  le Pr Philippe Juvin « qui cumule son mandat de député européen Les Républicains (LR), de maire de La Garenne-Colombes, de responsable nommé par Sarkozy de la puissante fédération LR des Hauts-de-Seine, de professeur de médecine à temps plein et de responsable des urgences de l’HEGP depuis 2012 » : « Comment n’était-il pas au courant de ce drame dans son propre hôpital ? ». Il cible encore les responsables de cardiologie « si prompts à développer le cœur artificiel avec leur ancien chef, le professeur Carpentier qui a monté son entreprise avec Matra et un fonds de pension. »

Plus généralement le Dr Pelloux accuse les études de médecine d’être « souvent des études à fabriquer des névrosé, des frustrés qui n’apprennent rien sur le monde du travail, mais exercent des brimades, des vexations, des humiliations… ». « Il faut revoir totalement le statut des médecins universitaires, réformer la loi de 1958 sur les CHU, casser le cumul des mandats, lutter contre la corruption et le secteur libéral à l’hôpital…et surtout redonner du sens au métier de médecin ».

Pour ce qui est du suicide du Pr Megnien le Dr Pelloux observe que certains médias (il ne précise pas) « ont montré du doigt la direction ». « Un peu court comme explication » affirme-t-il.

La réponse du « très puissant »

Nommément désigné le Pr Granger n’a guère tardé à répondre à son confrère. On trouvera sa réponse sur le site de L’Obs : « Suicide à l’hôpital Pompidou : mon cher Patrick Pelloux, le « très puissant » te répond ». Extraits :

« Mon cher Patrick,

« J’ai lu avec intérêt ta tribune dans « Charlie Hebdo » sur le suicide de notre très regretté collègue Jean-Louis Megnien. Je partage une partie de tes analyses et, comme tu me fais l’honneur de me citer comme « très puissant » dans les réseaux de l’AP-HP, je me permets de mettre cette puissance à t’informer de certaines choses qui pourraient t’aider dans tes commentaires. La première est que je connaissais Jean-Louis Megnien et que je suis dépositaire de nombreux éléments me permettant de porter une appréciation documentée sur ce drame.

« Tu parles de « réseaux politiques, religieux, médiatiques, francs-maçons, pharmaceutiques et industriels » des « professeurs ». Bien que professeur, je n’appartiens à aucun de ces réseaux. Je revendique une parole libre et indépendante. Cela peut te sembler étonnant, mais c’est ainsi.

Moteurs à explosion

«  Tu parles de Bachelot. J’ai combattu sa loi qui donne tous les pouvoirs aux directeurs, et non comme tu l’affirmes aux professeurs. Et quand on donne des pouvoirs sans limites à un directeur, il trouve facilement des kapos dans notre communauté pour abuser de ses pouvoirs avec leur complicité. Tu parles de la loi de 1958. S’il y a eu des suicides chez Renault, est-ce dû à l’invention du moteur à explosion ? Non, c’est la faute en grande partie à ceux qui harcèlent, comme cela a été le cas à l’égard de Jean-Louis Megnien (…)

 « Si je me suis tourné vers la direction générale, c’est tout simplement parce que la loi l’oblige à un devoir de prévention et qu’elle est pénalement responsable en cas de harcèlement. Or, les faits de harcèlement abondent, à l’égard de Jean-Louis Megnien, mais pas seulement. Si je mets en cause la directrice du groupe hospitalier, c’est qu’elle est accusée de faits de harcèlement par plusieurs médecins de l’hôpital où elle exerce actuellement ou même d’un autre hôpital au moins où elle a exercé antérieurement. Continue de nous informer et passe une bonne fin d’année (…) ».

A peine cette réponse était-elle connue que l’on apprenait, via l’AFP, le dépôt d’une plainte par la veuve de Jean-Louis Megnien et l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « harcèlement moral ».

 A demain

 

 

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