Harcèlements. L’année 2016 s’achève ; l’affaire du suicide de l’hôpital Georges-Pompidou commence

Bonjour

Quinze jours plus tard l’affaire a pris son envol médiatique : elle est depuis peu sur les ondes radiophoniques généralistes. On en parle et l’auditeur, étranger à tout,  saisit l’essentiel : un écheveau malsain… un climat délétère… une affaire à éclaircir…Impérativement puisqu’à la fin il y eut mort par suicide … suicide par défenestration.

Quinze jours plus tard la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a parlé. Elle a promis jeudi 31 déecmbre, que « toute la transparence » serait faite et a appelé à la « sérénité » dans l’attente des résultats de l’enquête. « Toute la transparence sera faite, rien ne doit être caché », a déclaré devant la presse Mme Touraine, lors d’un déplacement aux urgences et dans le service de réanimation pédiatriques de l’hôpital Robert-Debré (XIXe arrondissement), à la rencontre des personnels travaillant pour la Saint-Sylvestre. « J’ai demandé à ce que les premiers résultats de l’enquête administrative me soit transmis d’ici au 15 janvier », a-t-elle ajouté. « Au vu ou pas des résultats, je prendrai des décisions ». Mme Touraine a souhaité que l’enquête se déroule « dans un climat de sérénité ». « Je le dois à la communauté hospitalière, à la veuve et aux enfants » du médecin, a-t-elle dit.

Quinze jours plus tard l’affaire a pris une dimension judiciaire. C’est là une autre logique qui, d’un coup, renvoie dans une ombre relative les décisions prises, au lendemain de la mort, par la direction générale de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Une direction générale qui refusait de s’entrouvrir aux regards de l’Inspection générale des affaires sociales. Pourquoi ? Toujours la règle de l’Entre Soi ? Il y aura l’analyse du suicide et, plus tard, l’œuvre d’une commission ad hoc. Mais c’est bien la plainte déposée par la veuve du Pr Jean-Louis Megnien et l’enquête préliminaire pour « harcèlement moral » qui va désormais faire l’objet de toutes les attentions médiatiques. Un harcèlement moral « sur le lieu de travail ». On n’ose encore prévoir la suite.

Mails indélébiles

Quinze jours plus tard les grandes fractures commencent à émerger. Elles sont plus complexes, plus fines et plus déroutantes que l’on aurait pu imaginer – si tant est que l’on eût pu imaginer une telle tragédie. Les cartes se redistribuent. Nous sommes aux antipodes du « remake de Sept morts sur ordonnance » évoqué dans le dernier numéro de Charlie Hebdo par le Dr Patrick Pelloux ; Patrick Pelloux qui semble ici avoir perdu ses repères à l’exception, peut-être, d’un Grand soir hospitalo-universitaire. Mais nous ne sommes plus ici dans l’opposition patronat-syndicat. Ni dans celle des médecins hospitaliers radicaux opposés à une administration nombriliste et tentaculaire. L’écheveau est plus serré, les peurs plus ténues, les colères plus diffuses. Dès lors, quelle dynamique prévaudra ? Qui l’emportera ?

Quinze jours plus tard on ne retient, du texte comme déboussolé de Patrick Pelloux, qu’un mot, une étoile polaire, un nord magnétique : « redonner du sens au métier de médecin ». On pourrait continuer : redonner une identité à l’hôpital, en venir progressivement à cet objectif essentiel : « réparer les vivants ». Coûte que coûte. Souvenons-nous : l’AP-HP et mille et un soignants parisiens avaient montré la voie lors des tragiques attentats de Paris. Il est mille et un exemples, dans le tissu hospitalier français, qui montrent que le pire n’est pas toujours le plus sûr. Mais il en est bien d’autres, aussi, qui témoignent d’un tissu psychique comme écorché – mille et une petites plaies que le politique et l’administratif peinent à suturer.

Quinze jours plus tard l’année s’achève. L’affaire du suicide de Jean-Louis Megnien, celle de sa « descente aux enfers orchestrée », reste pour une large part à écrire. La relecture de mails, aussi insupportables qu’indélébiles, y aidera.  Comment en vient-on à changer la serrure du bureau d’un médecin ? A quoi pense-t-on ensuite ? Comment interpréter ces témoignages qui nous sont, ici et là, rapportés faisant état de situation de harcèlement moral en milieu hospitalier. Qui saura, l’an prochain, s’emparer du sujet à des fins analytiques et préventives ? Une porte ouverte, au septième étage d’un des plus beaux hôpitaux parisiens, réclame une réponse.

A demain

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