Suicide à Pompidou : Médiapart révèle de nouveaux mails troublants qui devront être décryptés

Bonjour

Après la plainte déposée pour « harcèlement moral » c’est un long travail de décryptage de mails qui attend les enquêteurs. Plusieurs de ces mails ont d’ores et déjà été publiés ou évoqués. Ils témoignaient, directement ou pas, des souffrances endurées par le Pr Jean-Louis Megnien ; une souffrance connue mais diversement appréciée. D’autres documents sont à verser au dossier. Combien ? Dans sa réponse (L’Obs) à la chronique signée par l’urgentiste Patrick Pelloux  (Charlie Hebdo), le Pr Bernard Granger, responsable de l’unité de psychiatrie de l’hôpital Tarnier écrit :

« (…) J’ai lu avec intérêt ta tribune dans « Charlie Hebdo » sur le suicide de notre très regretté collègue Jean-Louis Megnien. Je partage une partie de tes analyses et, comme tu me fais l’honneur de me citer comme « très puissant » dans les réseaux de l’AP-HP, je me permets de mettre cette puissance à t’informer de certaines choses qui pourraient t’aider dans tes commentaires. La première est que je connaissais Jean-Louis Megnien et que je suis dépositaire de nombreux éléments me permettant de porter une appréciation documentée sur ce drame.(…) »

Documentation

« Appréciation documentée » ? Qui ne souhaiterait pouvoir la porter ? A leur façon quelques journalistes, quelques médias, s’y emploient. En cette matinée du 31 décembre 2015 c’est Mediapart qui apporte sa contribution à l’instruction pré-judiciaire: « Suicide d’un médecin: l’hôpital Pompidou mis en cause » (sur abonnement). Que nous dit-il que l’on ne sache déjà ? Pour l’essentiel ce sont des éléments de contexte.  A commencer par l’affaire, tragiquement exemplaire, du serrurier :

« À l’hôpital Georges-Pompidou, on savait pertinemment que Jean-Louis Megnien avait été en conflit avec sa hiérarchie et avait eu un arrêt maladie de neuf mois, entre mars et décembre 2015, avant de reprendre son travail le 14 décembre. Dès l’annonce de sa mort, des collègues de Jean-Louis Mégnien ont évoqué une situation de souffrance au travail et de harcèlement, signalant entre autres qu’à son retour il avait trouvé son bureau fermé et la serrure changée. Pour y entrer, il a dû faire venir un serrurier. Trois jours plus tard, il se défenestrait de ce bureau dont on avait cherché à l’exclure. »

Documents nouveaux

La grande question, celle qui restera in fine à trancher, sera celle des responsabilités. Il est aujourd’hui acquis que le suicidé était harcelé. Ce harcèlement était-il de nature administrative ou de nature médicale ? Empruntait-il plutôt aux deux sphères (comme on peut le supposer à la lecture actuelle des faits) ?

Pour sa part Mediapart évoque des documents nouveaux (« dont certains ont été versés au dossier de l’enquête ») qui, selon ce site, « suggèrent que l’administration, et en particulier la directrice du groupe hospitalier, Anne Costa, ont pu jouer un rôle important dans le conflit professionnel qu’a vécu Jean-Louis Megnien ».

« Amitiés »

Ainsi  ce mail confidentiel daté du  23 février 2014, adressé par Anne Costa au Pr Alain Simon, ancien chef de service de Jean-Louis Megnien, président de la Commission médicale d’établissement (CME) locale, spécialiste de cardiologie préventive. Mediapart :

« Ce mail est envoyé à la suite d’un problème concernant un chirurgien cardiaque, le docteur Rachid Zegdi. Anne Costa écrit : « Et de trois… Après souliamas DERDER voici le 3eme !!!  je ne compte pas Megnien !!!  Amitiés Anne »  [les majuscules et points d’exclamation sont d’Anne Costa].

« Les deux premiers noms cités dans le mail sont ceux de médecins qui ont eu un conflit direct avec Anne Costa. Redha Souilamas (et non Souliamas) est un chirurgien thoracique de réputation internationale, qui a quitté l’HEGP fin 2013, lassé de ne pas être reconnu et d’être en butte à de multiples vexations s’apparentant à du harcèlement, selon le témoignage de certains de ses collègues ; ceux-ci estiment qu’Anne Costa a joué un rôle majeur dans son départ. Souilamas a raconté son parcours dans un livre, La Couleur du bistouri, et travaille actuellement à la Cleveland Clinic Abu Dhabi.

Têtes qui tombent

« Mohamed Derder est un chirurgien plasticien qui, au moment où est écrit le mail, est menacé par Anne Costa d’une procédure de licenciement express. Motif : un patient l’a accusé d’avoir touché un versement en espèces pour une intervention remboursée par la sécurité sociale. Cette accusation ne sera jamais prouvée, le patient ne portera pas plainte, et la procédure contre Derder sera abandonnée, mais Derder est en difficulté à la date du mail. »

« Surprenant de voir une directrice d’établissement compter les têtes qui tombent, ou qu’elle voudrait voir tomber. Et pourquoi en tient-elle au courant le professeur Alain Simon ? Ce dernier est certes président de la CME locale, et à ce titre pourrait être renseigné sur les conflits au sein de l’hôpital. Mais le ton familier du mail ne semble pas précisément celui d’une directrice informant un représentant du personnel médical. »

Serrures

D’autres mails suivront, d’autres tensions, d’autres incompréhensions, d’autres querelles intestines, d’autres méchancetés rancies dans cet établissement ultramoderne. Quelques appels au secours, aussi, qui ne furent pas entendus. Jusqu’au moment où il fallut faire appel à un serrurier. La porte fut ouverte. Elle n’est pas refermée.

A demain.

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