La Tasmanie veut interdire le tabac aux moins de 25 ans. En France on l’achète dès 14 ans

Bonjour

L’avenir anti-tabac est aux antipodes. Plus précisément dans l’Etat australien de Tasmanie. On sait que l’Australie est un des pays qui mène une lute exemplaire contre l’esclavage du tabac. L’âge légal pour acheter des cigarettes est, dans ce pays, actuellement fixé à 18 ans. Or  la proportion de fumeurs chez les 18-24 ans est, en Tasmanie, le double de la moyenne nationale australienne. Devant ces mauvais résultats, Michael Ferguson, ministre tasmanien de la Santé  a annoncé il y a quelques jours son projet de porter à 25 ans la limite d’âge pour « acheter, posséder ou fumer du tabac ».

Buralistes des antipodes

Sans surprise cette annonce a fait des mécontents. La mesure a aussitôt été jugée «inapplicable» par le Tasmanian Small Business Concil – une sorte de Confédération des buralistes des antipodes. Robert Mallet, son directeur  a expliqué à la presse qu’il était peu probable que les vendeurs parviennent à faire respecter cette mesure de santé publique. Et la « Civil Liberties Australia » a pour sa part fait valoir que si cette mesure était appliquée il serait logique de se préoccuper également d’autres comportements dangereux, comme l’alcoolémie au volant.

Mais la volonté des pouvoirs publics tasmaniens ne se limite pas là. Cet Etat envisage très sérieusement d’interdire le tabagisme à toute personne née après 2000. Objectif : créer dès que possible une première génération de non-fumeurs. Une proposition de loi intitulée «Tobacco free generation» déposée en 2014 a été examinée en 2015 par le Parlement. Un comité a été nommé pour étudier la faisabilité du projet. On sait aussi que la législation australienne antitabac est d’une particulière sévérité. Le coût d’un paquet de cigarettes flirte désormais avec l’équivalent de 13 euros (contre 7 en France). C’est aussi le premier pays au monde à avoir instauré le paquet de cigarettes neutre en 2012.

L’addiction et les leviers

On ne peut s’empêcher de comparer cette politique volontariste des antipodes à la triste situation française. Résumons. Un « programme national de réduction du tabagisme » avait été annoncé par François Hollande le 4 février 2014 :

« (…) sans attendre, le troisième Plan cancer comprendra des mesures sur chacun des principaux risques. Et notamment sur le premier. Le tabac, est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%, il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a 5 ans. J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés, pour agir sur la consommation, qui devient une addiction. Nous devons utiliser tous les leviers. »

 Rien (ou presque) n’a été fait

Ce « Programme national de réduction du tabagisme » avait été présenté en septembre 2014. Objectifs :

. En 2019, le nombre de fumeurs devra avoir baissé de 10%.
• En 2024, la France devra être descendue sous la barre des 20% de fumeurs.
• Avant 2034 les enfants qui naissent aujourd’hui, seront « la première génération de non-fumeurs ».

« Pour la première fois, un gouvernement français propose de porter cette lutte sur trois terrains simultanément, en y associant une série de mesures fortes » annonçait alors Marisol Touraine. Depuis seize mois rien n’a été fait si ce n’est l’adoption du paquet neutre (dans la « loi de modernisation de notre système de santé ») ; une mesure qui n’entrera pas en vigueur avant plusieurs mois et dont l’efficacité est plus que douteuse dès lors qu’elle ne s’inscrit pas dans une politique globale anti-tabac. Or rien sur les autres leviers que sont une politique d’augmentation massive et continue des prix, de facilitation de l’accès des fumeurs à la cigarette électronique et d’intéressement des généralistes à l’objectif d’abandon du tabac.

Premiers achats

La même absence de volonté politique concertée produit les mêmes effets ravageurs : le nombre des fumeurs ne cesse d’augmenter (il dépasse aujourd’hui allègrement les 30%). Et alors que la vente de tabac est interdite aux moins de 18 ans les premiers acheteurs ont 14 ans ; on recense officiellement plus de 20% à 16 ans et plus de 30% à  17 ans. Quelle est, ici, la responsabilité des buralistes français ? Quel crédit accorder aux lois anti-tabac ? Et comment imaginer, sérieusement, que la France puisse un jour suivre l’exemple, libérateur, de la Tasmanie ?

A demain

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