CRISPR-cas9 : percée expérimentale dans le traitement de la myopathie de Duchenne

Bonjour

Bien peu d’échos dans la presse généraliste française. Il faut, ici, lire The New York Times (Nicholas Wade): “Gene Editing Offers Hope for Treating Duchenne Muscular Dystrophy, Studies Find”. Soit les résultats obtenus par trois équipes travaillant de manière indépendante et qui viennent de publier leurs travaux dans la revue Science datée du 31 décembre 2015. D’où il ressort qu’après des décennies de progrès d’une lenteur décevante, ces chercheurs ont franchi une étape importante vers un traitement possible de la myopathie de Duchenne de Boulogne – et ce grâce à la nouvelle technique du CRISPR-cas9 ; une technique dont on peine à donner une traduction parlante, une version amplement améliorée du génie génétique (et des ciseaux de l’ADN) ; une forme de « copier-coller » dans le champ génétique, une édition du génome.

Trois études convergentes

La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD) est une maladie neuromusculaire caractérisée par une atrophie et une faiblesse musculaires progressives dues à une dégénérescence des muscles squelettiques, lisses et cardiaques. La DMD est due à des mutations du gène DMD (Xp21.2) qui ont pour conséquence un déficit complet en dystrophine, une protéine sub-sarcolémique (présente sous les membranes cellulaires). Le gène DMD, est un des plus longs gènes de l’espèce humaine. Il est porté par le chromosome X et fait 2,4 Mb. Il code un ARNm de 14 Kb, contient 79 exons et sept promoteurs alternatifs ; soit sept isoformes différentes de la dystrophine. Cette complexité renvoie à de multiples mutations possibles ; elle explique notamment les obstacles considérables rencontrés jusqu’ici avec les techniques connues de thérapie génique.

Le paysage semble radicalement différent avec CRISPR-cas9 ; en témoigne la convergence des trois études expérimentales publiées le dernier jour de 2015 dans Science. Des travaux salués par le Pr Louis M. Kunkel (Boston Children’s Hospital, Harvard Medical School) le découvreur du gène de la DMD, il y a précisément trente ans ; un résultat annoncé par un chercheur de son équipe (Anthony P. Monaco) lors du deuxième colloque national sur les maladies neuromusculaires organisé par l’Association des myopathes de France organisé à Tours  en octobre 1986. Travail publié ensuite dans Nature par Louis M. Kunkel, Anthony P. Monaco, Chris Coletti-Feener, Corlee Bertelson et Rachael Neue.

Trente ans après

Trente ans plus tard nouvel espoir dans Science. Voici les principaux signataires et les publications :

Charles A. Gersbach (Department of Biomedical Engineering, Duke University, Durham): In vivo genome editing improves muscle function in a mouse model of Duchenne muscular dystrophy

Eric N. Olson (Department of Molecular Biology, University of Texas Southwestern Medical Center, Dallas): “Postnatal genome editing partially restores dystrophin expression in a mouse model of muscular dystrophy

Amy J. Wagers (Department of Stem Cell and Regenerative Biology, Harvard University and Harvard Stem Cell Institute, Cambridge). “In vivo gene editing in dystrophic mouse muscle and muscle stem cells

Paradoxales inquiétudeséthiques

De diverses manières la nouvelle technique permet de restaurer, partiellement, la fonction altérée du gène muté de la dystrophine. S’enthousiasmer ? Nous sommes ici chez la souris et rien ne permet encore d’annoncer quand sera mené un essai clinique. Reste que ce nouvel outil existe, qu’il agit et ouvre de nouvelles perspectives.

Et paradoxalement ces nouvelles perspectives soulèvent aussi de nouvelles inquiétudes de nature éthique. Elles tiennent à l’usage qui pourrait être fait d’une modification transmissible des génomes humains. On sait que cette perspective agite la communauté scientifique internationale. On sait aussi que le débat peine durablement à s’ouvrir en France 1 – et ce quoi que puisse en dire certains responsables, dont le Pr Pierre Jouannet  2. Corollaire, les médias généralistes tardent durablement à éclairer le débat public 3.

On laisse toutefois entendre, en coulisse, que le Comité national d’éthique pourrait, bientôt, traiter de cette question. Espérons.

A demain

1 « Modifier à tout jamais les génomes humains : la France n’a pas encore saisi que c’est une brûlante urgence éthique » 16 décembre 2015.

2 « Eugénisme et couteau suisse » 20 décembre 2015

3 Une exception : L’Obs daté 10-16 décembre 2015 : « ADN, la folle avancée scientifique » (Véronique Radier). Où l’on apprend notamment les difficultés (inhabituelles) rencontrées par les journalistes pour rencontrer Emmanuelle Charpentier co-découvreuse de la technique CRISPR-Cas9. Cette chercheuse française aujourd’hui exilée à Berlin et qui refuse d’entrouvrir sa porte même si on lui promet la Une. L’Obs : « Un Stephen Hawking ou un Cédric Villani peuvent répondre à la volée, sans rechigner. Mais pas Emmanuelle Charpentier ». S’en offusquer ?

2 réflexions sur “CRISPR-cas9 : percée expérimentale dans le traitement de la myopathie de Duchenne

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