Suicide du Pr Megnien à l’hôpital Pompidou : les trois protagonistes, le silence de la directrice

Bonjour

Prendre du recul…changer d’angle…mieux saisir les forces en présence… C’est ce que fait aujourd’hui le site Medscape France (Dr Isabelle Catala). Avec un titre explicite : « Le suicide du Pr Megnien interroge sur les pratiques managériales à l’AP-HP ». Qui répondra, quand et de quelle façon à cette redoutable interrogation ?

Le Pr Jean-Louis Megnien, cardiologue à l’hôpital Européen Georges Pompidou (HEGP) s’est suicidé par défenestration le 17 décembre 2015. Dans un mail à sa hiérarchie daté du 28 janvier 2014 il écrivait : « Mais que dois-je faire demain, m’occuper de mes patients, contacter mon avocat, ou me jeter par la fenêtre… ». D’autres mails, nombreux, suivirent. Ils n’on pas disparu. Il faudra les lire, en établir la chronologie, tenter une analyse. On peut parler ici de scène de crime.

Geste minimisé, brutalité du décès

Reprenant le mail du Pr Megnien à sa hiérarchie Medscape France écrit :

« Hiérarchie qui, du moins dans un premier temps, a minimisé le geste dans un mail aux médecins de l’AP-HP « ‘’nous avons l’immense tristesse de vous faire part du décès brutal du Pr Jean-Louis Megnien, à l’âge de 54 ans’’.

« Comme si cet « accident du travail » – qui n’est absolument pas reconnu comme tel à ce jour – devait être traité comme n’importe quel « décès brutal » de médecin. Pourtant, le Pr Mégnien s’est jeté par la fenêtre du 7ème étage de son lieu de travail à la veille des vacances, un choix qui devrait interpeler tant il parait significatif chez un père de cinq enfants. Au moment de son geste, il avait repris le travail depuis moins d’une semaine à la suite d’un long arrêt maladie. »

Passe d’armes

Pour Medscape on assiste, depuis le suicide du Pr Megnien, à une passe d’armes entre trois protagonistes. A savoir : Martin Hirsch, le directeur de l’AP-HP ; le Pr Bernard Granger, responsable de l’unité de psychiatrie de l’hôpital Tarnier, membre de la Commission Médicale d’Etablissement de l’AP-HP et du CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurisé et des Conditions de Travail), et le Pr Loïc Capron président de cette même CME. A ces trois protagoniste il faut ajouter Anne Costa, la directrice de l’HEGP, qui joue un rôle central dans l’affaire et qui, ceci pouvant expliquer cela, reste particulièrement silencieuse.

« Observateurs très attentifs du débat, on trouve aussi beaucoup, beaucoup de médecins qui n’acceptent de témoigner qu’anonymement, preuve du profond malaise ou de la difficulté à s’exprimer en public dans l’institution parisienne » ajoute Medscape ; une réalité dont nous pouvons témoigner.

Martin Hirsch. Après la réunion d’un CHSCT exceptionnel, il a mandaté trois experts –  les trois très liés à l’AP-HP – le Pr Didier Houssin, le Pr Patrick Hardy et Mme Marie-Sophie Desaulle. Une commission destinée à « (….) procéder à une mise à plat des sujets conflictuels dans l’établissement, des problématiques mal résolues, de tous les éléments de contexte d’un hôpital qui a connu plusieurs crises au cours des dernières années ». Martin Hirsch a aussi alerté la « commission d’analyse des suicides de l’AP-HP ». Il demande « à chacun de faciliter le travail des enquêtes et des deux commissions » [la commission des suicides de l’AP-HP, et celle qu’il a constituée].

Pr Loïc Capron. « Il a cosigné avec Martin Hirsch le mail « biographique » et « nécrologique » adressé aux médecins de l’AP-HP le 23 décembre 2015, rappelle Medscape France. Il explique par ailleurs que dès 2013, les Prs Michel Desnos et Béatrice Crickx avaient cherché à extraire le Pr Megnien de sa souffrance au travail. Reste qu’aucun suivi n’a été assuré par la suite.

Dans un entretien à l’Agence de Presse Médicale (APM), il minimise le harcèlement moral institutionnel. « C’est une histoire extrêmement complexe, mais c’est avant tout une affaire médicale. S’il y a eu un harcèlement c’est un harcèlement médical, et non administratif. Je refuse que l’on dise que personne n’a rien fait pour notre collègue ou que c’est une faute de l’administration ».

Pr Bernard Granger. Medscape France : « Ce n’est pas la première fois que ce psychiatre, membre du CHSCT de l’AP-HP interpelle ses pairs et rend public le malaise de certains médecins. Déjà en 2014, il était intervenu lorsque l’activité de cinq chirurgiens avaient été mise en cause par Anne Costa, directrice de l’HEGP. Pour le Pr Granger cette fois encore ‘’plutôt de que se situer au-dessus des luttes claniques, la directrice a pris ouvertement parti’’. Le psychiatre précise aussi que ‘’c’est un phénomène habituel que les personnes maltraitantes soient soutenues par leur hiérarchie et que les maltraitées soient renvoyés à leur solitude et à leur désarroi’’.

Dans le milieu, on parle aussi de vexations au quotidien en cas d’arrêt maladie ou de congés maternité jugés un peu trop longs. Vexations, aussi, pour ceux qui s’opposent au « clan dominant » médical de l’hôpital : perte de créneaux de consultation, changement de serrures des bureaux, indisponibilité des secrétaires. Des médecins racontent s’être « réfugiés » dans une activité de recherche ou dans des implications universitaires, ce qui semble avoir été le cas dans un premier temps pour le Pr Mégnien à l’Université Paris Descartes.

L’affaire de Nevers

Cet événement renvoie à des faits divers plus anciens de suicides de médecins. Comment ne pas se souvenir de l’affaire de Nevers, en avril 2013 : « Un pneumologue en blouse blanche s’est tranché la carotide à l’hôpital de Nevers ». C’était à l’hôpital Pierre-Bérégovoy de Nevers. L’Agence France Presse :

« Un pneumologue du centre hospitalier de Nevers, âgé d’une cinquantaine d’années, s’est suicidé dans la nuit du mardi 23 au mercredi 24 avril  dans son bureau. Le médecin, qui ne travaillait pas cette nuit-là, s’est rendu à l’hôpital, a enfilé sa blouse avant de se taillader les veines et de se donner un coup de couteau au niveau de la carotide. Le praticien n’a pas laissé de message pour expliquer son geste. Une double enquête (policière et en interne) a été ouverte. » 

Deux enquêtes? Trois ans ou presque plus tard nous n’en savons pas plus.

Lapsus ministériel

« Il faut souhaiter que des trois enquêtes – police, commission d’analyse des suicides à l’AP-HP, commission Houssin-Dessaude-Hardy – pourront travailler en toute liberté et démêler les causes de l’acte du Pr Megnien, conclut Medscape France. Une enquête indépendante de l’Inspection générale des affaires sociales aurait-elle permis d’obtenir de meilleurs résultats? L’avenir le dira. » Ou ne le dira pas.

Pour l’heure tout se précipite, s’emballe. Il y a l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « harcèlement moral ». Selon Martin Hirsch la mission « Houssin-Dessaude-Hardy » devait travailler posément en janvier et février 2016. Cette mission est d’ores et déjà contestée dans son principe et, plus encore, dans sa composition du fait de possibles conflits d’intérêts…  Or voici que Marisol Touraine a, le 31 décembre, demandé de premières conclusions avant le 15 janvier… Comment, dans de telles conditions, conclure en moins de quinze jours ?

« Toute la transparence sera faite, rien ne doit être caché, a déclaré devant la presse Mme Touraine, lors d’un déplacement aux urgences et dans le service de réanimation pédiatriques de l’hôpital Robert-Debré (AP-HP). J’ai demandé à ce que les premiers résultats de l’enquête administrative me soit transmis d’ici au 15 janvier ». Elle a ajouté, dans un dangereux lapsus : « Au vu ou pas des résultats, je prendrai des décisions ». L’émotion, sans doute. Ou la mauvaise transcription d’un journaliste.

A demain

3 réflexions sur “Suicide du Pr Megnien à l’hôpital Pompidou : les trois protagonistes, le silence de la directrice

  1. Ça semble tellement complexe qu’une fois de plus on peut penser que c’est fait exprès pour noyer l’information et n’avoir jamais de réponse ou d’actions prises pour la suite. De là toute l’importance du métier de journaliste.

  2. Cette bien triste histoire me rappelle mes cours de catéchisme d’il y a bientôt 50 ans. L’un des dogmes de la religion chrétienne veut, qu’en ce bas monde, les innocents payent pour les coupables, car la charité de l’innocent, qui s’incline face aux méchants, plait infiniment à Dieu. Le paradis attend l’innocent. De telles pensées pourront consoler les proches de l’innocent professeur surtout si, comme on peut le craindre, la justice humaine ne trouve aucun coupable parmi tous les méchants qui, par indifférence ou jaloisie ou envie ou paresse ou ambition ou égoïsme ou bêtise ou lâcheté…, l’ont poussé par sa fenêtre

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