Maternité d’Orthez : les incroyables failles du parcours médical franco-belge de l’anesthésiste qui souffrait d’alcoolisme

Bonjour

Tragique, absurde, inqualifiable. On se souvient de l’affaire de la maternité d’Orthez. Une anesthésiste âgée de 45 ans  été mise en examen le 2 octobre 2014 pour homicide involontaire aggravé trois jours après la mort d’une femme de 28 ans victime d’un « accident d’anesthésie ». Le parquet faisait alors savoir à la presse que l’anesthésiste avait un «problème d’alcool pathologique». Elle « n’aurait pas été en pleine possession de ses moyens » lorsqu’elle a procédé à l’anesthésie de la patiente alors en train d’accoucher par césarienne. L’affaire devait faire grand bruit, soulevant notamment une controverse quant à la nécessité de contrôles systématiques d’alcoolémie chez les membres du personnel soignant à l’entrée des blocs opératoires.

Six mois plus tôt

L’instruction devait rapidement confirmer la pathologie alcoolique dont souffrait la Dr Helga Wauters, médecin anesthésiste de nationalité belge. Un premier rapport psychiatrique avait conclu qu’elle était responsable pénalement et un second rapport en toxicologie livré début 2015 révélait qu’elle était « une consommatrice excessive et chronique d’alcool».

Le deuxième rapport de toxicologie, réalisé à partir d’analyses de cheveux de l’anesthésiste 1 indiquait «qu’au moins pendant les six derniers mois avant le prélèvement, effectué juste après les faits, Helga Wauters était une consommatrice excessive et chronique d’alcool ». «On savait qu’elle était dans un état d’ébriété lors de l’accouchement de la patiente, cela n’a rien de nouveau, avait déclaré l’avocat de la famille de la victime. Mais ce qui est plus choquant, c’est de savoir que bon nombre d’actes médicaux qu’elle a réalisés avant les faits l’ont été dans un état d’ébriété.»

Six ans auparavant

Un an plus tard de nouveaux éléments dans l’enquête viennent d’être révélés par  Le Parisien  (sur abonnement). Il apparaît ainsi que la pathologie alcoolique n’était pas récente. C’est en 2009, alors qu’elle travaillait  à l’Hôpital Bracops de Bruxelles, que la Dr Helga Wauters commence à s’intoxiquer. Point notable : c’est à sa demande qu’elle est hospitalisée pour une cure de sevrage dans un service de psychiatrie. Puis elle démissionne. Un de ses confrères signale qu’elle est « très déprimée et dans l’incapacité de travailler ». Quatre ans plus tard, le 19 février 2013, l’anesthésiste est licenciée du CHR Haute-Senne de Soignies (Belgique) pour « faute grave liée à l’éthylisme » lors d’une césarienne. Déjà.

Elle devient ensuite salariée, en août 2013, de la clinique belge Saint-Joseph Saint-Vith, avec une clause que Le Parisien qualifie d’ « inédite » : elle doit accepter de passer un éthylotest à tout moment. Elle sera à nouveau licenciée le 19 février 2014 : elle n’arrive pas à réaliser une péridurale et « son haleine sent l’alcool », dira le médecin-chef. Comme dans le bloc d’Orthez durant la césarienne. Ce sera la dernière étape de son parcours  professionnel en Belgique.

Incidents et dénonciation

La Dr Helga Wauters sera  embauchée par la clinique d’Orthez durant l’été 2014, dans des conditions et pour des raisons précises qui reste en partie à élucider. Il semble toutefois acquis que cet établissement a fait appel à un « cabinet de recrutement », qui a reçu la candidature de l’anesthésiste belge. Son dossier est ensuite examiné par le conseil départemental de l’Ordre des médecins des Pyrénées-Atlantiques. Ce dernier demande à l’Ordre des médecins belges un justificatif de ses diplômes et un extrait de son casier judiciaire. Or il semble acquis que les deux établissements hospitaliers dont elle a été licenciée n’ont pas signalé les raisons précises de ce licenciement à l’ordre des médecins belges : ils font valoir que « l’éthylisme et la dépression sont des maladies qui ne se dénoncent pas sur la base d’un incident ».

« Rien de suspect n’apparaissait dans son dossier. Elle a donc pu exercer », souligne dans Le Parisien le Dr André Deseur, le vice-président du Conseil national français de l’Ordre des médecins. « Il est inadmissible que l’on ait autorisé impunément cette anesthésiste à continuer d’exercer son métier malgré tous les signaux d’alerte graves » s’indigne pour sa part Me Philippe Courtois, l’avocat de la famille de la victime. La Dr Helga Wauters est en liberté sous contrôle judiciaire depuis décembre 2014.

Quelles pratiques en France ?

Le Conseil national de l’Ordre ne dit pas si, en France, les hôpitaux et cliniques privées doivent dénoncer l’éthylisme et la dépression des médecins qu’ils emploient. C’est là une précision qui mériterait d’être apportée. De même que l’Ordre devrait nous en dire plus sur la mesure « inédite » de l’alcootest imposé à volonté sur le lieu de travail d’un médecin qui ne fait pas mystère de sa pathologie alcoolique.

Dans l’attente des réponses ordinales on peut relire, sur Slate.fr la lettre éclairante, sinon prophétique, du Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions :   « Octobre 2030: lettre à un enfant dont la mère mourut à Orthez, le jour de sa naissance, d’un «accident d’anesthésie»

A demain

1  « On peut doser un marqueur de l’éthanol dans les cheveux : l’éthyl glucuronide présent au delà de 30 pg/mg dans les cheveux témoigne d’une consommation excessive d’alcool, en particulier pour une quantité supérieure à 60 gr par jour. Contrairement aux marqueurs sanguins classiques, VGM et GammaGT, l’éthyl glucuronide est très spécifique de l’alcool et n’est pas influencé par la prise de médicaments. Ces tests peuvent être utilisés pour mettre en évidence une consommation excessive d’alcool   mais pas une abstinence ou une consommation modérée »

(Dr Marie-Thérèse Giorgio extrait de  « Consommation d’alcool ou de stupéfiants : l’analyse des cheveux retrace l’histoire de l’addiction dans le temps ! »)

 

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