Essai clinique mortel de Rennes : questions sur les interrogations concernant le cannabis

Bonjour

Tenir un blog c’est, aussi et surtout, partager des espaces. Après les nombreux atermoiements du jour quant aux rumeurs cannabinoïdes  de l’essai clinique mortel de Rennes, nous publions ici le témoignage que nous a adressé le Dr Bertrand Lebeau, addictologue, responsable du CSAPA de l’hôpital de Montfermeil, membre du comité scientifique de SOS Addictions.

Le Dr Lebeau témoigne des incompréhensions que peuvent malheureusement générer une communication non maîtrisée par les pouvoirs publics. Nous y reviendrons.

Tomber des nues

« Ce vendredi 15 janvier au matin, un journaliste m’appelle et me demande ce que je pense de ‘’ l’affaire de Rennes ‘’. Je ne sais pas de quoi il parle et lui demande de m’expliquer. Il me dit que dans un essai de phase I portant sur une dizaine de volontaires sains, une personne est en état de mort cérébrale tandis que plusieurs autres sont hospitalisés dans un état inquiétant. Et il ajoute : ‘’ C’est un médicament à base de cannabis ou de cannabinoïdes ‘’.

« Je tombe des nues ! Il aura donc fallu attendre 2016 pour que le cannabis tue ! J’explique au journaliste qu’à ma connaissance, un tel événement n’est jamais survenu nulle part et quel que soit le type d’essai. Je lui dis que seule existe actuellement une ATU nominative pour le Marinol, un THC de synthèse, et que l’on attend toujours le Sativex, un spray de THC et CBD qui aura pour indication les contractures douloureuses dans la sclérose en plaques. J’évoque, pour le principe, les cannabinoïdes de synthèse vendus en particulier sur Internet mais, même dans ce cas, on a décrit des accidents psychiatriques : anxiété, panique… rien qui soit de la gravité de ce qui s’est passé à Rennes.

Auteur de la boulette

« Durant l’après-midi, j’écoute les infos qui expliquent que la substance en cause est bien du cannabis ou un cannabinoïde. Et puis un autre journaliste me fait savoir qu’il s’agirait, en réalité, non pas d’un phyto mais d’un endocannabinoïde (EC), ce que confirme Marisol Touraine dans sa conférence de presse. Qui a commis la boulette ? L’ANSM ? Le parquet de Paris ? Les médias ? Mystère. 1

« Mais, à partir du moment où il s’agit d’un EC, on est en terrain un peu moins glissant et on peut faire quelques hypothèses. Le premier EC a été isolé au début des années 90 par le chimiste israélien Raphael Mechoulam, celui là même qui avait isolé le THC en 1964. Aujourd’hui on en connaît plusieurs autres mais il existe un mystère concernant le système EC et qu’on peut grossièrement résumer ainsi : ces EC se lient à deux types de récepteurs CB1 et CB2. Les récepteurs CB1 sont présents dans le SNC, les CB2 dans le reste de l’organisme en particulier dans la rate et semblent en interface avec le système immunitaire.

Cannabinophile

« Mais les récepteurs CB2 sont plus nombreux qu’aucun autre récepteur dans le corps humain et on connaît fort mal leur rôle et leur fonction. Il est possible que cette interaction EC/CB2 mal maîtrisée soit à l’origine du drame de Rennes. Cela signifie aussi que l’étude de cet EC sur des modèles animaux n’avait rien montré d’inquiétant. Il est possible aussi que l’on ait voulu aller trop vite alors que les connaissances tant sur les EC que les récepteurs CB1 et surtout CB2 sont encore fragmentaires. L’enquête répondra peut-être à ces questions.

« Quoi qu’il en soit, les complotistes qui annonçaient déjà que toute cette affaire visait directement le Pr Bertrand Dautzenberg et ses récentes et cannabinophiles déclarations en sont pour leurs frais. » 

 A demain

1 Le 15 janvier, en fin de journée l’ANSM a publié les quelques lignes suivantes:

«L’essai clinique a été autorisé le 26 juin dernier par l’ANSM et reçu un avis favorable du Comité de Protection des Personnes Ouest VI (Brest) le 3 juillet 2015. Il se déroulait uniquement dans le centre clinique de BIOTRIAL de Rennes. La molécule étudiée, aux propriétés potentiellement antalgiques, agit sur un neurotransmetteur endogène.
L’essai était composé de deux phases initiales pour lesquelles aucun effet indésirable grave n’a été rapporté. La troisième phase visait à une administration en doses multiples.

L’apparition des effets indésirables graves a eu lieu lors de l’administration de la dose testée la plus élevée chez 6 volontaires. Le laboratoire promoteur BIAL a informé l’ANSM et la société BIOTRIAL, responsable de la mise en oeuvre de l’essai de son interruption. L’ANSM a diligenté dès aujourd’hui une inspection de la société BIOTRIAL.»

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