L’Ordre, la confraternité et le suicide de l’hôpital Pompidou. Une soupe de carottes à 1200 euros

Bonjour

Sombre rentrée, triste janvier. Le volontaire de l’essai clinique de Rennes vient de mourir au CHU Pontchaillou. Etranges lumières sur ces espaces où l’on rémunère des personnes participant à une recherche voulue par des firmes privées sous le contrôle de la puissance publique. Qui préside à la juste répartition des bénéfices ?

Nouveaux prolongements dans l’affaire du suicide du CHU Georges-Pompidou avec la réplique des « Amis de Jean-Louis Mégnien » à la commission désignée par Martin Hirsch directeur général de l’AP-HP. On attend la suite de cette tragédie sans précédent qui éclaire d’une sale lumière certains aspects de la profession médicale et, plus encore le complexe médico-administratif qu’est l’institution hospitalière.

Dénigrement

Gagnons la Drôme. Le Dr Claude Leicher, président de MG France, vient de recevoir  un avertissement de l’Ordre des médecins pour avoir dénigré les pédiatres dans un article de presse. L’affaire est détaillée dans Le Quotidien du Médecin. Elle est aussi simple que symptomatique de ce qui peut se passer en ville. Une histoire d’irritation confraternelle sur un tissu professionnel surchauffé.

Le 30 décembre 2015, la chambre disciplinaire de première instance du régional  de Rhône-Alpes a rendu sa décision publique par affichage – une affiche dont Le Quotidien s’est procuré une copie.

« On a l’habitude de dire, entre généralistes, que les pédiatres prescrivent de la soupe de carottes et nous, on soigne les enfants quand ils sont malades. » Une histoire de diarrhée sans doute. Ces propos avait été tenus par le célèbre syndicaliste en juin 2014 Quadruple saisine de l’Ordre des médecins de la Drôme. Le Syndicat national des pédiatres français, le conseil de l’Ordre des Bouches-du-Rhône et deux pédiatres avaient estimé que le Dr Leicher avait « déconsidéré la profession et manqué à son devoir de confraternité ». Les concepts de déconsidération et de confraternité sont, on le sait, difficiles à manier. Ils peuvent aussi avoir de redoutables conséquences, comme on peut le voir à Paris.

Humour et calomnies

 Les plaignants avaient également regretté des « propos calomnieux et malveillants dans le but de porter atteinte à la médecine pédiatrique ». Est-ce bien sérieux ? L’avocate du Dr Leicher avait argué que cette phrase litigieuse devait être interprétée comme une « boutade », intervenue au moment où le syndicat proposait la mise en place du médecin traitant de l’enfant de moins de 16 ans ;  « Il ne s’agit que d’une remarque maladroite à caractère humoristique, qui n’est, ni abusive, ni diffamatoire, ni injurieuse » plaida-t-elle.

Mais on ne plaisante guère, devant la chambre disciplinaire de première instance de l’Ordre des médecins de Rhône-Alpes. Les juges ordinaux ont estimé qu’avec de tels propos aux parfums végétaux, le Dr Leicher a « manqué à ses obligations de s’abstenir, même en dehors de l’exercice de la profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci » et « d’entretenir entre médecins des rapports de bonne confraternité ». « La capacité de conviction de ses thèses ne nécessitait en rien qu’il dénigre, ainsi qu’il l’a fait, la profession de pédiatre, dans des termes excessifs et blessants », explique la chambre disciplinaire.

Haine vigilante

Verdict : « faute déontologique » ; un avertissement au Dr Leicher ; une condamnation à payer la somme de 400 euros respectivement au Syndicat national des pédiatres français et aux deux praticiens plaignants. Où l’on voit que la confraternité, outre qu’elle est une haine vigilante, peut aussi générer des espèces sonnantes et trébuchantes.

Si l’on pouvait, on conseillerait aux responsables parisiens de l’instance ordinale de lire et d’analyser la  « première note » de la  commission constituée par Martin Hirsch pour tenter d’éclairer l’opinion sur les sombres dysfonctionnements de l’Hôpital européen Georges-Pompidou : NOTE D’ÉTAPE SUR LA MISSION RELATIVE AUX CONFLITS À L’HEGP – dysfonctionnements qui ont conduit à la séquence suivante : « 14 décembre 2015 : reprise de travail de Jean-Louis Mégnien ; 15 décembre 2015 : élection d’Eric Thervet comme président de CMEL ; 17 décembre 2015 : décès de Jean-Louis Mégnien ».

Il y est, là aussi, question de confraternité – et de considération.

A demain

Une réflexion sur “L’Ordre, la confraternité et le suicide de l’hôpital Pompidou. Une soupe de carottes à 1200 euros

  1. Si cette tragédie est particulièrement impressionnante, largement médiatisée et déclenche enfin la parole de pairs brisant le tabou du harcèlement moral me permettez-vous de rappeler le suicide par balle de revolver face au bâtiment administratif d’un confrère de Fréjus et le cas du confrère pneumologue de Nevers qui s’est tranché la gorge dans son bureau …Sans parler du décès atroce de notre brillante consoeur du Samu de Toulouse …Il y a des précédents depuis au moins quinze ans et j’avais diffusé l’information sur les scénarios de harcèlement moral enseignés à des chefs de service dès 2001 …Mieux vaut tard que jamais pour faire éclater la vérité …

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