Suicide de l’hôpital Pompidou : mode d’emploi pour harceler des médecins sans défense dans les hôpitaux publics

Bonjour

Un mois après. Une large fraction de la communauté médicale, hospitalière ou pas, demeure marquée par le suicide à l’Hôpital Georges-Pompidou du Pr Jean-Louis Mégnien. Cette défenestration commence à jouer un rôle de révélateur. On reparle ainsi de l’ouvrage-témoignage du du Dr Elisabeth Des« Le harcèlement au travail ; mémoire d’un combat ». On évoque, ici ou là, des cas de plus en plus nombreux de souffrance au travail pour « harcèlement ». Nous avons, pour notre part, recueilli par le plus grand des hasards le témoignage d’un confrère (longtemps perdu de vue) aujourd’hui enfermé dans un gentil placard hospitalier parisien (qui n’appartient pas à l’AP-HP). Interdit de bloc… menace ouverte d’expulsion par le chef de l’administration… harcèlement de fait… menaces… place aux jeunes et aux réseaux sociaux… résignation…

Mandarins administratifs

Dans un communiqué signé par trente-quatre personnalités d’horizons très divers 1 le « Mouvement de défense de l’hôpital public » remet l’ouvrage sur le métier. Il cite notamment les « humiliations en public répétées », les « mises ‘’au placard’’ », les « sanctions arbitraires apprises par mail sans entretien préalable »,  les « espionnages du courrier », les « non-réponses aux lettres et aux demandes de rendez-vous », les « réductions des personnes à leur production  de T2A », etc. Tout ceci conduit les signataires à rappeler un certain nombre de principes :

« 1. Tout pouvoir nécessite un contre-pouvoir. Le pouvoir absolu ne peut déboucher que sur l’abus de pouvoir. Le contre-pouvoir ne peut pas  se limiter au  pouvoir  du cran hiérarchique  supérieur : le pouvoir du directeur d’ARS sur le directeur d’hôpital, le pouvoir du chef de pôle sur le chef de service… Il faut une commission des conflits composée de personnes indépendantes dont des personnes qualifiées indépendantes de l’institution.

« 2. La nomination à des responsabilités pour diriger des équipes médicales (chef de service ou d’unité  ou de département, chef de pôle) ne devraient pas se faire seulement sur des critères de compétences professionnelles en matière de soin, d’enseignement ou de recherche,  voire sur des critères de rentabilité T2A. Elle devrait  aussi prendre en compte des critères portant sur  les capacités d’animation , d’organisation et sur les qualités humaines des postulants dont la première est le respect des personnes, collaborateurs médicaux et non médicaux, étudiants et patients. Ces qualités devraient d’ailleurs être pareillement exigées des cadres de santé et des directeurs administratifs. Une nouvelle culture des relations humaines doit s’instaurer dans les hôpitaux français, un des lieux où la souffrance au travail est la plus répandue.

« 3. La loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (HPST) a voulu donner le pouvoir sans partage aux directeurs « seuls maîtres à bord ». Certains directeurs, très minoritaires, ont cru qu’ils pouvaient rejouer la partition des mandarins d’antan. Plus fréquemment, dans une situation médicale conflictuelle, c’est souvent l’esprit de clan qui prévaut et favorise le harcèlement. Il est masqué par l’autorité du chef d’établissement lorsque celui-ci choisit un camp plutôt qu’un autre. Il reste donc nécessaire de revenir à un pouvoir équilibré entre le pouvoir soignant et le pouvoir administratif. Il est compréhensible que les chefs de pôles (structures de gestion) – puisque pôles il y a – soient nommés par décision du directeur sur proposition de la commission médicale d’établissement (CME) et de son président (…). »

Il faut, selon les signataires « reconstruire les communautés médicales hospitalières en les dotant de règles de fonctionnement collectif transparentes plus démocratiques ». Cela pourrait presque porter un nom ; le joli nom de « démocratie sanitaire ».

A demain

1 Le « communiqué du mouvement de défense de l’hôpital public après le suicide du Pr Jean-Louis Mégnien sur son lieu de travail » est signé des personnalités suivantes :

André GRIMALDI, Bernard GRANGER, Véronique LEBLOND, Eric BRUCKERT,  Philippe ICARD, Alfred PENFORMIS, Pierre GIBELIN, Daniel THOMAS, Marco ALIFANO, Jean-Paul VERNANT, Marc De KERDANET, Olivier CHOSIDOW, Jacques GILQUIN, Martial HAMON, Agnès HARTEMANN, Jacques TREVIDIC, Bruno DEVERGIE, Marc LEPEUT, Jean-Philippe COLLET, Jean-Luc CHAGNON, Bruno FALISSARD, Régis COCHE, Jean-François PINEL, Michèle HAMON, Nicole SMOLSKI, Bernard ODIER, Max-André DOPPIA, Nicolas THIOUNN, Emmanuel MASMEJEAN, Christian PERRONNE, Richard TORRIELLI, Karelle BENISTAN, Philippe HALIMI, Guy MOULIN

 

2 réflexions sur “Suicide de l’hôpital Pompidou : mode d’emploi pour harceler des médecins sans défense dans les hôpitaux publics

  1. Je me permets de préciser que le Docteur Jacques GIRON brillant radiologue qui m’a fait l’honneur de préfacer ce modeste essai est un ami personnel du Professeur André GRIMALDI, interrogé par Monsieur jacques COTTA dans son documentaire « Dans le secret de l’accès aux soins »… La parole des professionnels injustement harcelés semble se libérer …le pire serait-il l’ennemi du mal ?

  2. L’association Jean-Louis MEGNIEN créée en hommage à ce brillant cardiologue « suicidé » pour lutter contre la maltraitance et le harcèlement en milieu hospitalier se réunit pour la première fois samedi 10 septembre 2016 47 rue de la Roquette dans le onzième arrondissement de Paris .

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