Marisol Touraine évoque « un horizon des possibles qui ne cesse d’être repoussé ». Et revient sur le dossier de l’hépatite C

Bonjour

On ne lit pas assez certains discours ministériels. De retour du « Forum économique mondial de Davos » Marisol Touraine ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes est intervenue, samedi 23 janvier, dans le cadre de la première « Journée nationale de l’innovation en santé ».

Nous proposons ici quelques extraits de son texte ; un texte assez peu commun, hymne inhabituel à la modernité et à nos lendemains médicalement connectés. On pourra regrettera, dans les progrès en cours et à venir, l’absence de la cigarette électronique. (Les intertitres et les liens sont ajoutés):

« (…) En cela, le numérique est comparable au bouleversement apporté par l’électricité à la fin du XIXe siècle. Tous deux s’inscrivent dans chacun de nos gestes, partout où nous nous rendons, à domicile, en ville, à l’hôpital. Le numérique, c’est l’avènement possible d’une médecine personnalisée. Déjà, les objets connectés permettent à chacun de suivre sa température, sa tension.

« Le verre connecté, qui vous est présenté lors de cette journée, permet aux personnes âgées de vérifier leur hydratation. Demain, le textile connecté offrira la possibilité de visualiser et de surveiller son cœur. La douleur dans la poitrine ne sera plus le premier signe de l’infarctus : c’est le smartphone, qui le détectera le premier.

Cellules cancéreuses avant le cancer

« L’horizon des possibles ne cesse d’être repoussé. Un premier test permettant de détecter la présence de cellules cancéreuses avant même que le cancer ne soit visible a été développé en France. Demain, il sera possible de détecter la maladie avant même que celle-ci ne se déclare.

« Mais le numérique ne transforme pas la vie des seuls patients. C’est toute l’organisation de notre système de santé qui est amenée à évoluer. Avec la construction d’un lien direct entre les objets connectés et les professionnels de santé, c’est le suivi du patient qui va changer. Je pense au pancréas artificiel Diabeloop® 1 que vous pourrez voir ici, véritable révolution pour les malades du diabète. Je pense à toutes ces innovations qui permettront au patient de rentrer chez lui plus rapidement encore après une intervention chirurgicale : les capsules connectées qui, une fois avalées, permettent de surveiller à distance la température du patient. Les examens pratiqués à distance auront un impact considérable sur les enjeux de désertification médicale.

Administrateurs hospitaliers géolocalisés

« Je pense aussi à la possibilité pour les professionnels d’interagir entre eux. Une innovation, dont nous entendrons parler plus tard dans la matinée, permet ainsi de simplifier l’échange d’informations médicales entre tous les professionnels de santé qui contribuent à la prise en charge d’un même patient. A l’heure de l’email et des réseaux sociaux, ce type d’échanges dématérialisés paraît une évidence ; mais c’est en réalité un défi que peu de pays au monde ont su relever à ce jour.

Ce défi, nous devons le relever. Pour les professionnels de santé libéraux et pour l’hôpital, où plusieurs dizaines de systèmes d’information coexistent parfois sans se parler entre eux. Les industriels, les start ups, sont prêts à y aller : une appli mobile permettant de se géolocaliser dans l’hôpital et d’y gérer ses rendez-vous sera d’ailleurs présentée. L’Assurance maladie, la Haute autorité de santé et les administrations centrales doivent s’engager pleinement dans cette dynamique. (…) »

Innovations solvabilisées

Mme Touraine a ensuite évoqué les questions éthiques posées par ces bouleversements « parfois vertigineux » de nos pratiques et de nos organisations ; sur la compatibilité entre l’innovation en santé et les valeurs de notre modèle social -au premier rang desquelles « l’égal accès de tous à l’excellence médicale ». Elle s’est interrogée : « Comment imaginer qu’un traitement nouveau puisse être réservé à une élite qui aurait, seule, les capacités financières à y accéder ? »  « La force du modèle français, c’est de solvabiliser l’innovation, en lui garantissant une diffusion rapide et massive, c’est de donner un temps d’avance à nos entreprises sur un marché mondialisé et compétitif. Cette réalité nous oblige, a-t-elle assuré. Pour pérenniser ce modèle vertueux, ce gagnant-gagnant, pouvoirs publics et industriels doivent s’accorder sur le juste prix de l’innovation. »

Malades de l’hépatite C

C’est alors que la ministre de la Santé a dit « évidemment penser à un sujet d’actualité »: le traitement de l’hépatite C :

« J’ai fait le choix de permettre à l’ensemble des malades de bénéficier de ce traitement de rupture, qui permet de guérir la maladie.  Si la France dispose du prix le plus bas d’Europe, la pression pour les finances publiques reste très forte – trop forte. » L’ensemble des malades ? Le prix le plus bas d’Europe ? Mme Touraine n’a pas développé. C’est grand dommage pour celles et ceux malades, médecins et comptables qui, sur ce point précis, auraient de nombreuses questions à lui poser.

Où l’on en vient à s’interroger sur l’image que la ministre a utilisée : « Un horizon des possibles qui ne cesse d’être repoussé ». Imaginons la situation où l’horizon ne cesse de s’éloigner. Et tentons d’en tirer, géographiquement, les conclusions.

A demain

1 La ministre de la Santé a également  souligné que c’est en France « que vient d’être conçu le premier cœur artificiel et que se dessine le premier poumon artificiel ». « C’est en France que deux jeunes chercheurs-entrepreneurs, à qui l’Amérique tendait les bras, ont choisi de développer les premiers antibiotiques dits « ‘’intelligents’’. C’est en France qu’est engagée l’immunothérapie du cancer. Oui, c’est en France que se dessine la santé de demain ! »

Mme Touraine a encore cité l’implant biomédical Argus II® (développé par l’entreprise Second Sight) qui « a déjà pu bénéficier à l’ensemble des patients malvoyants concernés » ; le développement d’Echopulse® « une alternative à la chirurgie pour détruire les tumeurs bénignes du sein grâce la thérapie par ultrasons, lancée par le laboratoire Theraclion » ; Innate Pharma « pionnier de l’immunothérapie du cancer » ; Pixium Vision, « en première ligne pour combattre le handicap visuel » et Carmat « dont le cœur artificiel total est de loin le plus avancé au monde ».

Au lendemain de l’affaire de l’essai clinique mortel de Rennes elle a annoncé avoir lancé « une large concertation sur l’ordonnance concernant les essais cliniques, prévue par la loi de modernisation de notre système de santé » – concertation  qui « permettra d’actualiser, de faire évoluer le cadre réglementaire ».  La ministre a nommé  le Pr Jean-Yves Fagon délégué ministériel à l’innovation en santé.

Elle a, enfin, annoncé  la tenue, à Lyon au début du mois d’avril, « d’une grande conférence à l’initiative du Président de la République » Objectif : « nous accorder sur le meilleur moyen de garantir un retour d’investissement aux industriels qui développent des traitements innovants, tout en permettant à tous les patients d’y accéder et à la collectivité de les assumer ».

3 réflexions sur “Marisol Touraine évoque « un horizon des possibles qui ne cesse d’être repoussé ». Et revient sur le dossier de l’hépatite C

  1. « Demain, il sera possible de détecter la maladie avant même que celle-ci ne se déclare »
    Knock ? Non, Marisol Touraine

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