Un EHPAD en Seine-et-Marne. Trois stagiaires se sont filmées en train de violenter des malades d’Alzheimer

Bonjour

L’horreur à côté de chez vous. Nous sommes ce soir dans le gentil village d’Annet-sur-Marne, à une quarantaine à l’est de Paris, à 20 minutes de l’aéroport de Roissy et de la gare TGV de Marne-la-Vallée. Le Centre Commercial du Val d’Europe et son parc Eurodisney sont à proximité. Annet-sur-Marne est desservi par la ligne d’autocars n°15 du réseau PEP’S assurant le transport des voyageurs et des scolaires entre la Gare SNCF (Thorigny-Pomponne) et la Mairie de Claye-Souilly, et deux fois par jour le Centre Commercial Régional (Carrefour). Accessible en véhicule par l’autoroute A4 et N104 Francilienne.

Trois mille habitants. Le nom de la commune viendrait du gaulois « Ana » – déesse mère des marais dans des temps bien reculés. Les marais ont été asséchés. Puis les dieux ont changé. Parmi les monuments de la commune on trouve l’église Saint-Germain (xviiie et xxe siècles), le château d’Etry (xviiie siècle), abrite aujourd’hui un centre d’orientation de l’enfance de la ville de Paris.

Unité protégée de 15 lits – jardin sécurisé

Approchons-nous du château de Louche reconstruit dans la première moitié du xixe siècle, devenu maison de retraite en 2007. A dire le vrai, plus que de « maison de retraite » il faudrait parler de « l’EHPAD Château de Louche » (convention signée avec l’ARS et le Conseil général). Cet établissement privé avait accueilli, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale et jusqu’en 2004, une cinquantaine de résidents; d’abord réfugiés des camps, puis personnes âgées, sous l’égide de l’Association du Self Help Home, puis sous celle de la Fondation de Rothschild.

Aujourd’hui 71 chambres individuelles et une « unité protégée de 15 lits avec un jardin sécurisé » pour des personnes souffrant de maladie de type Alzheimer. La plaquette de présentation parle « d’un encadrement médical attentif & attentionné » ; d’ « environnement  calme & serein », de « bien-être & détente ». On trouvera ici le dossier de demande d’admission. Les tarifs ne sont pas communiqués. On peut les imaginer élevés.

Que s’est-il passé ? « Elles ont sans doute voulu s’amuser, tente l’AFP.  Pourtant, elles sont au cœur d’une vive polémique après des tapes et des mises en scène « indignes ». Trois lycéennes sont poursuivies pour des maltraitances sur des pensionnaires d’une maison de retraite de Seine-et-Marne, qu’elles ont filmées lors d’un stage et diffusées sur Internet. Des « actes graves » dénoncés dimanche par Laurence Rossignol, secrétaire d’État aux Personnes âgées. »

Futures « auxiliaires de vie »

Tout a commencé le lundi 18 janvier avec trois adolescentes âgées de 16 et 17 ans, élèves du lycée professionnel Jean-Moulin de Torcy qui se destinent à devenir auxiliaires de vie. Elles viennent dans cet EHPAD pour débuter un stage pratique. La suite, racontée par l’AFP, fait aujourd’hui grand bruit :

« Dès le premier jour, elles entreprennent d’humilier trois résidents atteints d’Alzheimer, filment leurs forfaits et les postent sur Snapchat 1. Très prisée des adolescents, cette plateforme permet de partager des photos et vidéos, qui disparaissent après quelques secondes. Pas moins de 33 films seront diffusés et visionnés 340 fois en début de semaine, ont expliqué les gendarmes qui ont interpellé les jeunes filles, dénoncées par des camarades « émus » par la violence des images.

Les trois stagiaires ont été mises en examen vendredi pour violences en réunion avec préméditation, diffusion sur Internet de scènes de violence et atteinte à la vie privée, et placées sous contrôle judiciaire, a indiqué le parquet de Meaux. Laurence Rossignol secrétaire d’État aux personnes âgées, s’est rendue sur place dimanche 24 janvier pour rencontrer les familles des victimes et les personnels. Elle a parlé d’ « actes graves », « d’humiliation, de violence verbale, d’atteinte à la dignité ». Elle n’a pas parlé de « maltraitance physique », se refusant de donner plus de détails sur la teneur des vidéos.

Selon une source proche du dossier, on y verrait les adolescentes infligeant des « tapes » ou encore des « pincements de nez » aux malades. Questionnée sur le fait que les trois jeunes filles se soient retrouvées seules avec les pensionnaires, Laurence Rossignol a assuré que l’établissement « avait l’habitude d’accueillir des stagiaires » et que ces dernières étaient suivies par une « tutrice », mais qu’il y avait des « interstices ». Elle a indiqué que les vidéos incriminées étaient « extrêmement courtes, moins de 20 secondes ». La direction de l’établissement n’a pas souhaité faire de commentaire, soulignant qu’elle « se concentrait sur le bien-être des résidents, notamment des trois victimes des agissements déviants de ces stagiaires ».

Mieux encadrer les stagiaires ?

« Ça paraît énorme que des jeunes filles en stage en arrivent à violenter des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer », a déclaré Joëlle Le Gall, présidente honoraire de la Fédération nationale des associations de personnes âgées et de leurs familles (Fnapaef). Si le personnel de l’établissement n’est « pas en capacité de bien encadrer les stagiaires, de prendre du temps pour les former, c’est un véritable problème », a-t-elle poursuivi. Pour elle, « les moyens dans les EHPAD sont très largement insuffisants ». Certes, mais ces lycéennes, comment ont-elles pu oser faire cela ? Le faire et vouloir le montrer ? Au-delà de l’indignation que faut-il comprendre ? Que vont-elle nous dire ? Qu’allons-nous pouvoir entendre ? Et combien sont-elles, qui ne se filment pas ?

L’AFP se souvient qu’en novembre dernier, une aide-soignante d’un EHPAD du département de la Loire a été condamnée à un an de prison avec sursis pour des maltraitances et des humiliations sur des pensionnaires souffrant de la maladie d’Alzheimer. En octobre, en Seine-Saint-Denis, une plainte a été déposée pour de présumées violences commises par une aide-soignante sur une femme également atteinte d’Alzheimer.

Comment peut-on en arriver là, à proximité d’Eurodisney ? L’horreur à deux pas de chez nous, et nous ne le savons pas.

A demain

1 Sur « Snapchat » et ses rapports avec le Big Brother d’Orwell on lira avec le plus grand intérêt : « Grâce à vous Snapchat pourrait, très vite, devenir Big Brother » (Slate.fr, Vincent Manilève)

3 réflexions sur “Un EHPAD en Seine-et-Marne. Trois stagiaires se sont filmées en train de violenter des malades d’Alzheimer

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