Humiliations de personnes âgées : retour sur la méchante affaire de l’EHPAD de Seine-et-Marne

 

Bonjour

La méchante affaire de l’EHPAD de Seine-et-Marne est-elle une « première » ? Révèle-t-elle, bien au contraire, une réalité jusqu’ici (plus ou moins) cachée des violences qui peuvent prévaloir dans ce type d’établissement réservé par définition à l’hébergement (et non à l’hospitalisation) des personnes devenues, avec le temps privées de leur autonomie (dépendantes) ? De quelles violences parle-t-on ?

Le cadre. Annet-sur-Marne. « L’EHPAD Château de Louche ». Soit 71 chambres individuelles et une « unité protégée de 15 lits avec un jardin sécurisé » pour des personnes souffrant de maladie de type Alzheimer. La plaquette de présentation parle « d’un encadrement médical attentif & attentionné » ; d’ « environnement  calme & serein », de « bien-être & détente ».On trouvera ici le dossier de demande d’admission. Les tarifs ne sont pas communiqués. On peut les imaginer élevés.

Les faits. Le lundi 18 janvier avec trois adolescentes âgées de 16 et 17 ans, élèves du lycée professionnel Jean-Moulin de Torcy qui se destinent à devenir auxiliaires de vie arrivent dans cet EHPAD pour débuter un stage pratique. L’AFP : « Dès le premier jour, elles entreprennent d’humilier trois résidents atteints d’Alzheimer, filment leurs forfaits et les postent sur ‘’Snapchat’’. Très prisée des adolescents, cette plateforme permet de partager des photos et vidéos, qui disparaissent après quelques secondes. Pas moins de 33 films seront diffusés et visionnés 340 fois en début de semaine, ont expliqué les gendarmes qui ont interpellé les jeunes filles, dénoncées par des camarades « émus » par la violence des images. Selon une source proche du dossier, on y verrait les adolescentes infligeant des « tapes » ou encore des « pincements de nez » aux malades. »

Les premières conséquences. Les trois stagiaires ont été mises en examen vendredi pour violences en réunion avec préméditation, diffusion sur Internet de scènes de violence et atteinte à la vie privée, et placées sous contrôle judiciaire, a indiqué le parquet de Meaux. Laurence Rossignol secrétaire d’État aux personnes âgées, s’est rendue sur place dimanche 24 janvier pour rencontrer les familles des victimes et les personnels.

Mme Rossignol  a parlé d’ « actes graves », « d’humiliation, de violence verbale, d’atteinte à la dignité ». Elle n’a pas parlé de « maltraitance physique », se refusant de donner plus de détails sur la teneur des vidéos. La direction de l’établissement n’a pas souhaité faire de commentaire, soulignant qu’elle « se concentrait sur le bien-être des résidents, notamment des trois victimes des agissements déviants de ces stagiaires ».

Que dire, après de tels faits ? Des faits qui ne sont connus, il faut le rappeler, que parce qu’ils ont été filmés – et filmés par leurs auteures. On peut voir là comme un progrès dans les selfies de l’horreur. D’autres songeront à un passage (Singin’ in the Rain)  de l’hypnotique d’Orange Mécanique (A Clockwork Orange) ; un film satire et d’anticipation de Stanley Kubrick aujourd’hui âgé de 45 ans. Un film à revoir dans son salon, un film  à diffuser et à faire commenter dans les cités, les quartiers et autres territoires.  Sans oublier les centres de formation des auxiliaires de vie, les facultés de médecine, de psychologie et de sociologie.

Le « cri » du Dr Pierre Zanger

Nous publions ici le texte d’une réaction (un « cri » dit l’auteur) qui entre pleinement en résonance avec différents témoignages croisés ici ou là ces dernières années – notamment à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) de Rennes. Ce texte est signé du Dr Pierre Zanger, psychiatre et psychanalyste, membre du comité scientifique de SOS Addictions.

« Ce qu’elles font ? C’est ce qui se fait quotidiennement dans la plupart de ces établissements, comme en psychiatrie DSM (« troubles des conduites ») ou en pédopsychiatrie (type ABA). J’en ai des témoignages incessants et croissants par des soignants qui viennent me parler de leur pratique et/ou se plaindre de la violence institutionnelle, de la maltraitance des institutions envers celles et ceux qu’elles accueillent.

La grande différence, c’est que ce n’est pas mis en ligne. Doit-on se focaliser sur ces filles qui exhibent cette horreur, ou se dire que c’est peut-être une chance que ça puisse être enfin perçu et visualisé par tous. C’est toujours la même chose, noir et blanc. On les a repérées, dénoncées et sans doute déjà virées.

« Orange mécanique » et « robe de mariée »

Tout est bien qui finit bien? Alors pourquoi continuer d’appeler « robe de mariée » (le terme est de plus en plus employé) les draps avec lesquelles on attache les mamies récalcitrantes en maison de retraite? Pourquoi est-il si facile, pour le directeur d’une de ces institutions (où une des pensionnaires, attachée à son lit chaque fois qu’elle se « rebellait » verbalement et décédée de pyélonéphrite suite à des sondages répétés) de menacer de virer la seule psychologue pour 120 lits ; cette psychologue qui avait après ce énième décès, osé dire que ce serait bien pour les patients comme les soignants, qu’il puisse y avoir au moins une réunion pour en parler? Pour éviter que ça se reproduise?  Elle a alors (sans un seul soutien manifeste) été traitée de « soixante-huitarde attardée », et « qui n’avait pas à s’inquiéter’’ car une « fiche afin de signaler un événement indésirable avait déjà été faite »…

« Ce qui m’effraie dans « Orange Mécanique« , au-delà de la violence meurtrière des « voyous« , c’est la violence de ceux qui leur donnent des leçons de morale et s’autorisent à les rééduquer. La vraie violence, c’est celle qui est légalisée (ou que la justice ne punit pas) et qui s’exerce en toute impunité. Ces filles ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt. »

Il faudra, demain, songer à mesurer l’épaisseur des forêts entourant le « Château de Louche » ; c’est un assez vieux château situé à proximité du parc EuroDisney et de la gare TGV de Marne-la-Vallée.

A demain

 

Une réflexion sur “Humiliations de personnes âgées : retour sur la méchante affaire de l’EHPAD de Seine-et-Marne

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