En Amérique latine le virus Zika réveille la question de l’avortement. Que dira le Vatican ?

 

Bonjour

Religion et virologie. De plus en plus présente dans les médias la menace du virus Zika 1 n’est pas là où l’on croit. C’est une menace double, faite d’une incertitude scientifique associée à des interdits sociaux de nature religieuse ; le tout inséré dans une dynamique épidémique ultra-rapide. En résulte une problématique de santé publique sans précédent connu.

Sous d’autres cieux l’affaire pourrait faire sourire : entendre des autorités sanitaires « recommander aux femmes de ne pas tomber enceintes en 2016 et 2017». Or si certains se moquent, on ne sourit guère en Colombie, au Salvador, en Equateur, au Brésil, et en Jamaïque. Depuis peu implanté dans ces pays le virus Zika y est soupçonné, lorsqu’il infecte les femmes enceintes,  de provoquer des malformations congénitales incurables (microcéphalie avec retards intellectuels irréversibles).

Petites têtes

Depuis Genève la direction générale de l’OMS observe à la jumelle : Zika est a, en quelques mois atteint vingt-et-un des cinquante-cinq pays du continent américain. L’épidémie touche désormais les Caraïbes et depuis Paris  la Direction Générale de la Santé (Pr Benoît Vallet) a pris, sans pathos, les mesures qui s’imposaient pour les départements français éloignés 2. Des mesures qui ne semblent pas avoir suscité de tweet provocateur de l’évêque de Bayonne 3. « C’est un sérieux sujet d’inquiétude, étant donné surtout le lien éventuel entre une infection pendant la grossesse et des bébés nés avec une petite tête » vient de déclarer le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’OMS. Tout le problème est bien dans cet « éventuel », dans cette causalité physiopathologique probable mais nullement certaine.

Les chiffres ? Le pays le plus touché est le Brésil, avec 3.893 cas de microcéphalie – dont 49 décès.  En Colombie, 13.531 personnes sont atteintes et une centaine de nouveau-nés sont microcéphales. Des chiffres suivront au Salvador, au Honduras, en Guadeloupe, en Martinique.

Pantalon plutôt que jupe

Que faire là où l’avortement est interdit et la contraception hormonale inaccessible ? Quels peuvent être les messages de santé publique ? Violeta Menjivar est ministre salvadorienne de la Santé. «L’Etat salvadorien ne fait pas de contrôle des naissances » vient-elle de déclarer. Mme Menjivar  conseille aux écolières de troquer la jupe pour le pantalon, afin d’éviter les piqûres du moustique. Situation équivalente en Colombie et en Equateur où Margarita Guevara, ministre de la Santé « recommande aux femmes en âge de procréer et qui vivent en zones à risque du Zika de reporter leurs grossesses ».

Il n’en faut pas plus pour attiser la polémique. « Dans un continent où les grossesses non désirées sont importantes, il est complètement naïf de penser à une recommandation aux femmes pour qu’elles reportent leur grossesse » a déclaré à l’AFP  Monica Roa, militante pro-avortement et vice-présidente de l’organisation Women’s Link International. Pour les femmes déjà enceintes, il faut une campagne d’information sur tous les risques et toutes les options qui s’offrent à elles. » Mme Roa voit dans Zika une « tragédie » mais aussi une « opportunité » pour améliorer l’éducation sexuelle dans la région.

Le délit d’avortement

«  Si, en Colombie et en Equateur, l’avortement est autorisé en cas de danger pour la santé de la mère, au Salvador il est puni par des peines allant jusqu’à quarante  ans de prison : en novembre, Amnesty International avait dénoncé l’incarcération d’une vingtaine de femmes qui avaient avorté, rappelle l’AFP. Selon le Dr Miguel Majano, spécialiste de néonatologie et président du Collège des médecins du Salvador on peut détecter échographie si un fœtus est microcéphale sans que cela autorise  à mettre fin à la grossesse.

Les latitudes diffèrent mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. « La menace du Zika pour les grossesses crée un problème complexe : le nombre d’avortements clandestins va augmenter, mais aussi le nombre de femmes jugées et emprisonnées car ici l’avortement est considéré comme un délit » explique Angela Rivas, du Groupement salvadorien citoyen pour la dépénalisation de l’avortement thérapeutique, éthique et eugénique.

Vieilles terres de mission

« La sévérité de la législation salvadorienne avait connu un écho international en 2013 avec le cas de Beatriz, 22 ans, atteinte de lupus et qui n’avait pas été autorisée à avorter d’un foetus dépourvu de cerveau. Après une intervention de la Cour interaméricaine des droits de l’Homme, l’Etat avait autorisé une césarienne et le nouveau-né était décédé peu après » rappelle encore l’AFP.

Les termes de l’équation sont là. Faute de contraception, avorter ou pas d’un fœtus dès lors que la malformation aura été établie via les ultrasons ? On sait la proximité du pape François (Jorge Mario Bergoglio) avec ces vieilles terres de mission espagnoles et portugaises. Plus que celle de Genève on attend, ici, la voix de Rome.

A demain

1 Lire, sur Slate.fr notre chronique : « Epidémie de virus Zika: les femmes et les futurs enfants d’abord »

2 La DGS a annoncé que les femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse (ainsi que les femmes en âge de procréer) vivant dans les zones touchées par une épidémie Zika seront spécifiquement informées par les professionnels de santé sur les malformations congénitales et les autres complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika. Un suivi médical et une prise en charge renforcée seront mis en place pour toutes les femmes enceintes dans les zones d’épidémie.

 En cas de découverte à l’échographie d’anomalies congénitales il sera nécessaire de procéder rapidement à un bilan pour en définir la cause. La patiente sera alors orientée vers un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) pour une évaluation étiologique et pronostique de l’affection fœtale dont les conséquences possibles lui seront expliquées.

Plus généralement il est recommandé aux femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse et ayant le projet de se rendre dans des zones où sévit le Zika, d’envisager un report de leur projet de voyage, ou, en tout cas de consulter un médecin avant le départ pour être informées sur les complications pouvant survenir lors d’une infection par le virus Zika .

3 Voir, sur ce blog, « Marisol Touraine dénonce le ‘’tweet de l’évêque de Bayonne’’ et parle du suicide du Pr Mégnien »

2 réflexions sur “En Amérique latine le virus Zika réveille la question de l’avortement. Que dira le Vatican ?

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