Marisol Touraine dénonce le «tweet de l’évêque de Bayonne» et parle du suicide du Pr Mégnien

Bonjour

Deux discours ministériels atypiques.  Hier celui sur « L’Horizon des Possibles »,  une forme de Triomphe de la médecine connectée, un siècle après Knock 1. Aujourd’hui une sorte de bilan revisité après bientôt quatre années à la tête d’un immense ministère gigogne. Tout cela dans le contexte d’une gauche de gouvernement en rapide transhumance vers le centre… Avec, depuis peu, comme un parfum, entêtant, de remaniement – un soupçon de fatalité.

Respect partagé

Après son ode à l’innovation médicale française partagée Marisol Touraine présentait, lundi 25 janvier, « ses vœux aux personnalités ». Long discours, parfois surprenant, commençant ainsi :

« C’est la quatrième fois que j’ai le plaisir de vous présenter mes vœux depuis ma nomination. Ce n’est toujours pas assez pour certains d’entre vous, c’est peut-être déjà trop pour d’autres, mais tout le monde s’accordera pour dire que quatre, c’est beaucoup ! (…)

 « Vous avez parfois manifesté, vous avez souvent négocié, nous avons en tout cas beaucoup échangé. Nous avons connu des crises, des agacements, des fâcheries parfois. Mais nous éprouvons – en tout cas la plupart d’entre nous – du respect les uns pour les autres. Nous avons appris à travailler ensemble, nous connaissons nos positions, nos tempéraments réciproques. Et nous nous écoutons dans notre diversité. »

Quatre cents heures sur les bancs

Avec le récapitulatif  du travail législatif  « mon équipe a fait le calcul : j’ai passé près de 400 heures aux bancs de l’Assemblée et du Sénat ! ». Et l’énumération « des dizaines de dossiers qui nous ont collectivement mobilisés » : orthophonistes … opticiens …pédicures-podologues … masseurs-kinés … radio-physiciens … dosimétristes … assistants-dentaire … exercice en pratique avancée pour les infirmiers…  élargissement des compétences des sages-femmes … mobilisation des CARSAT … de la CNAF … et la MSA pour être au rendez-vous de la modulation des allocations familiales et de la prime d’activité …  mobilisation du RSI pour améliorer la qualité du service rendu à ses assurés … Etats généraux du travail social….  mise en place de nouvelles structures comme l’Institut pour la démocratie en santé. (…)

Sans oublier la suite, multiforme, réduite ici à des extraits :

« Le don du sang est désormais ouvert aux homosexuels. Le travail avec les associations de prévention et de réduction des risques aura été intense et fructueux. A l’hôpital, les conflits autour de la gouvernance appartiennent au passé et le service public hospitalier a été rétabli, malgré les oppositions du Parlement (…).

«  Ce Ministère n’est ni la béquille d’une politique économique trop exigeante, ni un pansement sur une mondialisation trop dure. Les politiques sociales sont porteuses en elles-mêmes d’innovation et de modernité pour la société, pour l’émancipation individuelle, pour la capacité des Français à se projeter dans l’avenir. C’est en tout cas ma conviction. Pour dire les choses autrement, on peut défendre les politiques sociales et être modernes. Et la critique des politiques sociales ne suffit pas à rendre modernes. Pour cela, il faut adapter notre modèle social.

Un « quart de quinquennat »

Pour cela il reste quinze mois. Quinze mois et un soupçon d’anaphore :

«  Quinze mois, c’est un quart de quinquennat ! Quinze  mois pour poursuivre la mise en œuvre des réformes engagées. 15 mois pour approfondir et ouvrir de nouveaux chantiers. Quinze mois pour réfléchir aux nouveaux virages à initier dans les années à venir (…) »

 Quinze mois où, c’est écrit, tout changera :

« Le quotidien des Français va changer. A l’école, au travail, dans la vie de tous les jours, chacun pourra agir pour mieux protéger sa santé. L’accès aux soins va progresser. Dans nos territoires, avec le numéro unique pour joindre un médecin de garde, le médecin traitant de l’enfant et la poursuite de la dynamique engagée par le Pacte Territoire Santé. Accès aux soins toujours, avec le tiers payant. Le Conseil constitutionnel a considéré qu’il fallait laisser au professionnel le choix de le pratiquer ou non pour la part complémentaire. Je prends acte de cette décision avec beaucoup de confiance pour l’avenir. Parce que le système sera simple. Et que ceux qui veulent que ce soit simple trouveront beaucoup plus simple de pratiquer le tiers payant sur l’ensemble du tarif de la consultation. (…) »

La « souffrance au travail »

Des jours meilleurs qui ne font pas oublier un événement tragique :

« Innovation, enfin, pour améliorer les conditions de travail. Le suicide d’un médecin au sein d’un hôpital parisien a mis une nouvelle fois en lumière l’enjeu majeur de la souffrance au travail, qui concerne tous les acteurs de l’hôpital. Une mission est en cours et je lancerai prochainement une enquête de l’Inspection générale des Affaires sociales. Il ne s’agit pas ce soir de me prononcer sur une situation particulière, mais à l’évidence, il nous faut progresser dans l’espace laissé à l’expression de chaque individu au sein de l’hôpital.

Et sans omettre un combat qui se poursuit :

« Les mesures du programme national d’action pour l’IVG continueront de se déployer. Ce combat pour les droits des femmes (…)  il n’est ni rétro ni accessoire. A ceux qui font mine de douter de l’actualité de ce combat, je conseille un petit tour sur les réseaux sociaux, où la vigueur du déchainement conservateur ne faiblit pas. Dernier en date ? Un tweet de l’évêque de Bayonne, partagé des milliers de fois, je le cite :

« L’Etat prétend protéger les citoyens contre Daech et s’engage dans une campagne pro-IVG condamnant des innocents à la violence : illisible ».

Oui, notre combat est essentiel, parce qu’il marque une conception de la société : une société où les droits des femmes ne sont ni sociaux, ni politiques, ni culturels ou que sais-je encore. Tout simplement, le droit à disposer de son corps ne peut être remis en cause. »

Un dernier verre ?

L’heure avançait. Il fallait en finir :

« Mesdames, Messieurs, Nous ne sommes pas au bout du chemin. Il y a quatre ans, j’ai fixé mon cap, ma ligne, ma méthode. Même si certains d’entre vous ont pu le regretter, chacun reconnaîtra que je n’en ai jamais dévié (…)  Nous allons maintenant boire un verre. Loin de moi l’idée d’en faire une quelconque publicité, vous en voyez suffisamment dans les journaux, même si certains de mes collègues jugent malheureusement qu’il en faut aussi à la télévision. Mais enfin, un verre, ça ne nous fera pas de mal ! Belle soirée à tous. »

A demain

1 « Knock ou le Triomphe de la médecine », pièce de Jules Romains, représentée pour la première fois à la Comédie des Champs-Élysées, le 15 décembre 1923, mise en scène et décors de Louis Jouvet, qui interprétait  le rôle principal. Au-delà des rires certains voient en Knock une satire dénonçant la manipulation, qu’il s’agisse de médecine ou de toute idéologie – et de n’importe quel commerce.

De ce point de vue Jules Romains est voisin de Louis-Ferdinand Destouches.  On peut aussi voir dans Knock une dénonciation de la publicité, alors naissante, ainsi que des parallèles  avec le film de Murnau Nosferatu le vampire.

Knock : « Car leur tort, c’est de dormir, dans une sécurité trompeuse dont les réveille trop tard le coup de foudre de la maladie ».

Une réflexion sur “Marisol Touraine dénonce le «tweet de l’évêque de Bayonne» et parle du suicide du Pr Mégnien

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s