Virus Zika : «Non, aucun cas connu dans les départements de Mayotte et de La Réunion»

Bonjour

Communiquer est un métier. En temps de crise c’est un sacerdoce. Qu’en est-il face à une épidémie ? Les responsables des écoles de journalisme reviendront, un jour, sur la couverture de l’épidémie de Zika. Ils pourront focaliser sur la journée du jeudi 28 janvier 2015 et cibler la communication de Marisol Touraine, alors ministre de la Santé du gouvernement Valls.

Dans la matinée Mme Touraine est l’ « invitée politique » de France Info. Une séquence de quatorze minutes que l’on peut écouter ici. Elle est interrogée sur le départ de Christiane Taubira du gouvernement, sur sa position quant à la déchéance, sur la parité gouvernementale, sur la fin de vie (un « bouleversement », une « avancée historique»), sur les soins palliatifs, sur les violences faites aux femmes, sur l’essai clinique mortel de Rennes. Il reste deux minutes.

 « Cette épidémie est sérieuse (…) Dans des cas limités, la maladie peut être très grave avec des effets neurologiques, et, pour les femmes enceintes, des complications, des malformations pour leur bébé. Je veux dire très fortement… Des femmes qui sont en métropole sur le territoire français et qui ont prévu d’aller en Guyane, en Martinique ou dans les territoires d’outre-mer, si elles sont enceintes, je leur recommande de différer leur voyage. Je le dis très fortement. Il y a un enjeu de santé publique. »

Compléter les propos du matin

Tout se passe comme si l’épidémie de concernait que le territoire français, comme si les femmes enceintes française n’étaient exposées au risque qu’en partant de métropole pour aller en Guyane, en Martinique et dans les territoires français d’outre mer. Les propos de la ministre seront repris, amplifiés. On ne parle plus que du risque de microcéphalie « en Guyane, en Martinique et dans les territoires français d’outre-mer ». On oublie, tout simplement le risque présent (à une toute autre dimension) en Amérique Latine…

Quelques heures plus tard la ministre de la Santé présente, charmante coutume, ses « vœux à la presse ». Discours que l’on peut lire ici. L’heure est venue de compléter les propos du matin :

« Je veux par ailleurs revenir sur l’épidémie de Zika, qui est aujourd’hui installée en Martinique, avec 102 cas confirmés, ainsi qu’en Guyane, avec 45 cas confirmés.(…) J’invite par ailleurs les femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse et qui avaient prévu de se rendre aux Antilles ou dans un des pays touchés en Amérique latine, à différer leur projet de voyage. »

Les cinq premiers cas métropolitains

 Il s’agit cette fois des femmes enceintes mais aussi de celles qui ont un projet de grossesse. Mais il s’agit aussi, outre des Antilles, des pays touchés (ils sont une vingtaine) en Amérique latine. Tout cela sera ensuite repris sur le site du ministère dans un « Point d’information sur la maladie à virus Zika » On y sépare bien la situation qui prévaut «dans les départements français d’Amérique (Guyane, Martinique, Guadeloupe) et à Saint-Martin » de la situation de la métropole.

A Paris l’Institut de veille sanitaire vient de faire le premier bilan du nombre de voyageurs ayant contracté le Zika dans une zone touchée et rentrés en métropole ; soit « cinq personnes depuis le début de l’année ont présenté des symptômes ». On croyait l’affaire classée. Erreur. Nouveau communiqué de presse dans la journée du 29 janvier :

« Le ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes rappelle qu’aucun cas de ZIKA n’a été identifié à La Réunion et à Mayotte à ce jour : il n’y a donc pas de mesures spécifiques à prendre pour les femmes enceintes vivant à La Réunion ou à Mayotte ou pour les femmes enceintes de métropole souhaitant se rendre à la Réunion ou à Mayotte. »

Offices du tourisme

Sans doute les offices du tourisme des départements de Mayotte et de La Réunion apprécieront-ils la précision. Sur France Info  la ministre parlait des risques, pour les femmes enceintes, d’aller en Guyane, en Martinique ou dans les territoires d’outre-mer. Ces derniers 1 ne sont pas, actuellement, touchés. Restera ensuite le cas des « Collectivités d’outre-mer » et notamment de celles du Pacifique qui, elles, peuvent être  actuellement concernées par Zika.

S’informer ? Le ministère de la Santé conseille désormais de se renseigner sur le site dédié du ministère des Affaires étrangères : « Conseil aux voyageurs – Zika ». Communiquer est un métier.

A demain

1 Les « départements d’outre-mer » (Dom) sont des collectivités territoriales intégrées à la République française au même titre que les départements ou régions de la  France métropolitaine. Chacun de ces départements constitue une région mono-départementale, dite « région d’outre-mer » depuis la révision constitutionnelle de 2003. Les cinq Dom sont : la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion et Mayotte  – Source Insee.

Les « territoires d’outre-mer » font partie intégrante de la République française, mais ont des statuts différents de ceux des départements d’outre-mer ou des collectivités d’outre-mer  Ils comprennent les terres australes et antarctiques françaises (TAAF)  et les Îles éparses de l’Océan Indien.

Le territoire des terres australes et antarctiques françaises (TAAF) est composé de Saint-Paul, Amsterdam, archipel Crozet, archipel Kerguelen, Terre-Adélie et régi par la loi n°55-1052 du 6 août 1955. Ces terres disposent d’une administration propre, basée dans la commune de Saint-Pierre, département de la Réunion (arrêté du 20 mars 2000). Juridiquement, c’est un territoire d’outre-mer à statut particulier depuis le 6 août 1995.

Depuis février 2007, les îles éparses de l’Océan indien (îles Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Europa) forment le 5ème district des TAAF. Demeurées françaises après l’accès à l’indépendance de l’ancien territoire d’outre-mer de Madagascar, les îles éparses sont placées sous l’autorité du ministre chargé des départements et territoires d’outre-mer. Elles sont administrées par le préfet, administrateur supérieur des terres australes et antarctiques françaises. – Source Insee.

Une réflexion sur “Virus Zika : «Non, aucun cas connu dans les départements de Mayotte et de La Réunion»

  1. A reblogué ceci sur The Ad Spreadet a ajouté:
    Il faut absolument lire le post de JY Nau sur la communication officielle de notre ministre de la santé en ce temps d’épidémie de virus Zika aux Amériques et aux Antilles. Quel dommage qu’elle n’ait pas suivi et validé le Mooc sur le Chikungunya animé par le Pr Flahault sur Fun université.Elle aurait appris à ne oas commettre tous les faux pas de son discours et message d’alerte sanitaire. Car cela ne s’improvise pas et suppose d’être bien conseillée, ce qui semble faire défaut dans ce ministère…
    Les zones géographiques concernées ont été mal ciblées et les alertes ont atteint des pays du Sud Est de l’asie, non concernés,telle la Thailande, dont l’ambassade de France a diffusé un mail alarmiste et indadapté au risque sanitaire du pays. De quoi faire paniquer les femmes expatriées dn âge de procréer ou encenites….
    Mais je prnse aussi aux Antillaises et Guyanaises,concernées au premier chef par le virus Zika et pour lesquelles la ministre ne propose aucune aide à la prévention. Les DOM ne feraient ils plus partie de la France?
    Curieux message de politique de santé publique adressėe aux femmes,future victime d’une discrimination?
    Madame Taubira aurait eu l’éloquence pour soutenir le combat de ces femmes prises en pleine épidémie et abandonnée par la ministre de la république en charge de la santé. Un beau combat pour le droit à l’égalité de traitement.

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