Pour que les adolescents ne fument pas. Une lettre d’Australie que Marisol Touraine ne lira pas

Bonjour

C’est une lettre venue d’Australie que Marisol Touraine ne voudra pas lire en entier. Une lettre  qui, après d’autres, dit au gouvernement français  que l’esclavage du tabac n’est pas une fatalité ; que le politique peut agir s’il en a la volonté.

C’est une lettre qui rappelle qu’il y a précisément deux ans François Hollande prenait des engagements anti-tabac  et que la consommation n’a, depuis deux ans, cessé d’augmenter. Qu’en France on fume comme jamais aux portes des collèges et des lycées.  Que le dossier est une affaire de gouvernement et qu’il est, en France, laissé qu’à la seule ministre de la Santé qui n’en peut mais.

On peut le dire autrement : ce dossier majeur de santé publique est, en France et à la différence de la Grande-Bretagne ou de l’Australie, l’un des exemples les plus criants d’absence de  courage politique.

Marcher sur la tête

La lettre d’Australie ? Marisol Touraine pourra en prendre connaissance  dans Public Health Research and Practice : “Factors influencing reductions in smoking among Australian adolescents”. C’est un travail exemplaire signé de quatre auteurs : Anita Dessaix (Cancer Institute NSW, Sydney), Audrey Maag  (Centre for Population Health, Ministry of Health, Sydney), Jeanie McKenzie (Cancer Institute NSW, Sydney) et David C Currow (Cancer Institute NSW, Sydney).  Où l’on voit que des spécialistes de l’équivalent australien de l’Institut national français du cancer (InCA) s’intéressent aux facteurs d’évolution de la consommation de tabac dans leur pays. Un pays où, de ce point de vue, les directions des institutions ne marchent pas sur la tête.

Le message délivré à Sydney est simple : le renchérissement du prix des cigarettes et l’emballage neutre des paquets  sont les principaux facteurs d’explication  du déclin massif du tabagisme chez les jeunes Australiens. Ils ne sont plus aujourd’hui que 3,4%, âgés de 12 à 17 ans, à fumer quotidiennement. Soit dix fois moins qu’en France.  «Ces données nous donnent l’espoir que d’ici à la fin de notre vie, nous puissions voir le taux de tabagisme descendre à 1 ou 2% parmi les jeunes, nous n’avons jamais vu un taux aussi bas parmi des adolescents», explique l’auteure principale, Anita Dessaix. C’est probablement le début d’une génération sans tabac. Ces tendances se reproduisent à travers toute l’Australie parmi les élèves du secondaire. Chez les adultes, le tabagisme atteint également des plus bas, à environ 15%», ajoute Mme Dessaix, chargée de la prévention contre le cancer à l’Institut du cancer de Nouvelle-Galles du Sud.

Deux ans après

En France le Programme national de réduction du tabagisme prévoit :

« En 2019, le nombre de fumeurs doit avoir baissé d’au moins 10% ;  En 2024, la France doit être passée sous la barre des 20% de fumeurs (contre plus de 30% aujourd’hui) ; En 2032, au moins 95% des jeunes de 18 ans doivent être non-fumeur »

 Ce programme avait été annoncé le 4 février 2014 par François Hollande, président de la République 1. Il avait ensuite été détaillé, avec quelques mois de retard, par Marisol Touraine. Nous sommes en février 2016. Ce plan n’a toujours pas vu le jour. A la différence de la politique menée en Australie il n’usera que d’un levier : le « paquet neutre ». Depuis 2012 le gouvernement se refuse à augmenter le prix du tabac.

Divinité politique

Marisol Touraine, présentant un plan ambitieux pour lutter contre le fléau du tabagisme en France : « Le gouvernement a choisi son camp, celui de la santé publique » (25 septembre 2014). Marisol Touraine, le même jour : « Je ne crois pas à la mesure miracle qui réduira, à elle seule, le tabagisme ».

Cette référence ministérielle au miracle renvoie aux espoirs nourris par ceux qui croient aux vertus de la cigarette électronique ; des esclaves libérés du goudron auxquels la ministre de la Santé refuse de parler. Pourquoi parler de miracle ? En France, comme en Australie, les citoyens ne demandent pas aux politiques de se substituer au divin. Ils leur demandent, assez simplement, d’agir dans le sens de l’intérêt général. Et, le moment venu, de publier des chiffres. De ce point de vue la lutte contre le tabagisme est  un bel outil d’évaluation de l’action politique. En France comme en Australie.

A demain

1 Extrait du discours prononcé par François Hollande le 4 février 2014 à l’occasion du lancement du « Troisième Plan Cancer » :

«  Mais sans attendre, le troisième Plan comprendra des mesures sur chacun des principaux risques. Et notamment sur le premier. Le tabac, est responsable de 30% des décès par cancer. C’est la première cause de mortalité pour les femmes, comme pour les hommes – mais de ce point de vue l’égalité est en marche, et ce n’est pas la meilleure ! Le second Plan Cancer avait fixé comme objectif une baisse de la prévalence du tabac, c’est-à-dire du nombre de fumeurs, de 30% à 20% dans la population. Le taux aujourd’hui est de 33%, il y a plus de fumeurs qu’il n’y en avait il y a 5 ans.

«J’ai donc demandé à Marisol Touraine de présenter, avant l’été, un programme national de réduction du tabagisme, s’intégrant précisément dans la stratégie nationale de santé. Il sera élaboré par tous les acteurs concernés, pour agir sur la consommation, qui devient une addiction. Nous devons utiliser tous les leviers.

«Le premier, c’est le prix. Que nous révèle l’expérience ? Elle nous enseigne que les seules baisses significatives – elles ont été rares – de la consommation de tabac, se sont produites après des augmentations fortes du prix des cigarettes. Ce fut le cas en France en 2003, seulement pour quelques années. Quelle est la situation aujourd’hui ? De 2005 à 2012, il y a eu des hausses continues, qui ont relevé en moyenne le prix du tabac d’1,20 euro. 1,20 euro, ce n’est pas négligeable, mais ces hausses ont été progressives et parfois conçues davantage pour accroître les recettes de l’Etat, sans être accompagnées des mesures indispensables pour inciter les fumeurs à ne plus l’être.(…)

« Les hausses de tarifs doivent retrouver leur finalité de santé publique. Depuis 18 mois, le prix du paquet a augmenté en moyenne de 80 centimes, soit plus de 12%. Ce mouvement se poursuivra, mais il sera guidé par un seul impératif : les recettes supplémentaires ne bénéficieront pas à l’Etat, mais abonderont un fonds dédié, c’est-à-dire destiné à la recherche sur le cancer, à sa prévention et à l’amélioration de sa prise en charge. »

A demain

 

Une réflexion sur “Pour que les adolescents ne fument pas. Une lettre d’Australie que Marisol Touraine ne lira pas

  1. Pourquoi donc les gouvernements « de ce pays » comme disent les « élites » (France un gros mot ? ) ne font ils pas comme aux antipodes ?

    Comme d’habitude explorons les causes habituelles de toutes choses :
    – le désir mimétique
    – la recherche d’un bouc émissaire (qui en découle)
    – le sexe (plus ou moins itou)
    – le pouvoir (probalement itou itou)
    – l’argent (bon on arrête)
    – l’amour
    – la bêtise humaine, plus infinie que l’univers en expansion. Peuchère !

    Je vote pour « pouvoir » car des gens votent: les fumeurs, les buralistes, les fréquenteurs de bureau de tabac. Avec une bonne dose de bêtise humaine.
    Donc ça ne va pas changer vous avez raison.

    Et les gens d’Oz c’est un peu comme les anglais, c’est pragmatique et faut pas faire comme eux !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s