Affaire Nulojix® : des greffés du rein privés d’un médicament jugé trop coûteux. Ils en appellent à Marisol Touraine

Bonjour

« Je me permets de vous contacter à nouveau à propos du médicament « belatacept », nous écrit Yvanie Caillé, fondatrice de l’association Renaloo qui réunit des malades en dialyse et d’autres, greffés du rein. Depuis plus de deux ans, rien n’a bougé, les autorités françaises refusent toujours de le rembourser, à la différence de nombreux pays qui le prennent en charge (l’Allemagne, la Suède, la Norvège, la Suisse, l’Autriche, l’Irlande, la Finlande, le Danemark, ainsi que les USA). Or, voici quelques jours, de nouveaux résultats, avec un recul de sept ans, ont été publiés dans le New England Journal of Medicine.  Ils montrent de manière claire la grande supériorité du belatacept sur la ciclosporine, médicament actuellement utilisé avec des écarts qui se creusent avec le temps. »

Mécanismes obscurs

Ce constat est associé à une lettre adressée à Marisol Touraine rendue publique aujourd’hui 1. Des personnes greffées et des spécialistes de la greffe rénale y dénoncent la situation actuelle en France du médicament  Nulojix® (de la firme Bristol-Myers-Squibb). Cette affaire, assez complexe, a commencé en décembre 2013 : « Insuffisance rénale terminale : les premières pièces de ‘’l’affaire Nulojix’’ » ; « Derrière le «Nulojix», une ombre envahissante: celle de la ‘’liste en sus’’».

Deux ans plus tard la question demeure quant à l’obscurité des mécanismes de décisions non pas d’ « autorisation de mise sur le marché » mais bien de « remboursement » des nouveaux médicaments. Le Nulojix® est aujourd’hui autorisé mais il n’est pas pris en charge directement par l’assurance maladie ce qui équivaut, estiment malades et praticiens, à une « perte de chance » en termes d’espérance de vie.

Refus des autorités

Comment les choses se passent-elles en pratique ? Nous avons posé la question à Yvanie Caillé. Voici sa réponse :

« Le médicament ne peut être administré qu’en hôpital de jour, une fois par mois, par perfusion.  Ce ne sont pas les patients, mais les hôpitaux qui doivent l’acheter, mais son coût (autour de 800 € l’ampoule) est supérieur à ce qu’ils peuvent facturer pour un forfait (GHS) hôpital de jour, qui doit aussi comprendre les coûts de personnels et de matériel. 

Comme les autorités refusent de l’inscrire sur la ‘’liste en sus’’, les hôpitaux ne peuvent pas se le faire rembourser et indiquent aux équipes de ne pas le prescrire. Donc les patients n’y ont pas accès. Seuls quelques hôpitaux en France acceptent de délivrer le produit de manière exceptionnelle, à un tout petit nombre de patients, le plus souvent dans des situations d’urgence… C’est le cas par exemple à Toulouse, et dans quelques centres de région parisienne. »

Traitements réservés à une élite

Que répondre à celles et ceux qui expliquent que, pour la première fois depuis trente ans, un médicament anti-rejet permet de réduire fortement la mortalité et la perte des reins transplantés et qu’ils ne peuvent pas en bénéficier ou le prescrire ? Que leur répondre lorsqu’elles dénoncent les paradoxes et les incohérences des autorités sanitaires françaises ?

Il faut désormais attendre la réponse de Marisol Touraine à la lettre qui vient de lui être adressée. Le 23 janvier dernier la ministre de la Santé s’exprimait dans le cadre de la première « Journée nationale de l’innovation en santé ». « L’horizon des possibles ne cesse d’être repoussé a-t-elle alors déclaré. Comment imaginer qu’un traitement nouveau puisse être réservé à une élite qui aurait, seule, les capacités financières à y accéder ?  La force du modèle français, c’est de solvabiliser l’innovation, en lui garantissant une diffusion rapide et massive. »

A demain

1 La lettre adressée le 4 février à Marisol Touraine a été signée par le président de Société Francophone de Transplantation, le Pr Benoît Barrou ( département d’urologie, néphrologie et transplantation, groupe hospitalier Pitié Salpêtrière) et par Nathalie Mesny, présidente de Renaloo.

Sont également signataires les Prs Lionel Couzi (CHU de Bordeaux), Antoine Durrbach (Hôpital de Bicêtre),  Philippe Grimbert (Hôpital Henri-Mondor), Pierre Merville (CHU de Bordeaux),  Emmanuel Morelon (Hôpital Edouard-Herriot, Lyon), Pr Lionel Rostaing (CHU de Toulouse. Sont signataires, pour l’association Renaloo,  Claude Allary, Christian Baudelot, François Blot, Yvanie Caillé, Alain Coulomb, Jean-Pierre Lacroix, Evelyne Pierron et Alain Tenaillon.

 

5 réflexions sur “Affaire Nulojix® : des greffés du rein privés d’un médicament jugé trop coûteux. Ils en appellent à Marisol Touraine

  1. Bonjour,

    Quelques éléments de réponse :
    Renaloo ne reçoit pas de subventions publiques et les patients dialysés ou greffés, au nombre de 76000 en France, sont souvent appauvris par la maladie. Ils ne sont pas un public de donateurs.
    – Renaloo a fait le choix de recevoir des dons provenant de l’industrie pharmaceutique, en s’appuyant sur un nombre important de financeurs pour des montants limités.
    – Tous nos rapports d’activité, incluant les bilans financiers, sont publiés sur le site : http://www.renaloo.com/renaloo/les-rapports-annuels de même que la liste de nos partenaires financiers

  2. Enfin, en ce qui concerne BMS, Renaloo a perçu de ce laboratoire 0€ en 2013, 10000€ en 2014, 0€ en 2015.
    L’association est intervenue en 2014 auprès de BMS pour obtenir un engagement de baisser le prix du belatacept et a obtenu une réponse favorable :
    http://www.renaloo.com/images/stories/documents/belatacept/lettres%20renaloo%20BMS%20prix%20belatacept%202014.pdf

    Docteurdu16 n’ayant aucun conflit d’intérêt, on peut se demander pourquoi il n’est pas le chef de fil d’une action forte destinée à permettre l’accès des patients greffés à ce traitement, à un prix adapté ?

    Bonne journée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s