L’école de demain: autoriser le tabac, dépister le cannabis, gommer les circonflexes, contempler les nénufars

Bonjour

Déraison et boule de neige. L’irrationnel peut, aussi, être étrangement contagieux. Aucun vaccin, pas de moustiquaires, des nuées de moustiques médiatiques

On avait découvert la volonté exprimée par Valérie P., nouvelle présidente du Conseil régional d’Ile-de-France de dépister les stigmates cannabinoïdes dans la salive des élèves de sa région. Plus récemment il avait eu le maniement du principe de précaution par M. Richard, secrétaire général adjoint du Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale : autoriser les élèves à fumer dans l’enceinte des établissements scolaires de la République, au motif que la République est menacée par des attaques terroristes et que les élèves fument, massivement attroupés, devant lesdits établissements.

Direction Générale de la Santé

Il est, déjà, des directeurs de lycées généraux ou professionnels qui ferment les yeux (ou qui autorisent) les lycéens à fumer dans l’enceinte de leurs établissements. « Cette autorisation viole directement la réglementation en vigueur qui interdit totalement aux élèves et aux personnels de fumer et d’aménager des espaces réservés aux fumeurs, y compris dans les espaces non couverts » observe l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA).

Chacun sait que les « attroupements de fumeurs » existent devant les lycées et collèges, mais il aura fallu la promulgation de l’état d’urgence pour que les responsables scolaires en prennent conscience. Les proviseurs sont, nous dit M. Richard, « saisis d’effroi ». Respectueux des règles, le syndicat de M. Richard  a demandé que soit officiellement levée l’interdiction de fumer à l’intérieur des établissements. Or ce syndicat s’est heurté à la rigueur du Pr Benoît Vallet, Directeur Général de la Santé qui, également respectueux des règles, a refusé. Motif : « l’état d’urgence ne modifie en rien les textes sur l’interdiction de fumer ».

Syndicaliste stupéfait

Stupéfaction du syndicaliste, et syndicaliste d’autant plus stupéfait que le Pr Vallet évoque  le risque d’amendes si la loi n’était pas respectée. Et le secrétaire général adjoint du SNPDEN d’en appeler au Premier ministre. Il semble toutefois que  Manuel Valls hésite à répondre à la question,syndicale, de mathématiques : « entre rester dans la rue (et être la cible potentielle d’un terroriste) ou fumer une cigarette, quel est le risque le plus élevé ? ».

L’affaire rebondit aujourd’hui avec l’entrée en jeu du Dr Alain Rigaud, président de l’ANPAA. Il rappelle que l’interdiction du tabac a pour premier objectif de protéger les plus jeunes de cet esclavage – ainsi que les non-fumeurs du tabagisme passif. « Les établissements d’enseignement et de formation se doivent en effet, de par leur vocation même, d’être des lieux d’exemplarité, de prévention et d’éducation à la santé » ose le Dr Rigaud.

Ne pas désespérer

Le Dr Rigaud ose aussi quelques chiffres : dans la France en guerre contre le tabagisme  32,5 % des jeunes de 17 ans fument régulièrement. Pour autant, loin de désespérer, le Dr Rigaud voit dans ces chiffres une raison supplémentaire de ne pas « baisser la garde ». Le Dr Rigaud parle comme dans les temps anciens, quand  Claude Monet  ne brossait pas des nénufars et que les forets s’abritaient derrières un circonflexe héritier s’un ‘’s’’ venu du Moyen Age.

Ecoutons un instant le credo du Dr Rigaud :

« Rien ne doit faciliter l’entrée des jeunes dans le tabagisme, qui tue un fumeur sur deux et deux cents personnes chaque jour, un risque majeur incomparablement plus élevé que celui lié à la menace d’une attaque terroriste contre un lycée, ose écrire le Dr Rigaud. L’état d’urgence ne doit pas constituer une opportunité pour écorner une mesure majeure de la lutte contre le tabagisme, et particulièrement de celui des jeunes.

 « Les directeurs d’établissements doivent assumer pleinement leur responsabilité éducative en matière de santé et leur part d’une politique de long terme pour le bénéfice des élèves et au-delà pour la population adulte qu’ils deviendront. Malheureusement, des proviseurs se déclarent ouvertement pour une autorisation « temporaire » de fumer dans l’enceinte des lycées. On sait très bien que ce recul de la santé publique dans les lycées ne sera pas temporaire mais aura toutes les chances de perdurer sous divers prétextes. »

Faute de connaître la position de Manuel Valls le Dr Rigaud en appelle à Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale. Il aimerait qu’elle fasse preuve d’autorité  – et qu’elle rappelle fermement aux responsables des lycées que la nécessaire sécurité des élèves ne doit pas se faire au détriment de leur santé.

Nous ne sommes pas très loin, ici, de l’alexandrin.

A demain

1 « Circonflexe » : I.− Accent circonflexe; le circonflexe. Signe graphique mis au-dessus d’une voyelle.

A.− Signe d’accentuation grecque symbolisant une élévation de la voix limitée à la partie initiale d’une voyelle longue. Le signe du circonflexe (^) résulte de la combinaison du signe de l’aigu (‘) et du signe du grave (`) (M. Lejeune, Traité de phonét. gr.,Paris, Klincksieck, 1955, p. 266, n. 3).

B.− Signe diacritique qui généralement marque la disparition d’une lettre ou indique la prononciation longue d’une voyelle :

L’office commença. (…) Le côté du chœur, visible pour Durtal, faisait de toutes les voyelles des lettres aiguës et brèves; l’autre, au contraire, les muait en des longues, semblait coiffer d’un accent circonflexe tous les o. Huysmans, En route,t. 2, 1895, p. 39.

 

 

 

2 réflexions sur “L’école de demain: autoriser le tabac, dépister le cannabis, gommer les circonflexes, contempler les nénufars

  1. Bonjour monsieur Nau et merci pour ce très bon article (comme tout ceux sur votre blog d’ailleurs).
    On marche vraiment de plus en plus sur la tête dans notre beau pays.
    On veut à nouveau autoriser l’utilisation de la clope dans les lycées et pendant ce temps notre lamentable gouvernement fait son maximum pour interdire et diaboliser la Vape.
    Alors on va dire que je ne suis pas objectif puisque je vends des cigarettes électroniques depuis 2010, mais j’aimerais voir un directeur de lycée assez « couillu » pour décider d’autoriser la vapotage au sein de son lycée.
    Avec cette mesure, il protègerait ses élèves des risques terroristes et en plus prendrait soin de leur santé.

    Est ce qu’un tel Homme existe ?

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