Zika et microcéphalies : dernières nouvelles du front. La causalité encore et toujours en question

Bonjour

Zika, comme une drôle de guerre, sans Gracq pour la narrer, sans Balcon en forêt. L’ensemble des alertes et dispositions sanitaires reposent sur le risque de microcéphalie qui serait associé à la contamination virale, fœtale ou embryonnaire, via la piqûre de la femme enceinte. Ce schéma est connu pour d’autres virus. Pour autant il peine ici à être établi. Il y a quelques jours nous interrogions sur ce thème, pour Slate.fr,  1 le Pr Alain Goudeau, responsable du service de bactério-virologie du CHU de Tours :

«Comment aller plus loin dans la démonstration d’un lien de causalité? Pour des raisons évidentes on ne pourra jamais ici aller jusqu’à vérifier les règles du postulat de Koch et faire l’expérience de l’infection expérimentale. L’histoire montre que des éléments épidémiologiques suffisent. Comme dans le cas de la rubéole. L’isolement du virus dans les tissus fœtaux n’a été qu’un élément complémentaire pour affirmer la grande dangerosité du virus chez la femme enceinte. Il me semble qu’avec Zika nous ne sommes pas loin de ce niveau de preuve.»

 Aujourd’hui, pour tenter de progresser, deux nouvelles publications en provenance du front :

Une publication du New England Journal of Medicine (10 février) :

Zika Virus Associated with Microcephaly”. Soit un brief report d’un groupe dirigé par   Dr. Avšič Županc (Institute of Microbiology and Immunology, Faculty of Medicine, University of Ljubljana, Slovenia).

Les auteurs rapportent le cas d’une femme d’origine européenne âgée de 25 ans prise en charge en octobre 2015 dans le service de périnatalogie du Centre médical de l’Université de Ljubljana, en Slovénie. A compter de décembre 2013, elle avait vécu et travaillé au Brésil, en tant que bénévole à Natal, capitale du Rio Grande do Norte. Elle y était devenue enceinte à la fin de février 2015. Au cours de la 13e semaine de gestation, elle était tombée malade avec une forte fièvre, des troubles musculo-squelettiques et une éruption maculo-papuleuse généralisée. Il y avait alors une épidémie de Zika dans la communauté et cette infection a été suspectée, mais aucun test de diagnostic virologique n’a été réalisée.  Des échographies effectuées à 14 et 20 semaines de gestation ont montré une croissance normale du fœtus. Une interruption médicale de grossesse a été pratiquée à la 32ème semaine de grossesse et une autopsie a été pratiquée.

Ces auteurs expliques avoir isolé le virus Zik dans les tissus cérébraux avant d’établir la séquence complète de son génome ; un génome « cohérent avec l’observation que la présente souche au Brésil a émergé de la lignée asiatique ». « La présence de deux grandes substitutions d’acides aminés positionnée dans les protéines non structurales NS1 et NS4B représente probablement accidentelle événement ou indique un processus d’adaptation éventuelle du virus à un nouvel environnement, expliquent-ils. D’autres recherches sont nécessaires pour mieux comprendre les implications potentielles de ces observations. » Lien de causalité ?

Une publication des Centers for Disease Control and Prevention (10 février)

 Notes from the Field: Evidence of Zika Virus Infection in Brain and Placental Tissues from Two Congenitally Infected Newborns and Two Fetal Losses — Brazil, 2015

Les auteurs rapportent les résultats obtenus avec une nouvelle technique virologique de détection de Zika mise au point en novembre 2015 par les CDC.  Ils ont travaillé sur des échantillons biologiques provenant de deux nouveau-nés (nés à 36 et 38 semaines de grossesse) avec microcéphalie morts dans les vingt heures suivant la naissance. Ils ont aussi travaillé sur des échantillons issus de deux fausses couches (pertes fœtales à 11 et 13 semaines). Les quatre mères présentaient des signes cliniques de l’infection par le virus Zika (fièvre et éruption cutanée) au cours du premier trimestre de la grossesse, mais n’a pas eu de signes cliniques d’une infection active au moment de l’accouchement ou une fausse couche. Ces mères n’ont pas été testées pour les anticorps contre le virus Zika.

Au final les auteurs rapportent au final ce qu’ils estiment être la preuve d’un lien entre infection par le virus Zika, microcéphalie ou mort fœtale (détection de l’ARN viral et des antigènes dans les tissus du cerveau de nourrissons atteints de microcéphalie et dans les tissus placentaires des fausses couches précoces ; constatations histopathologiques indiquant la présence du virus Zika dans les tissus fœtaux).

Révisions des premières estimations ?

« Pour mieux comprendre la pathogenèse de l’infection par le virus Zika, les anomalies congénitales associées et les morts fœtales, il est nécessaire de travailler sur des tissus d’autopsie et des tissus placentaires de cas supplémentaires » soulignent-ils.

Ils rappellent aussi  que plus de 4.700 cas suspects de microcéphalie ont été signalés à partir dela  mi-2015 jusqu’à janvier 2016, mais que des travaux en cours pourraient éventuellement se traduire par une diminution de ce chiffre (« Microcephaly in Brazil: how to interpret reported numbers? »The Lancet, 6 février 2016.)

Pour sa part le ministère brésilien de la Santé a constitué un groupe de travail pour éclairer au mieux ce sujet essentiel, médical et politique, (« Possible Association Between Zika Virus Infection and Microcephaly – Brazil, 2015 ». MMWR, 29 janvier 2016).

Drôle de guerre ?

A demain

1 « Les effets du virus Zika sont moins bien connus qu’on ne le croit » (Slate.fr, 30 janvier 2016)

 

 

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