Laurence Rossignol se retrouve ministre des Epouses et des Mères. Colères des féministes

Bonjour

Elle était jusqu’ici dans l’ombre de Marisol Touraine. Les médias la snobaient. Mme Touraine n’est plus ministre des Droits des femmes. Pour autant (ou en compensation) elle a grimpé dans l’ordre protocolaire (passant du 7ème au 5ème rang). Ce sont les petites joies d’un remaniement (le centième de la Cinquième République…) qui n’en manque pas.

Elle était dans l’ombre épaisse d’un  immense ministère, mais voilà que Laurence Rossignol arrive à la lumière : promue ministre de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes. Est-elle pour autant une véritable féministe ? C’est la grande question qui se pose, aujourd’hui, dans certains milieux féministes; et dans d’autres, qui le sont moins, ou pas.

Comité central de la LCR

Laurence Rossignol, qui vient de fêter ses 58 ans, fut une journaliste éphémère, à La Vie ouvrière,  journal de la CGT. Sa fiche Wiki indique aussi qu’elle est encore collégienne quand elle s’engage en politique : en 1973 elle participe au mouvement contre la « loi Debré » sur le service militaire. Puis elle se mobilise contre la réforme Saunier-Seité de 1976. Les contacts qu’elle prend lors de ces activités militantes la conduisent bientôt à adhérer à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dont elle intégrera le Comité central.

Baccalauréat, puis licence de droit à l’université de Dijon. DEA à l’université Paris I Sorbonne. Automne 1981 : comme tant d’autres Laurence Rossignol quitte la LCR pour le Parti socialiste. L’UNEF-ID la retrouve aux côtés de Julien Dray. Fin du syndicalisme étudiant en 1983 ; et début d’une carrière dans les cabinets socialistes. Elle est chargée par Pierre Joxe , alors président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, de suivre les questions législatives à caractère social. En 1988, elle occupe successivement les postes de chargée de mission et de chef de cabinet auprès de Laurent Fabius, alors président de l’Assemblée nationale. En 1991 elle rejoint le cabinet de Frédérique Bredin alors ministre de la Jeunesse et des sports; elle y est conseillère technique chargée des Relations avec le Parlement. 1993 : elle devient chargée d’études à la MNEF, devenue la LMDE, et à laquelle elle restera longtemps attachée. Entre 1999 et 2004, Laurence Rossignol siège au Conseil économique et social.

Sénatrice de l’Oise (octobre 2011-mai 2014), vice-présidente du conseil régional de Picardie, secrétaire nationale du Parti socialiste chargée de l’environnement, porte-parole est aussi connue pour son engagement féministe. En 2014, elle est nommée au gouvernement Valls I secrétaire d’État chargée de la Famille et des Personnes âgées.

Ministre corsetée de plein exercice

La voici  aujourd’hui ministre de plein exercice. Mais avec une ombre au tableau : corsetée dans un ministère de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes. Et, déjà, les attaques. « Hey les mecs, vous n’auriez pas oublié la cuisine et le ménage ?» (« Femen France », Twitter). « Osez le Féminisme » dénonce « le nouveau triptyque rétrograde du gouvernement ». Danielle Bousquet, présidente du Haut conseil à l’égalité, Chantal Jouanno (UDI), présidente de la délégation des droits des femmes au Sénat et Pascale Vion, du Conseil économique, social et environnemental  jugent « déconcertants » la formulation et le périmètre de ce ministère. « N’est-ce pas enfermer les femmes dans le rôle stéréotypé qui leur est assigné depuis des siècles ? Celui d’épouse et mère ? ». Seule l’Union nationale des associations familiales (Unaf) salue « la présence d’un ministère plein et entier chargé de la famille ».

Laurence Rossignol a répondu, déjà, sur RMC-BFMTV à ses détractrices :

«Je vais continuer de faire la synthèse essentielle pour moi entre ces trois sujets, et d’être une féministe qui a une vision moderne de la famille et des enjeux pour les femmes. Aujourd’hui, la famille, le droit des femmes et les enfants c’est intimement mêlé dans la vie quotidienne des femmes.  Aider les femmes aujourd’hui, c’est comprendre que la famille ce n’est pas un repoussoir, une valeur négative. C’est aussi là que se nouent une partie des inégalités. 40% des femmes changent leur façon de travailler ou leur projet de carrière professionnelle à l’arrivée du premier enfant, contre 6% des hommes. On voit bien que dans les inégalités femmes-hommes, quelque chose se construit dans ce triptyque famille, enfance, droits des femmes. »

Du temps des « Pétroleuses »

Il faut, pour mesurer le chemin parcouru, reprendre la fiche Wiki de Mme Rossignol. Dans les années 1970, Laurence Rossignol s’engageait dans le combat féministe. On la retrouve parmi les « Pétroleuses » du MLF. En 2005 à l’occasion du congrès du Mans du PS elle dépose avec d’autres femmes un texte volontairement provocateur intitulé : La Femme, le fou et le colonisé. Elle y développe l’idée que les femmes, comme les descendants de colonisés, sont toujours victimes des stéréotypes véhiculés par les anciennes générations (colonisateur dans un cas, machistes dans l’autre). Loin d’épargner son propre parti, elle l’égratigne en citant par exemple au début du texte ce célèbre proverbe africain : « Quand les éléphants se battent, l’herbe est écrasée ». Laurence Rossignol, toujours elle, dans une tribune publiée le 6 avril 2012 sur le site Mediapart, a défendu la position de Najat Vallaud-Belkacem favorable à l’« abolition de la prostitution ».

Laurence Rossignol, ministre des Epouses et des Mères ? Ce serait oublier qu’il existe, depuis hier, un nouveau secrétariat d’État a en effet été créé : celui de l’Égalité réelle, occupé par Ericka Bareigts :

Ericka Bareigts (Paule Ericka Couderc à l’état civil), née le 16 avril 1967 à Saint-Denis à La Réunion, est une femme politique française , membre du Parti socialiste. Première femme réunionnaise à diriger une communauté d’agglomération en devenant présidente de la Communauté intercommunale du nord de La Réunion (CINOR) en juillet 2008, elle est élue députée de la première circonscription de La Réunion le 17 juin  2012.

George Orwell

 Le cabinet de Manuel Valls a expliqué que la nouvelle secrétaire d’État « aidera le Premier ministre à mettre en œuvre les mesures d’égalité réelle, de décloisonnement et d’ouverture de la société, annoncées par les Comités interministériels à l’égalité et à la citoyenneté, et le Comité interministériel aux ruralités ».

Egalité réelle ? Nous ne sommes plus très loin d’Orwell. C’est le concept, revisité, d’équité.  L’égalité réelle s’oppose à l’égalité dite formelle.  Matignon ajoute :

« L’égalité formelle ne suffit plus. Rattaché au Premier ministre, le secrétariat d’État d’Ericka Bareigts s’appuiera sur chaque ministère pour permettre de décloisonner et d’ouvrir une société parfois trop fermée, pour qu’elle donne sa chance à chacun. »

La localisation géographique et le périmètre exact de ce nouveau secrétariat d’Etat ne sont pas encore connus. Il se dit, en haut lieu, que cela ne saurait tarder.

A demain

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