Cigarette électronique : les fumées et les vapeurs du Haut Conseil de la Santé Publique

Bonjour

Nous ne sommes certes pas au Vatican, mais c’est bien un conclave. Un conclave sanitaire. Dans quelques jours, quelques semaines peut-être, le « Haut Conseil de la Santé Publique » (HCSP) dira ce qu’il pense de la cigarette électronique. Le HCSP est une institution pratiquement ignorée du grand public. C’est une « instance d’expertise » qui fêtera bientôt ses douze ans. Elle descend en droite ligne du « Conseil supérieur d’hygiène publique de France » qui avait vu le jour, lui, en 1848.

Parmi ses innombrables missions le HCSP doit « fournir aux pouvoirs publics des réflexions prospectives et des conseils sur les questions de santé publique ». Vaste chantier. Le HCSP est, sur ce terrain, plus ou moins en compétition avec l’Académie nationale de médecine, la Haute Autorité de Santé et les diverses agences sanitaires en charge de conseiller celles et ceux qui nous gouvernent.

Réduction des risques

Résumons. Face au fléau considérable qu’est la dépendance au tabac la cigarette électronique constitue une révolution. C’est aussi un outil qui pose aux autorités sanitaires une question majeure : faut-il ou non l’intégrer dans une politique de réduction des risques ? En faire un outil officiel d’aide au sevrage tabagique ? La Grande-Bretagne a choisi de répondre oui quand la France reste arc-boutée sur sa position : tolérer son usage faute de pouvoir l’interdire. Il restera, dans quelques années, aux historiens de la santé publique à décrypter les causes profondes de ce phénomène en rupture avec la dynamique insufflée à la fin des années 1980 face à la menace de l’épidémie de sida.

Le HSCP s’était déjà prononcé sur l’usage qui pouvait selon lui être ou non fait de la cigarette électronique. C’était en avril 2004, sous la forme d’un avis : « Bénéfices-risques de la cigarette électronique ou e-cigarette, étendus en population générale ». Il avait alors « mis en garde contre le risque d’entrée en addiction nicotinique des adolescents et leur détournement vers le tabagisme ». Deux ans plus tard plus de 30% des adolescents de 17 ans fument du tabac sans avoir, pour cela, été incité à le faire via la cigarette électronique… Quant aux « bénéfices-risques » de la consommation de tabac ils n’ont pas changé – cette consommation ne cessant d’augmenter en dépit des engagements pris par l’exécutif  via un fantomatique « Programme national de réduction du tabagisme ».

L’indiscrétion de Michèle Delaunay

Deux ans après, que va nous dire le HCSP sur la cigarette électronique ? Aura-t-il progressé comme pourrait le laisser penser les indiscrétions laissant entendre que la Direction Générale de la Santé (DGS) pencherait pour ne pas totalement interdire son usage dans les cafés-restaurants ? Les premières fuites en provenance du conclave ne vont pas en ce sens. Ainsi une étrange indiscrétion militante de la députée (PS, Gironde) Michèle Delaunay, ancienne ministre, révélant sur les réseaux sociaux que le rapport du HCSP qui serait remis à Marisol Touraine serait « loin de lever les doutes concernant la e-cigarette ». Ainsi encore les informations « exclusives » du site Pourquoi docteur – comprendre pour agir :

« Le vapotage en France ne devrait pas être recommandé dans le sevrage tabagique par les experts du HCSP, en pleine rédaction d’un rapport très attendu sur la e-cigarette. Ses membres doivent en effet se prononcer sur le texte de recommandations, fruit d’une longue réflexion, qui sera remis aux commanditaires (la DGS et la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives) d’ici deux à trois semaines.

« Selon nos informations, le Haut Conseil ne devrait pas trop se mouiller sur cette question hautement sensible. Alors que l’Angleterre s’apprête à rembourser une e-cigarette dans le sevrage tabagique, en France, l’extrême prudence sera une nouvelle fois de mise. Car à l’image de la société, les membres du Haut Conseil sont encore très partagés sur l’attitude à adopter – précaution ou pragmatisme.  »On sent qu’il y a plusieurs chapelles, des cultures différentes, explique un représentant d’association, auditionné pour le rapport. Tous les membres n’ont pas le même logiciel. »

Dépasser les antagonismes

« Ainsi, alors qu’une partie du HCSP tend à faire de la e-cigarette un instrument de réduction des risques apte à sevrer les consommateurs de tabac, une autre penche plutôt pour l’approche préventive, en l’absence de connaissances scientifiques sur sa toxicité à moyen et long terme. D’un côté, promouvoir ; de l’autre, empêcher. Deux approches qui semblent effectivement irréconciliables.

« Le Haut Conseil a bien essayé de dépasser cet antagonisme en organisant des auditions avec des experts, des associations, des médecins.  »Mais au final, le rapport sera du même acabit que ce qu’a rendu la Haute Autorité de Santé », précise une source proche du dossier. »

Enrager

En d’autres termes, et au grand dam des spécialistes de la lutte contre les addictions le HCSP, ne devrait pas préconiser la e-cigarette comme un possible outil d’aide à l’arrêt du tabac.

Informés de ces atermoiements les militants de la e-cig, une nouvelle fois, enragent comme en témoigne le site vapyou.com. Au HCSP, pour l’heure, on se tait. Les conclaves, les vrais, sont toujours muets. Puis viendra la fumée. Et la ministre de la Santé pourra, alors,parler.

A demain

 

 

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