Cannabis: la leçon de l’Académie de médecine au Pr Bertrand Dautzenberg. Les provocations de The Economist

 

Bonjour

Après  l’église de Saint-Germain-des-Prés il faut, l’hiver, un certain courage pour s’enfoncer dans la nuit de la rue Bonaparte. Rues Jacob, Visconti, des Beaux-Arts. On ne retrouvera le jour qu’au port des Saint-Pères, face aux brouillards du quai François-Mitterrand, entre le pont des Arts et le pont Royal.

Le voyageur  aura dû laisser, sur sa gauche, un sombre bâtiment solennel, chichement éclairé, toujours fermé. C’est l’Académie nationale française de Médecine. On y entraperçoit le solennel, des bustes antiques, des hommes célèbres, des gloires illustres ; on pressent des sermons, l’écho de condamnations.

Une sanction qui vient de tomber. Intitulée « Le sevrage tabagique  ne justifie pas la banalisation du cannabis » elle vise le Pr Bertrand Dautzenberg. Ce pneumologue exerce, lui aussi, sur la rive gauche, mais plus en amont, sur le site non moins illustre qui réunit la Pitié et la Salpêtrière. Il y a quelques jours le Pr Dautzenberg, esprit libre, a connu un certain écho médiatique. Après avoir longtemps pourfendu le tabac et s’être intéressé à la « cigarette électronique – réduction des risques » ce médecin a donné son point de vue sur la question de la dépénalisation de la consommation de cannabis. A cette occasion Le Parisien le mit en Une et parla d’un « grand médecin » qui « relançait le débat ».

Dénoncer, mettre en garde

La confraternité, comme la politesse, ont des limites. Sans le citer l’Académie vient de rappeler le médecin à l’ordre. Elle évoque, à son endroit, « une proposition faite récemment dans les médias ». Ecoutons la leçon :

« L’Académie nationale de médecine a, de très longue date, dénoncé et mis en garde contre les conséquences de l’usage du cannabis. Une proposition faite récemment dans les médias sur l’intérêt de cette pratique pour aider au sevrage tabagique vient encore une fois inciter à la banalisation de l’usage de cette drogue.

L’Académie nationale de médecine a le devoir de rappeler que :

  • les Français sont les plus grands consommateurs de cannabis parmi les vingt-huit états membres de l’Union européenne ;
  • le cannabis est une drogue dont le principe toxicomanogène, le tétrahydrocannabinol (THC), perdure plusieurs jours dans le cerveau.
  • Tout indique que la « rencontre » avec cette drogue intervient chez des sujets de plus en plus jeunes (dès le collège) ;
  • les produits actuellement disponibles comportent un taux accru (d’un facteur 4 à 8) de leur teneur en THC comparativement au cannabis disponible il y a quelques années ;
  • des dispositifs de plus en plus en usage (pipes à eau, nébuliseurs, vapoteurs) délivrent davantage de THC que le simple joint ;
  • les effets enivrants du THC, utilisé isolément et plus encore en association avec l’alcool, les antihistaminiques, les benzodiazépines, et les reliquats matinaux d’hypnotiques, sont responsables d’accidents routiers, professionnels, ainsi que de comportements auto- ou hétéro agressifs ;
  • les perturbations des activités éducatives, cognitives, induites par le cannabis ont un impact sur les performances intellectuelles ; le THC favorise la survenue de troubles neuro-psychiatriques qui peuvent être irréversibles.»

 

Sévère pique

Tout n’est pas faux dans cette pique déguisée en devoir de rappel. Le cannabis est une menace sanitaire sans doute sous-estimée.  On ne saurait pour autant souligner les limites de tels prêches ; copiés-collés d’un petit groupe œuvrant dans l’ombre de la rue Bonaparte. Peut-être faudrait-il que l’Académie entrouvre ici ses fenêtres, abandonne les excommunications, entre dans son siècle, commence à se documenter sur les politiques  de réduction des risques.

Peut-être l’Académie pourrait-elle, aussi, s’abonner à l’hebdomadaire anglais The Economist qui, depuis des années, travaille le sujet et ne redoute pas d’innover. On conseillera tout particulièrement sa dernière livraison : “Regulating cannabis, The right way to do drugs. Un dossier analysé et remis en perspective par Luc Vinogradoff sur le site du Monde : « Pour une légalisation du cannabis : les arguments de The Economist »

Média d’influence

L’hebdomadaire développe son argumentaire qui lui permet d’affirmer que la légalisation est, tout bien pesé, préférable à la prohibition. Il annonce aussi le début de la fin de l’inutile guerre contre le cannabis. Ses arguments sont pour l’essentiel économiques et pragmatiques.

«  The Economist n’est pas le premier média ou organisme d’influence à prendre parti pour la légalisation du cannabis ces dernières années. Qu’est-ce qui le pousse à le faire publiquement maintenant ? Comme l’expliquent les articles du dossier, la balance commence sérieusement à pencher en ce sens, résume Luc Vinogradoff. Aux Etats-Unis, un des principaux consommateurs, vingt-deux Etats et le district de Columbia ont légalisé le cannabis à usage médical, et ce chiffre devrait atteindre trente d’ici un an. Trois Etats – le Colorado, Washington et l’Oregon – ont franchi le pas de la légalisation, bientôt rejoints par l’Alaska et peut-être par la Californie, où un référendum aura lieu en novembre. En Uruguay, la vente libre devrait être effective cet été, et des débats en ce sens sont en cours au Mexique, en Australie et en Afrique du Sud. Le cas du Canada a fini par donner à ce débat un autre degré de sérieux. Le gouvernement du nouveau premier ministre, Justin Trudeau, a fait connaître son intention d’adopter, dès cette année, des lois « qui légaliseront et réglementeront la consommation de marijuana ». Cela en ferait le premier pays du G7 à passer le pas. »

Nécessité présidentielle de l’interdit

Au Canada  c’est le ministère de la santé qui devra définir les règles d’accessibilité et d’âge légal de consommation, de prix de vente, taxation, taux légal de THC, contrôle de la qualité des produits, des réseaux de production et de distribution.

En France, l’un des pays européens où la consommation de cannabis est la plus élevée, c’est l’Académie de médecine qui est en charge de conseiller le ministère de la santé. Et alors que cette consommation est, dans les faits, pratiquement dépénalisée François Hollande candidat à l’élection présidentielle  avait clairement affirmé la « nécessité de l’interdit ». On peut se demander si les primaires, annoncées de tous côtés, aborderont ce sujet.

A demain

 

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