« Il fallait la tuer pour que cela cesse ! ». Un délirant paranoïaque est accusé d’assassinat

Bonjour

On peut délirer dans le département de l’Aveyron. Il y a quelques jours la France apprenait devant ses journaux télévisés qu’une « conseillère agricole » avait été découverte morte dans une exploitation familiale située dans la commune de Mayran, à  cinq lieues à l’ouest de Rodez, aux portes du Ségala. L’annonce avait eu d’autant plus d’écho médiatique que, le même jour, des milliers de paysans avaient manifesté leur colère à travers le pays. Fallait-il faire un lien ?

On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. Du moins aucun lien direct. Le procureur de la République de Montpellier vient d’annoncer  l’ouverture d’une information judiciaire pour « assassinat » visant le principal suspect. Il s’agit d’un homme âgé de 46 ans ; c’est l’un des deux frères gérant l’exploitation familiale. Interrogés par les médias les voisins avaient parlé de quelqu’un de normal et assez sympathique mais pouvant être colérique.

Abolition du discernement

Deux psychiatres viennent de l’interroger et de l’examiner durant sa garde à vue. Ils parlent à son endroit de  « délire interprétatif paranoïaque ». Le procureur a précisé que pour ces deux professionnels de la psyché le suspect « doit relever de soins psychiatriques » mais aussi « que son état de santé est jugé compatible avec un défèrement ». Entendre sa traduction en justice.

Pour l’heure le parquet a requis le placement du suspect en détention provisoire. Le juge d’instruction saisi devra ensuite  nommer un collège de deux experts en psychiatrie. Ces derniers diront si, à leurs yeux,  si le discernement du suspect était aboli ou altéré au moment des faits. Puis on établira son « degré de responsabilité pénale ».

De quels éléments dispose-t-on aujourd’hui ? Prévenus par le frère du suspect et un voisin, les pompiers et les gendarmes avaient « immédiatement » noté que le suspect tenait  « des propos incohérents ». Il faisait état de « motifs irrationnels » pour expliquer son geste. En garde à vue il s’expliquait « avec calme » : « Depuis plusieurs jours, des choses n’allaient pas chez les hommes et les animaux. Il fallait qu’il la tue pour que cela cesse. »

Strangulation combinée à une noyade

Il l’a tuée. L’autopsie d’Élodie Bonnefille, 26 ans, a révélé que la mort avait été causée par « une combinaison de strangulation et de noyade ».  Il l’a tuée parce que des choses n’allaient pas. Il l’a tuée sous l’emprise d’un délire interprétatif et d’une paranoïa.  Traduire en justice, dans ce cas ? Le procureur de la République le veut et cela se fera. Le procureur observe que  l’exploitant agricole n’avait aucun antécédent psychiatrique. Il estime que l’homme « a mûri son projet ». Une preuve ? « Il a pris les clefs laissées sur le contact de la voiture par la jeune femme pour l’empêcher de partir ». Il l’a ensuite « ceinturée, étranglée et noyée ».

Ce sont là, selon le procureur des « éléments de préméditation » qui justifient pleinement l’ouverture d’une information judiciaire pour « assassinat ».  Tout va à peu près bien chez les hommes et chez les animaux. On ne délire pas dans le département de l’Aveyron.

A demain

4 réflexions sur “« Il fallait la tuer pour que cela cesse ! ». Un délirant paranoïaque est accusé d’assassinat

  1. Le délire paranoïde (délire d’interprétation ?) n’exclut pas la préméditation, ni même la responsabilité. Le mobile de l’homicide n’est pas réel, mais le crime est accompli en toute conscience. Le motif « pour que ça cesse » n’est pas un manque de discernement mais un trouble du jugement.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s