Le burn-out écartèle la gauche plurielle. S’épuiser au travail est-il une maladie professionnelle ?

Bonjour

Tout, aujourd’hui déchire la gauche.  Pas un jour sans une nouvelle fissure, une nouvelle fracture. On le voit depuis peu sur le front du travail, ce mot-clef des forces de progrès. Confronté au chômage de masse et à ses innombrables pathologies, le gouvernement vient de mettre au feu un « assouplissement » du code du travail applaudi par la droite. Une toute jeune ministre fraîchement nommée (Myriam El Khomri), met le feu aux poudres (article 49-3) . Aussitôt la poudrière gouvernementale prend feu , Ségolène Royal, Marisol Touraine et Jean-Marc Ayrault faisant soudain acte de dissidence ouverte.

C’est en marge de cette affaire naissante qu’apparaît un autre abcès : celui du « burn-out »1. La collectivité doit-elle ou non le considérer comme une maladie professionnelle, l’indemniser comme tel ? C’est un abcès économique, politique, philosophique. Il prend la forme d’une proposition de loi symptomatique signée de Benoît Hamon, longtemps ministre, ministre démissionnaire, ancien porte-parole du Parti socialiste, aujourd’hui député (Parti socialiste, Yvelines).

Le mal de notre temps

M.Hamon vient de déposer une proposition de loi « visant à faciliter la reconnaissancedu syndrome dépuisement professionnel en tant que maladie professionnelle ». Il le fait avec un petit groupe d’élu(e)s socialistes et écologistes chaque jour un peu plus opposé(e)s au gouvernement de Manuel Valls et au président François Hollande. Au point où l’on en viendrait à se demander si cette initiative n’est pas, aussi, une manière d’exister médiatiquement dans un paysage de plus en plus mouvementé. Extrait de l’exposé des motifs :

« En France 3,2 millions de Français sont exposés à un risque élevé de « burn-out » [Étude du cabinet Technologia, publiée en mai 2014] ou syndrome d’épuisement professionnel. Ce syndrome frappe sans distinction, cadres et simples employés, salariés du public comme du privé. Il est la conséquence d’un trop plein de travail, d’un trop plein de pression qui mènent des hommes et des femmes à l’effondrement.

La mondialisation économique a profondément bouleversé le fonctionnement des entreprises. Confrontées à une compétition désormais mondiale, les entreprises se sont adaptées. Très vite, de nouvelles formes de management et d’organisation du travail ont transformé en profondeur le quotidien de millions de salariés, soumettant ceux-ci à des évaluations de performance de plus en plus exigeantes. Les nouvelles technologies ont accéléré le mouvement, maintenant le lien entre les individus et leur travail bien au delà du temps réel passé dans l’entreprise.

Ce travail, qui colonise la vie, est souvent la première étape d’un processus qui s’achève par des pathologies physiques et psychiques lourdes et durables. La souffrance au travail est le mal de notre temps, comme l’exploitation des femmes et des enfants ou les conditions d’hygiène et de sécurité des travailleurs ont été la face sombre de la révolution industrielle au XIXe siècle. »

Cesser d’escamoter

On attendait, ministre en titre, Myriam El Khomri. Ce fut Marisol Touraine, ministre de la Santé depuis mai 2012 et invitée le 21 février du « Grand Jury » RTL- Le Figaro-LCI.  « Il est temps de regarder les choses en face. La souffrance au travail, c’est une réalité que l’on ne peut plus escamoter a déclaré Mme Touraine.  Benoît Hamon a raison d’alerter sur ce sujet, mais avant d’en faire une maladie professionnelle, il faut définir ce que c’est que cette maladie ».

C’est pourquoi la  ministre de la Santé souhaite mettre en place « un groupe de travail » réunissant médecins, experts et chercheurs pour définir médicalement le burn-out. Ce n’est pas la première fois que Marisol Touraine et le gouvernement traitent du burn out.  Fin juin 2015 la ministre de la Santé expliquait  souhaiter que cette entité, soit « réintroduite » dans la loi via le projet sur le dialogue social. Le Sénat venait alors de la retirer  de la liste des maladies professionnelles. Peu avant les députés avaient  adopté un amendement socialiste (identique à un autre du gouvernement) disposant que « les pathologies psychiques peuvent être reconnues comme maladies d’origine professionnelle » – et ce aux mêmes conditions que les autres affections.

Brouillard nosographique

Puis en juillet François Rebsamen  (alors ministre du travail) concluait  brutalement l’affaire : la loi sur le dialogue social comprendrait « un début de reconnaissance » du burn-out. Pour autant le « syndrome d’épuisement professionnel » ne figurerait pas « au tableau des maladies professionnelles ». En août cette loi tait promulguée. Six mois plus tard voici à nouveau l’impossible ouvrage remis sur le vieux métier.

L’Académie de médecine ne sera guère utile aux socialistes frondeurs et aux écologistes : elle vient de réclamer davantage de recherches sur ce concept flou empruntant, médicalement, à une nosographie dans le brouillard. Sans parler des chiffres avancés : entre 30 000 et trois millions de personnes touchées.

A demain

1 Une petite somme sur le sujet :  « Le Burn Out » de Philippe Zawieja.  (9 euros-Que sais-je ?)  L’auteur travaille au centre de recherche sur les risques et les crises des Mines Paris Tech.

 

Une réflexion sur “Le burn-out écartèle la gauche plurielle. S’épuiser au travail est-il une maladie professionnelle ?

  1. Et si au lieu d’imposer à des salariés déjà épuisés le parcours du combattant de la reconnaissance de maladie professionnelle pour une rémunération minime on se préoccupait enfin d’affronter la source du mal :cette course folle du néo-libéralisme au profit, à la croissance perpétuelle ???la meilleure thérapie pour un salarié maltraité n’est-elle pas de continuer à vivre dignement en recueillant les fruits mérités de ses efforts ?Christophe DEJOURS lui-même affirme que nous avons le choix le choix de reconnaître la place essentielle de la subjectivité dans les activités de production .Sinon la panne annoncée du système se profile n’en déplaise aux politiques et aux acteurs du marché juteux du burn-out …

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