Insuline et capitalisme : trois multinationales interdisent une égalité de traitement de tous les malades diabétiques

Bonjour

Un beau sujet pour Le Monde Diplomatique. Pour l’heure c’est une belle leçon venue de Genève et de Boston, diffusée par The Lancet Diabets & Endocrinology. On la trouvera ici : “Constraints and challenges in access to insulin: a global perspective”. Elle est signée par trois chercheurs (David Beran, Margaret Ewen et Richard Laing) travaillant aux Hôpitaux et à l’Université de Genève ainsi qu’à la Boston University School of Public Health. On peut entendre ici (en anglais) David Beran  résumer, calmement, ce qui pourrait être qualifié de scandale.

Larmoiements

C’est un travail original qui traite de la difficulté d’accès à l’insuline dans le monde, une insuline  dont le prix reste trop élevé pour un nombre considérable de personnes souffrant de diabète de type 1 ainsi que pour d’autres, concernées par le diabète de type 2. Loin de larmoyer cette étude a pour objectif de mieux en comprendre les raisons et de permettre aux pays de développer des solutions pour pallier ce problème. Résumé :

« Plus de 90 ans après la découverte du rôle de l’insuline dans le traitement du diabète, le médicament reste très cher et n’est pas toujours à la portée des diabétiques qui en ont besoin. Son accès reste un défi autant dans les pays à hauts revenus, où le médicament peut atteindre 400 dollars, que dans les pays à revenus modestes, comme en Afrique sub-saharienne où l’espérance de vie d’un enfant atteint du diabète de type 1 n’est que d’une année. »

Pourquoi ?

«  Les auteurs de ce travail mettent en évidence plusieurs causes qui peuvent expliquer ce phénomène. La première est que le marché de l’insuline est dominé par trois multinationales, ce qui réduit le mécanisme de concurrence des prix. De plus, l’étude souligne que la propriété intellectuelle ne limite pas directement l’accès au marché : plus de la moitié des brevets en vigueur sont liés aux stylos d’injection et non à l’insuline elle-même. »

Mais encore ?

«  Le long processus réglementaire, ainsi que le nombre de procédures à respecter pour parvenir à fabriquer des génériques ou des biosimilaires, contribuent à la hausse du prix de l’insuline et dissuadent les nouveaux acteurs d’entrer sur le marché. Enfin, depuis une dizaine d’années, on note une tendance à utiliser de plus en plus d’insuline synthétique, au lieu des insulines humaines et animales, ce qui induit une hausse des prix. En 2000, l’insuline de synthèse représentait 12% de la consommation totale alors qu’en 2010, elle atteignait 85%. »

Les auteurs mettent aussi en lumière l’inégalité des politiques nationales de santé en la matière : certains pays émergents parviennent à mettre gratuitement l’insuline à disposition de leur population, tandis que d’autres la vendent à des prix élevés. Selon eux trouver une solution au problème de l’accès à l’insuline requiert une intervention propre à chaque pays.

Bertrand Burgalat

Ces interventions peuvent passer par des investissements dans l’innovation en matière d’injection et de soins, par l’inclusion de l’insuline dans les prestations de base de la « couverture maladie universelle », par le développement d’un cadre réglementaire pour la fabrication de génériques ou encore par la promotion de l’insuline humaine comme alternative à l’insuline de synthèse.

Au-delà du Monde Diplo voilà un vrai beau sujet pour  bien des médias généralistes. L’OMS pourrait également, qui sait, être intéressée. Reste le faible poids de l’improbable lobby planétaire des diabétiques. Une situation qui, en France, pourrait évoluer dans le sillage de l’initiative, médiatique, originale et bien dérangeante, de  Bertrand Burgalat : initiative exposée et commentée ici.

A demain

Une réflexion sur “Insuline et capitalisme : trois multinationales interdisent une égalité de traitement de tous les malades diabétiques

  1. Effectivement, c’est un sujet auquel j’ai consacré un chapitre dans mon bouquin. Malheureusement la prise de conscience, ici, n’est pas pour tout de suite : l’Association Française des Diabétiques, qui s’est fait tirer les oreilles par Sanofi après les déclarations de son secrétaire général dans mon livre, et l’Aide aux Jeunes Diabétiques chagrinée que j’aie osé publier les liens d’intérêts du professeur Reach, font tout leur possible pour maintenir le couvercle. Bref tout continue de plus belle, la gabegie à 100% comme l’injustice sociale.

    Les inventeurs de l’insuline n’ont rien perçu et rien exigé en contrepartie de leur découverte, il n’en est pas ainsi de ceux qui prospèrent grâce à eux, et ont démultiplié le coût de cette hormone, particulièrement depuis les années 80. Un des scandales majeurs liés au diabète est le coût de l’insuline Lantus, la plus vendue dans le monde, à un prix 50% pour élevé que ses concurrentes (déjà ultra chères), avec une Amélioration de Service Médical Rendu inexistante. Avec la vingtaine de milliards ainsi ponctionnés aux systèmes de santé la Fondation Sanofi Espoir (dont la devise est « agir pour réduire les inégalités en santé ») et son président Xavier Darcos vont pouvoir mener de belles actions dans les pays pauvres, où les diabétiques vont continuer de mourir faute d’accès à l’insuline…

    Bien à vous,

    Bertrand Burgalat

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