Faut-il prendre en dialyse les réfugiés souffrant d’insuffisance rénale ? Une leçon venue de Suisse

Bonjour

Le gouvernement français s’apprête à gommer la partie sud du gigantesque bidonvile (Jungle) de Calais, vieille colonie britannique. En retour la Belgique voisine réinstaure un contrôle à ses frontières. Pour rassurer les touristes à venir. Les associations s’indignent ; le ministre français de l’Intérieur assure que les forces de l’ordre agiront avec toute l’humanité nécessaire. Le président de la République, de retour de Lima (Pérou), va devoir affronter de redoutables vagues socialistes radicales – vagues venues de Lille et amplifiées par Le Monde.

Quittons la France pour Genève, cité de Jean Calvin, né il y a cinq siècles en Picardie. Editorial redoutable dans le dernier numéro de la Revue Médicale Suisse. « La prise en charge de l’insuffisance rénale doit devenir une priorité humanitaire » écrivent les Drs Pierre-Yves Martin et Michel Burnier 1. Le premier œuvre dans le service de néphrologie des Hôpitaux Universitaires de Genève. Le second  dans celui du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois (Lausanne).

Véritable éditorial

L’attaque de leur éditorial est une histoire vraie :

« Tout récemment, un patient de 55 ans, réfugié syrien, a dû être pris en dialyse chronique de manière urgente dans un centre romand, en raison d’une insuffisance rénale terminale. Ce patient, connu pour un diabète et une hypertension de longue date, n’avait plus eu accès à des soins depuis de nombreuses années, que ce soit dans son pays ou lors de son long périple jusqu’à son arrivée en Suisse. »

Puis les Drs Martin et Burnier élargissent la focale :

«  Cette situation relativement exceptionnelle auparavant n’est plus si rare ces dernières années avec l’affluence des migrants. Dans certains centres de référence universitaires, près de 20 % des dialysés sont des migrants.  Au-delà de l’augmentation du flux migratoire, on observe partout un changement épidémiologique avec des personnes de plus en plus âgées qui ont des problèmes de santé associés à des maladies non transmissibles comme le diabète, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires. Ce changement, que nous observons à l’échelle suisse romande, est aussi le reflet de l’évolution des maladies dans les pays en développement. »

Suivons –les un peu plus dans leur cheminement médical spatio-temporel :

« Ces dernières décennies, l’essor de la médecine humanitaire a concerné, à juste titre, principalement les maladies transmissibles. Cet immense effort porte ses fruits lorsqu’on lit l’analyse récente faite par la « Global Burden of Disease Study (GBD) 2013 ». 2 La santé globale du monde s’améliore et l’espérance de vie a augmenté de 6,2 ans, passant de 65,3 ans en 1990 à 71,5 en 2013. »

Années à vivre

Ces deux néphrologues ajoutent que lorsque leurs confrères  s’intéressent à un autre index nommé DALYs pour « disability-adjusted life years » (soit le nombre d’années à vivre avec un handicap)  ils constatent que cet index s’est amélioré dans les maladies transmissibles, de même que dans les maladies néonatales, maternelles et nutritionnelles, mais qu’il augmente dans toutes les maladies non transmissibles.

Parmi ces causes, la maladie rénale chronique fait son apparition dans le Top 20. La prévalence de cette dernière est probablement sous-évaluée puisqu’on a bien démontré le déficit de détection de la maladie rénale chronique dans de nombreux pays, y compris ceux avec des systèmes de santé bien développés.

Dialyse et permis de séjour

Depuis Genève et Lausanne la priorité est claire : « la détection précoce de la maladie rénale sous toutes ses formes doit être une priorité humanitaire. On lira, dans la Revue Médicale Suisse le raisonnement, les exemples et les solutions très pragmatiques des deux auteurs. Passons à leur conclusion :

« Nous sommes encore très loin d’avoir résolu ce défi de santé. Dans l’intervalle, nous devons nous attendre à prendre en charge de plus en plus de patients migrants pour des insuffisances rénales terminales nécessitant un traitement de substitution.

« Notre rôle est essentiel quand il s’agit de parler d’attribution d’un permis de séjour avec l’Office fédéral ad hoc. Même si beaucoup de pays ont les capacités de prendre en charge des patients en dialyse ou transplantés, celle-ci ne concerne qu’une infime partie de la population.

Mort prématurée assurée

« Le message est simple, si un pays n’offre pas un programme de substitution rénale gouvernementale, renvoyer un migrant en insuffisance rénale terminale est l’assurance d’une mort prématurée avec en plus l’appauvrissement de toute sa famille qui se sera sacrifiée pour lui payer ses dernières dialyses. »

C’était un message adressé depuis Genève et Lausanne. Sera-t-il assez puissant pour franchir les Alpes et, qui sait, amplifiant son écho, atteindre Calais ?

A demain

1 « La prise en charge de l’insuffisance rénale doit devenir une priorité humanitaire », Pierre-Yves Martin, Michel Burnier. Rev Med Suisse 2016;379-380

2 2013 DALYs and HALE collaborators. Global, regional, and national disability-adjusted life years (DALYs) for 306 diseases and injuries and healthy life expectancy (HALE) for 188 countries, 1990-2013 : Quantifying the epidemiological transition.Lancet 2015 (386) [Medline]

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