Essai clinique mortel de Rennes : la colère et les accusations d’un volontaire handicapé payé 1900 euros

Bonjour

Aucun n’avait parlé. Tel n’est plus le cas. Six semaines après la mort d’un participant à l’essai clinique mené par la société BIOTRIAL  pour le compte de la firme pharmaceutique BIAL, l’un des six volontaires hospitalisés prend la parole. Il raconte son calvaire dans un entretien publié lundi 29 février dans Le Maine libre : « Cobaye pour Biotrial il a frôlé la mort » :

 « Stéphane, Fléchois de 42 ans, fait partie des six patients hospitalisés après un essai clinique mené à Rennes en janvier dernier. L’un est décédé. Lui est un miraculé. C’est la première fois qu’un des cobayes hospitalisés après le test clinique sort du silence.

« Il parle parce qu’il éprouve de la colère « en voyant tout ce que disait le responsable de Biotrial à la télé, que ce n’était pas de leur faute. Ils ont fait des erreurs. Pourquoi a-t-on pris le traitement un jour de plus, alors que la première victime était déjà hospitalisée ? ».

Aujourd’hui, Stéphane garde des séquelles« J’ai encore des vertiges, des malaises si je reste plus de dix minutes debout. Et je vois toujours double ». Il suit une rééducation au centre de l’arche de Saint-Saturnin. »

Le responsable de Biotrial

L’ancien volontaire témoigne pour la première fois parce qu’il est en « colère ». « En voyant tout ce que disait le responsable de Biotrial à la télé, que ce n’était pas de leur faute.» « Ils ont fait des erreurs. Pourquoi a-t-on pris le traitement un jour de plus, alors que la première victime était déjà hospitalisée  » demande-t-il. « Pour eux [ses médecins, NDLR], je suis vraiment un miraculé »  assure cet homme. « J’ai encore des vertiges, des malaises si je reste plus de dix minutes debout. Et je vois toujours double. Les médecins ont espoir que ça revienne dans six mois ou un an. Mais ils ne sont pas sûrs », raconte-t-il avec une élocution encore hésitante, selon le quotidien régional.

Il était entré le 4 janvier au centre de recherches BIOTRIAL de Rennes et faisait partie d’un groupe de huit volontaires – dont deux allaient prendre un placebo. « On a commencé à prendre le traitement le 7 janvier, raconte-t-il  au Maine libre. Le 11, j’ai eu les premiers maux de tête. » La veille, le patient qui devait mourir avait été hospitalisé.

Soigné au Doliprane®

« J’ai dit mes symptômes aux médecins et infirmiers. On m’a donné du Doliprane®. Le lendemain, ça n’allait plus. J’avais encore plus mal à la tête, et c’était noir sous mes paupières. Un médecin m’a donné une poche de glace et encore du Doliprane®. Le 13, quand je me suis levé, j’avais des étourdissements, je ne voyais plus rien. J’ai voulu prendre une douche et je n’y arrivais pas. Quand j’ai voulu ranger mes affaires dans le vestiaire, je suis tombé », se souvient-il.

Le volontaire est transféré au CHU de Rennes : « À l’IRM, il y avait des taches de sang et des traces blanches dans mon cerveau. » Son état s’aggrave les deux jours suivants malgré un premier traitement : « Je ne pouvais plus parler, plus bouger, plus m’asseoir… Je ne pouvais plus rien faire », raconte-t-il.

Avec les enfants, on ne sait jamais

Le 14 janvier, les médecins disent à sa compagne : « Ça serait bien que vous emmeniez les enfants, on ne sait jamais », explique-t-elle au Maine libre. À « titre exploratoire », le patient prend alors un autre traitement, avec son accord, et son état s’améliore. « Les médecins étaient étonnés que je m’améliore comme ça. Ils ne me voyaient pas remarcher ou parler. »

« Ils n’ont pas dit la vérité sur les chiens. Si j’avais su que des chiens étaient morts, je n’aurais pas risqué ma vie pour 1 900 euros. Je n’aurais pas signé », ajoute-t-il, en faisant allusion à un article du Figaro révélant que des chiens étaient morts lors des essais précliniques du médicament. Un article qui avait suscité de vives réactions tant de BIOTRIAL que de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Ce volontaire avait participé il y a deux ans à un premier essai clinique avec Biotrial « qui s’était bien passé ».

Manquements majeurs

On se souvient que l’IGAS  a relevé des « manquements majeurs » dans une première « note d’étape » rendue publique par Marisol Touraine  le 9  février. L’IGAS reprochait notamment à BIOTRIAL d’avoir à nouveau administré la molécule expérimentale aux autres volontaires le lendemain de l’hospitalisation du premier volontaire. Une attitude  que BIOTRIAL estime pleinement justifiée… Pour sa part l’ANSM dit ne pas comprendre et annonce que les experts indépendants qu’elle a réunis continuent à travailler. On peut imaginer que le témoignage publié par Le Maine Libre (et d’autres) sera pris en compte par les enquêteurs de la police judiciaire. Peut-être le sera-t-il aussi sous peu par des sénateurs 2 intéressés par ce sujet désormais ouvertement politique.

A demain

1 Etablie par Christine d’Autume  et par le Dr Gilles Duhamel, membres de l’Inspection générale des affaires sociales la note d’étape est disponible à cette adresse : http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/fevrier_2016_-_note_etape_-_accident_essai_clinique.pdf

2 Le 2 mars, à partir de 9h30, la Commission des affaires sociales du Sénat organise des auditions sur le cadre législatif et réglementaire applicable aux essais cliniques et son adaptation tant à la protection des personnes qu’aux besoins de l’innovation thérapeutique. Elle entendra, en salle 213 : -le Pr Jean-Louis Bernard, ancien président du Comité de Protection des Personnes de Sud‑Méditerranée II ; le Dr Patrick Peton, président du Comité de Protection des Personnes de Nancy Est III,  le Pr Olivier Jardé, professeur agrégé de chirurgie orthopédie et de droit de la santé ainsi que le Pr François Lemaire, ancien chargé de mission auprès la ministre de la santé pour la recherche biomédicale.

 

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