Zika : le lien avec le syndrome de Guillain-Barré sur le point d’être confirmé. Ne pas s’effrayer

Bonjour

La quête aux pathologies périphériques de l’infection Zika se poursuit. En marge de l’énigme microcéphalique, le syndrome de Guillain et Barré. Aujourd’hui c’est une publication du Lancet qui apporte une information inédite et qui n’est pas sans rassurer : on compterait, en période épidémique, vingt-quatre cas de syndrome de Guillain et Barré pour cent mille personnes infectées. Reprise par la BBC : « Study shows Zika ‘might cause’ Guillain-Barré syndrome » la publication du Lancet se fonde sur les données recueillies lors d’une récente épidémie (octobre 2013, avril 2014) observée en Polynésie française : “Guillain-Barré Syndrome outbreak associated with Zika virus infection in French Polynesia: a case-control study1.

Ce travail a été mené sur les échantillons sanguins de quarante-deux personnes chez lesquelles un Guillain-Barré avait été diagnostiqué durant cette vague épidémique. « C’est la première étude est la première à examiner un grand nombre de patients qui ont développé le syndrome de Guillain-Barré après une infection par le virus Zika et fournir des preuves que le virus Zika peut causer se syndrome expliquent les auteurs. La plupart des patients souffrant de ce syndrome  ont déclaré avoir éprouvé des symptômes de l’infection par le virus Zika en moyenne six  jours avant que les symptômes neurologiques. »

Qualité de la prise en charge

On estime qu’entre octobre 2013 à avril 2014, en Polynésie française, 32 000 personnes ont consulté un médecin pour une suspicion d’infection par le virus Zika. Au total quarante-deux cas de syndrome de Guillain-Barré ont été diagnostiqué entre novembre 2013 et février 2014. Décrit il y a cent ans ce syndrome correspond à une atteinte des nerfs périphériques caractérisée par une faiblesse (voire une paralysie) progressive, débutant le plus souvent au niveau des jambes et remontant parfois jusqu’à atteindre les muscles respiratoires, puis les nerfs de la tête et du cou.

On parle aussi de « polyradiculonévrite aiguë inflammatoire », ou encore de « polyradiculonévrite aiguë post-infectieuse » car ce tableau syndromique survient souvent après une infection. Dans la majorité des cas, les personnes atteintes récupèrent leurs capacités physiques au bout de 6 à 12 mois. Certains estiment le taux de mortalité à 5% – il est aussi fonction de la qualité de la prise en charge précoce.

 Anticorps neutralisants

Les quarante-deux patients diagnostiqués « Guillain-Barré » durant l’épidémie ont été admis au Centre Hospitalier de Polynésie Française à Papeete, Tahiti. Les auteurs de la publication expliquent avoir constitué deux groupes témoins. Le premier était constitué de 98 personnes sans fièvre  appariées pour l’âge, le sexe et l’île de résidence ; le second composé de 70 patients testés positifs pour l’infection par le virus Zika, mais n’ayant pas développé l’un des symptômes neurologiques associés au Guillain-Barré.

La plupart (88%) des patients atteints du syndrome ont signalé des symptômes de l’infection par le virus zika environ six jours avant l’apparition des symptômes neurologiques. Les tests sanguins ultérieurs ont montré que 41 (98%) étaient porteurs d’anticorps du virus Zika, et que tous (100%) avaient des anticorps neutralisants contre ce virus. Par comparaison, seulement 54 (56%) des patients sans fièvre étaient porteurs d’ anticorps neutralisants. La plupart des patients atteints de GBS (95,2%) avaient des traces d’une infection antérieure par le virus de la dengue – de même que la plupart des personnes des deux groupes témoins (88,8%  et 82,9%). Autant d’éléments qui permettent aux auteurs de conclure qu’une dengue passée n’augmente pas le risque de Guillain et Barré.

Effet de loupe

Sur les quarante-deux  patients seize ont été admis à l’unité de soins intensifs de l’hôpital et douze ont nécessité une assistance respiratoire. En moyenne, les patients ont été hospitalisés pendant onze jours, ceux admis en soins intensifs étant restés plus longtemps (cinquante-et-un jours). Trois mois après la sortie vingt-quatre patients étaient capables de marcher sans aide.

En se fondant sur un taux d’attaque  de 66% en Polynésie française, les auteurs estiment que le risque de syndrome de Guillain-Barré dans la population générale lors de l’épidémie en Polynésie française a été de 24 personnes par 100.000 infections. Rien ne dit toutefois que le taux d’attaque sera identique en Amérique latine et que des cofacteurs peuvent jouer, dans un sens ou dans un autre. Les effets de loupe, médiatiques ou scientifiques peuvent être trompeurs.

« Sur le plan individuel, nous ne devrions pas effrayer la population en laissant entendre que le fait de contracter une infection par le virus Zika provoque automatiquement un Guillain-Barré » a déclaré à la BBC le Pr Hugh Willison (Université de Glasgow). Bien évidemment si un million de personnes sont infectées plus de deux cents cas seraient, en théorie, attendus. Les espaces hospitaliers français des Antilles, nous assure-t-on, sont prêts à répondre à la menace annoncée.

A demain

1 “Guillain-Barré Syndrome outbreak associated with Zika virus infection in French Polynesia: a case-control study”

Van-Mai Cao-Lormeau, Alexandre Blake, Sandrine Mons, Stéphane Lastère, Claudine Roche, Jessica Vanhomwegen, Timothée Dub, Laure Baudouin, Anita Teissier, Philippe Larre, Anne-Laure Vial, Christophe Decam, Valérie Choumet, Susan K Halstead, Hugh J Willison, Lucile Musset, Jean-Claude Manuguerra, Philippe Despres, Emmanuel Fournier, Henri-Pierre Mallet, Didier Musso, Arnaud Fontanet, Jean Neil, Frédéric Ghawché

Published Online February 29, 2016 S0140-6736(16)00562-6

3 réflexions sur “Zika : le lien avec le syndrome de Guillain-Barré sur le point d’être confirmé. Ne pas s’effrayer

  1. Pourquoi ne signalez vous pas que le syndrome de Guillain-Barré est une maladie qui survient après un certain nombre de pathologie virale dont la grippe :

    « Il s’agit d’une maladie rare dont l’incidence annuelle est d’environ 2,8 cas pour
    100.000 habitants par an. On estime qu’en France 1 700 patients sont hospitalisés chaque année pour un Syndrome de Guillain-Barré
    « La seule étude qui montre une augmentation du risque de Syndrome de Guillain-Barré liée à une grippe confirmée par diagnostic sérologique est une étude française qui a estimé l’incidence à 4 à 7 cas pour 100.000 sujets grippés
    SOURCE ANSM

  2. L’incidence annuelle globale du SGB est de 1/91.000 à 1/55.000 toutes causes confondues.
    http://www.orpha.net/consor/cgi-bin/OC_Exp.php?Lng=FR&Expert=2103
    Maintenant si on prend une par une chaque famille d’infection on doit augmenter l’incidence comme le Zika.
    « Curieusement » pour la grippe, le vaccin (les vaccins sont accusés de causer des SGB) diminuerait le risque.
    Mais je n’entrerai pas dans la controverse de l’efficacité (ou absence d’icelle), du vaccin contre la grippe (Cochrane et le BMJ ont une analyse differente des autorités et des industriels)

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