Essai clinique mortel de Rennes : toujours aucune explication, et comme un parfum de paranormal

 

Bonjour

Tout est progressivement réuni pour faire du drame de Rennes une affaire inextricable. Deux nouvelles informations viennent à l’appui de cette dérangeante hypothèse. La première réside dans les déclarations, reproduites par Le Quotidien du Médecin, du Pr Pier Vincenzo Piazza . Le Pr Piazza est directeur du Neurocentre Magendie (Inserm) de Bordeauxun temple de la raison raisonnante et près de deux cents personnes. C’est aussi un scientifique de grande réputation doublé d’une personnalité atypique, si l’on en croit le beau portrait brossé que lui a récemment consacré Le Monde : « Pier Vincenzo Piazza, accro à l’addiction » (Florence Rosier).

Le 8 décembre dernier le Pr Piazza, 54 ans, recevait le Grand Prix Inserm 2015 « pour l’ensemble de ses recherches sur les mécanismes physiopathologiques des maladies psychiatriques ». Le 24 novembre, l’Académie des sciences l’avait honoré du prix Lamonica de neurologie. Une carrière remarquée consacrée à aux différences individuelles aux mille et une addictions qui s’offrent à l’homme.  « Une des principales contributions de mon groupe a été de révéler l’existence d’une vulnérabilité biologique individuelle à la toxicomanie, dit-il. Il y a vingt-cinq ans, ce concept n’était pas du tout évident – et d’en démonter les mécanismes. »

Incompréhensible

Trente ans plus tard on dit de lui que c’est, encore et toujours, un non-conformisme.  Aujourd’hui il s’exprime sur l’affaire de l’essai clinique mortel de Rennes. « L’accident survenu lors de cet essai ne peut pas être lié au système endocannabinoïde, affirme le Pr Piazza. Les seuls problèmes rencontrés à ce jour se sont posés avec des inhibiteurs de ce système. Or le produit testé a, au contraire, un effet stimulateur. Au moins trois autres molécules ayant le même mode d’action sont d’ailleurs actuellement en fin d’essai de phase II sans avoir causé aucun incident. »

La demande déposée en avril par le groupe portugais BIAL, pour l’essai de phase I du BIA 10-2474 concernait, officiellement, un produit testé pour ses propriétés antalgiques, un inhibiteur de l’enzyme FAAH. Celle-ci intervient dans la dégradation de l’anandamide, un cannabinoïde endogène présent naturellement dans l’organisme. « Or les expériences menées sur le cannabis, avec des doses beaucoup plus élevées que celles administrées lors de l’essai de Rennes, n’ont jamais permis d’observer des complications comme celles présentées par les volontaires hospitalisés », souligne le Pr Piazza. Evoquer un effet « off target », dépassant ici la seule inhibition de la FAAH et agissant sur d’autres récepteurs que ceux du système endocannabinoïde ?

Etranges lésions de l’hippocampe

« Tous les patients présentaient des lésions plus ou moins graves de l’hippocampe, observe  le Pr Piazza. Celles-ci peuvent être soit de type cytotoxique soit vasculaire. Il y a sans aucun doute un problème avec cette molécule, mais nous ne disposons pas d’assez d’éléments d’information. » Pour l’heure, le CHU de Rennes refuse toute communication. Pourquoi ? L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a relevé, quant à elle, des « manquements majeurs »  reprochant notamment à BIOTRIAL d’avoir administré la molécule aux autres volontaires le lendemain de l’hospitalisation du premier volontaire. Le comité des experts 2 mandatés par l’ANSM pour l’enquête n’est, pour l’heure, parvenu à aucune explication. Pourquoi ?

C’est dans ce contexte qu’il faut faire état d’une deuxième information. On la trouvera dans Le Canard Enchaîné  (daté de ce 2 mars) qui cite le Pr Christian Marescaux, (Unité neurovasculaire-neurologie, Hôpitaux universitaire de Strasbourg).

Parapsychologie

Ce neurologue met en cause le laboratoire portugais BIAL, commanditaire de l’essai conduit à Rennes par BIOTRIAL. Il explique notamment que le responsable de cette firme est « fasciné par les phénomènes paranormaux » et qu’il préside depuis vingt ans la Fondation Bial qui soutient la recherche en parapsychologie ; comme on peut le voir ici . L’hebdomadaire satirique français cite notamment le site allemand  Deutsche Apotheker Zeitug  qui s’intéresse de près au sujet .

Le Canard Enchaîné cite aussi Me Coubris, l’avocat de la famille du volontaire mort à Rennes qui cite le Pr Marescaux, « spécialiste des complications dues au cannabis » qui évoque « la vraisemblable dissimulation de l’objectif réel de l’étude, qui portait sans doute sur le rôle des endocannabinoïdes, et en particulier de l’anandamide, dans les phénomènes parapsychologiques ». Ni le Pr Piazza, ni le Pr Marescaux ne figurent dans la liste des experts mandatés par l’Agence nationale de sécurité des médicaments.

A demain

1 Ce nom est la contraction du sanskrit ananda, qui signifie « béatitude » et amide, sa fonction chimique.

2 Placé sous l’autorité du Pr Bernard Bégaud (Bordeaux) le CSST est composé de Mme et MM Marie-Germaine Bousser, Pascal Cohen, Bertrand Diquet, Pierre Duprat, Walter Janssens, Michel Mallaret, Guy Mazué, Joëlle Micallef-Roll, Claude Monneret, Jean-Louis Montastruc et  Laurent Venance. Trois « observateurs » assistent à ses travaux : Annick Alpérovitch (Présidente du Conseil scientifique de l’ANSM), Gilles Duhamel (Inspection générale des affaires sociales – IGAS),Hans-Georg Eichler (Senior Medical Officer, European Medicines Agency – EMA).

 

 

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