Suicide d’un interne des Hôpitaux de Marseille : «Avoir, aussi, une vie en dehors de l’hôpital …»

Bonjour

L’annonce de ce suicide a eu un écho considérable au sein de la communauté professionnelle concernée. Elle n’a guère été reprise ou développée par les principaux médias généralistes. Il en sera ainsi tant que l’institution gardera le silence. Doit-elle le rompre ? Existe-t-il des points communs entre ce suicide et celui du Pr Jean-Louis Mégnien, survenu il y aura bientôt trois mois, au sein de l’Hôpital européen Georges Pompidou. Rien ne permet de le dire et, à Marseille, le secret semble s’imposer.

Assumer frontalement

Après Le Quotidien du Médecin c’est le Journal International de Médecine (Aurélie Haroche) qui traite de cette douloureuse question :

« (…)  Pas de dénonciation des conditions de travail infernales, donc, ou d’autres pressions. Cependant, dans une lettre qu’il souhaitait voir lue à ses externes à l’occasion de son absence pour assister à l’enterrement de son ami, un proche, également interne, dévoile quelques éléments sur les circonstances du décès du jeune homme. Dans cette missive, diffusée sur les réseaux sociaux, est évoqué le possible refus de reconnaître la difficulté d’assumer frontalement toutes ses activités, toutes ses responsabilités : l’internat en chirurgie, le master 2, l’ambition des supérieurs.

« Aussi, l’auteur de la lettre, demeuré anonyme exhorte les externes à ne pas avoir peur de tomber, de rater, de renoncer. «Alors apprenez à perdre : faites de la boxe et faites-vous tabasser, faites de l’escalade et tombez, passez les ECN et ratez-les. Et surtout n’ayez pas peur », écrit-il. Puis, tout soulignant le caractère passionnant et dévorant de la vocation d’interne, l’auteur invite les carabins à ne pas restreindre leur vie à cet unique horizon. « Ayez une vie en dehors de l’hôpital, mariez-vous, ayez des enfants, voyagez, arrêtez médecine et recommencez, devenez boulanger, jardinier, barman à partir du moment que ça vous rend heureux ».

Signaux de souffrance

Tout est dit, ici, de la passion dévorante que peut susciter cette course, ce combat. « Dans cette lettre, en filigrane, est dessiné le piège qui happe certains internes : dans la course à l’excellence, ils refusent de reconnaître leur faiblesse, leur besoin de soutien, écrit Aurélie Haroche. Ils minimisent les signaux qui devraient les alerter quand à leur souffrance psychique. Ce mécanisme qui se retrouve dans l’ensemble du corps médical, et qui a déjà été signalé dans le cadre de la prévention et de la lutte contre l’épuisement professionnel, débute probablement dès l’internat, voire l’externat. »

C’est, bien évidemment l’évidence du paradoxe, mais aussi le vertige de la mise en abyme qui veut que le soignant fasse, en quelque sorte, l’équivalent du don de son corps. Le JIM cite, dans les colonnes d’Egora, Leslie Grichy, interne en psychiatrie et vice présidente du Syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP) 1. Elle évoque des dispositifs mis en place pour « offrir une écoute à ceux qui souhaiteraient évoquer leurs difficultés ». Encore faut-il pouvoir  évoquer ces difficultés quand le mal se noue, précisément, dans l’incapacité de leur évocation.

A demain

1 Interne en psychiatrie, vice présidente du Syndicat des Internes des Hôpitaux de Paris (SIHP), Leslie Grichy est l’une des personnes à l’origine de la mise en place d’un dispositif d’aide aux internes, « SOS SIHP ». Ce service est fondé sur l’interaction entre jeunes médecins en difficultés et leurs pairs avec, si besoin, l’implication de services de psychiatrie ou de personnes ressources. On lira ici avec le plus grand intérêt l’entretien qu’elle avait donné, il y a un an, au Quotidien du Médecin :  « Leslie Grichy (SOS SIHP) : « L’internat, un moment clé » »

 

3 réflexions sur “Suicide d’un interne des Hôpitaux de Marseille : «Avoir, aussi, une vie en dehors de l’hôpital …»

  1. Dépression des internes : on en connaît tous un qui s’est suicidé. On devait agir !

    Agir ou réagir principalement contre le « dogme » médical ?

    En effet, dès 1996 le rapport commandé au Professeur Édouard Zarifian par Madame Simone Veil, lorsqu’elle était Ministre de la Santé, mentionnait que les médecins étaient, dès l’Internat, pour la plupart, incités par les Multinationales de la pharmacie à consommer des « tranquillisants ou des somnifères » !

    Fort de ce constat et à des témoignages, l’AAAVAM grâce à Georges Alexandre Imbert son Président, obtenait en l’an 2000 du Ministre de la Santé Madame Dominique Gillot que la mention : « Peut favoriser un passage à l‘acte suicidaire » soit mentionné dans le R.C.P. (dictionnaire Vidal) ainsi que dans les notices de ces classes d’anxiolytiques.

    16 ans ont passé sans mesure de prévention ou information sérieuse de la part de l’Agence du médicament (ANSM) et pas davantage de la HAS ! Pourtant avec près de 200.000 « T.S. » chaque année en France et environ 14.000 suicides réussis par divers moyens d’autolyses, les éminents savants des académies de médecine et de pharmacie auraient du se poser la question sur le « mésusage » de ces anxiolytiques de la classe des Benzodiazépines et apparentés comme le Stilnox.

    Pour leur défense, il faut savoir que le sujet est « tabou », les familles endeuillées font très peu remonter les informations aux Centres de pharmacovigilance et à l’ANSM.

    Toutefois la Direction Générale de la Santé bien informée de ce problème majeur de Santé Publique se contente de compter les morts par autolyses !

    Un simple rappel pour ceux et celles qui liront ce message :

    Il ne faut pas prescrire des « tranquillisants ou des somnifères » à des patients suicidaires, dépressifs ou psychotiques.

    Il serait aussi utile que les pharmaciens et professeurs de pharmacologie donnent des informations au titre de la formation continue pour que les médecins fassent la différence entre les diverses classes de psychotropes. (Neuroleptiques, anxiolytiques, antidépresseurs, Etc …).

    À noter que le Ministère de la Santé vient comme chaque année de nous refuser une modeste subvention destinée à lutter contre les suicides et « Crimes sous tranquillisants » favorisés par ces pilules du malheur.

    Georges Alexandre Imbert
    Président de l’AAA-VAM
    Association loi de 1901
    Agréée par le Ministère de la Santé
    10, rue de la Paix
    75002 Paris

    Tél: 01 41 10 87 00

    Site Web : http://www.aaavam.eu

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s