Zika et microcéphalie : la médiatisation la recherche d’un lien de causalité ne faiblit pas

Bonjour

L’intérêt ne se tarit pas et les publications s’accumulent. Cette fois c’est, toutes affaires cessantes,  dans Cell Stem Cell : “Zika Virus Infects Human Cortical Neural Progenitors and Attenuates Their Growth”.  Affaire reprise par la BBC “Zika caught ‘killing’ brain cells1.

Une équipe  dirigée par le Pr Guo-li Ming (Institute for Cell Engineering, Johns Hopkins University School of Medicine, Baltimore). Pour les médias généralistes l’affaire est entendue: « la première preuve scientifique d’un lien entre Zika et la microcéphalie du foetus établie. Des chercheurs ont démontré en laboratoire que le virus attaque et détruit des cellules cérébrales humaines en développement, comme le révèle une étude publiée ce vendredi. Jusqu’alors, cette relation de cause à effet n’avait pas été prouvée scientifiquement. »

Travail in vitro

Il y avait déjà eu la découverte du virus Zika franchissant le placenta et découvert dans le liquide amniotique– puis la présence du virus dans des tissus cérébraux fœtaux. Cette fois c’est un travail in vitro sur cellules souches humaines. La démonstration, nous explique-t-on,  que le virus peut infecter de manière sélective les cellules souches qui forment le cortex cérébral, les empêchant de se diviser normalement pour former de nouvelles cellules, ce qui entraîne leur destruction. « Les études menées sur des fœtus et des nouveau-nés atteints de microcéphalie dans les zones géographiques touchées par l’infection de Zika avaient mis en évidence des anomalies dans le cortex, et le virus avait aussi été découvert dans des tissus fœtaux », rappelle dans un communiqué le Pr  Guo-li Ming.

« Pour ces expériences, les scientifiques ont exposé trois types de cellules humaines au virus Zika. Les premières, appelées cellules neuronales progénitrices, sont essentielles au développement du cortex cérébral du fœtus rapporte l’Agence France Presse. Les dommages provoqués par le virus Zika à ces cellules, qui en se différenciant deviennent des neurones, correspondent aux défauts observés dans le cerveau résultant de la microcéphalie, ont constaté ces chercheurs. Les deux autres types de cellules exposées au Zika dans cette expérience sont des cellules souches et des neurones »

Aventure

« Nos résultats démontrent clairement que le Zika peut directement infecter les cellules neuronales progénitrices humaines in vitro avec une grande efficacité », concluent es auteurs. « Maintenant que nous savons comment ces cellules neuronales formant le cortex cérébral sont vulnérables au Zika, elles pourraient aussi être utilisées pour un dépistage rapide de l’infection et mettre au point de nouvelles thérapies potentielles » s’aventure  Hongjun Song, l’un des coauteurs, chercheur dans le même institut de Baltimore.

La relation de causalité tant cherchée est-elle trouvée ? Rien n’est moins certain tans les manipulations ont été nombreuses et sophistiquées pour parvenir à cette conclusion. « De nombreuses autres recherches sont nécessaires pour comprendre le lien entre le Zika et la microcéphalie », estime cependant le Pr Amelia Pinto, spécialiste de microbiologie moléculaire à l’université Saint Louis (Missouri). De la même manière, et contrairement à des lectures trop rapides, la responsabilité direct du virus Zika dans la survenue de syndromes de Guillain et Barré n’est pas véritablement démontrée (au sens de relation de causalité).

Le célèbre postulat de Koch

«Comment aller plus loin dans la démonstration d’un lien de causalité? Pour des raisons évidentes on ne pourra jamais ici aller jusqu’à vérifier les règles du postulat de Koch et faire l’expérience de l’infection expérimentale, nous expliquait, fin janvier pour Slate.fr, le Pr Alain Goudeau, responsable du service de bactériologie-virologie du CHU de Tours. L’histoire montre que des éléments épidémiologiques suffisent. Comme dans le cas de la rubéole. L’isolement du virus dans les tissus fœtaux n’a été qu’un élément complémentaire pour affirmer la grande dangerosité du virus chez la femme enceinte. Il me semble qu’avec Zika nous ne sommes pas loin de ce niveau de preuve.»

Et maintenant ? Qui apportera la preuve véritable d’un lien de causalité ? Ou qui pourra (et comment) le réfuter ?

A demain

1 Il faut ici citer The New York Times qui cite une autre publication (un rapport préliminaire – a priori inquiétant du New England Journal of Medicine: Two Studies Strengthen Links Between the Zika Virus and Serious Birth Defects

 

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