Zika : pendant l’épidémie les publicités Sanofi continuent. Un cas français de myélite aiguë

Bonjour

A chaque jour ou presque sa gazette. Aujourd’hui c’est Le Monde. Le vénérable titre rapporte à son tour l’enthousiasme juvénile de Sanofi « qui compte bien être le premier laboratoire à lancer un vaccin contre le virus Zika ».

« Fort de son expérience dans les maladies tropicales, le groupe tricolore a constitué une véritable  » task force  » pour développer un cocktail d’antigènes efficace contre cette infection. Une équipe de quatre-vingt scientifiques travaille sur son développement. Les essais précliniques sur l’animal pourraient démarrer dès le printemps et les essais cliniques chez l’homme dans un an. »

Constituer un marché

En d’autres temps on se serait demandé ce qui peut bien pousser un géant pharmaceutique à investir (autant et aussi vite) vis-à-vis d’une maladie infectieuse le plus souvent inapparente – et bénigne dans l’immense majorité des cas. Mais ces temps ne sont plus. L’heure est à la vaccination contre Zika comme elle était, hier, à la vaccination contre Ebola. Aussi met-on, une nouvelle fois en évidence l’existence, chez un petit nombre de personnes, de cas de syndrome de Guillain et Barré ainsi que des suspicions de cas de microcéphalie chez les nouveau-nés après infection de la mère au cours de la grossesse. Sera-ce suffisant pour constituer un marché ? La question serait déplacée.

«  Nous avons à la fois l’expertise et les capacités de production, ce qui nous permet d’avancer très rapidement » explique au Monde Nicholas Jackson, directeur de la recherche de Sanofi Pasteur, la division vaccins du groupe. Faut-il rappeler que l’entreprise a, fin 2015, obtenu l’autorisation de plusieurs pays (dont le Brésil et le Mexique) pour commercialiser Dengvaxia®, « le premier vaccin au monde contre la dengue » ? Et faudrait-il rappeler que la virus de la dengue est, comme le virus Zika, véhiculée par le moustique Aedes ? Rappeler que ces deux virus partagent des éléments génétiques cousins (même si leurs pathogénicités sont nettement différentes) ?

Plusieurs millions d’euros

Sanofi-Pasteur l’affirme : Zika est dans la ligne de mire « depuis plusieurs mois déjà ». « Dans le cadre du développement de Dengvaxia®, nous avons été amenés à le surveiller, souligne Nicholas Jackson. Nous étudions ainsi en permanence différents virus, afin de repérer d’éventuelles opportunités. »

«  Nous comptons beaucoup sur la collaboration de l’Europe et des Etats-Unis car des essais cliniques sur Zika  peuvent être très coûteux » en impliquant, nécessairement, plusieurs milliers de patients, expliquait Elias Zerhouni, le président de la R &D  du groupe Sanofi, lors de la présentation des résultats annuels de l’entreprise le  9  février. Dans l’immédiat, Sanofi-Pasteur va mettre  « plusieurs millions d’euros » sur la table pour la phase de recherche préclinique sur Zika. Plus précisément ? Il faudrait, pour pouvoir répondre, savoir où est la table.

Transformer l’essai

« Les ventes de Sanofi-Pasteur sont au beau fixe – à  4,7  milliards d’euros en  2015, soit 7  % de plus qu’en  2014 – et les perspectives sont attrayantes, rappelle Le Monde. La montée en puissance des pays émergents y est pour beaucoup : les ventes de vaccins y ont bondi de près de 12  % en  2015 et représentent -désormais près du tiers du chiffre d’affaires de Sanofi-Pasteur. En  2016, le groupe compte sur Dengvaxia® pour transformer l’essai. »  Outre le Mexique et le Brésil le vaccin est commercialisé au Salvador et aux Philippines.

Nouvelle étape, d’autre part, dans l’établissement de la cartographie de la dangerosité de Zika : la découverte d’un « premier cas de myélite aiguë ». Il est rapporté pour la première fois par une équipe de chercheurs de l’Unité Inserm 1127 « Institut du cerveau et de la moelle épinière » (Inserm/CNRS/Sorbonne Université) ainsi que de neurologues du CHU de Pointe-à-Pitre et de l’université des Antilles. Une jeune patiente a présenté en phase aiguë d’une infection par le virusZika, un déficit moteur des 4 membres, associé à des douleurs très intenses et à une rétention aiguë d’urine. La présence de virus a été confirmée dans le liquide céphalorachidien, le sang et les urines.

Jeune fille de 15 ans

Ce cas fait l’objet d’un Case report publié dans The Lancet daté du 3 mars 2016 : « Acute myelitis due to Zika virus infection » :

« En janvier 2016, une jeune fille de 15 ans a été admise au CHU de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, avec une hémiplégie gauche. Le second jour de son hospitalisation, la jeune fille a présenté de la rétention urinaire. « L’hémiplégie du côté gauche et la douleur ont empiré et les médecins ont noté la perte de sensations dans les jambes.

« Les chercheurs ont détecté des hautes concentrations de virus Zika dans le sérum, l’urine et le liquide céphalorachidien le deuxième jour de son admission (9 jours après le début de symptôme). Les tests pour le zona, la varicelle, le virus herpès, la légionellose et la pneumonie à mycoplasme étaient négatifs. »

« La patiente a été traitée par methylprednisolone (1g) dès le premier jour puis quotidiennement pendant 5 jours. Le septième jour d’admission, sa condition neurologique s’est améliorée. Elle est aujourd’hui  toujours hospitalisée mais ses jours ne sont pas en danger. Elle présente des signes de faiblesse modérée dans les deux jambes mais remarche sans aide. »

Journalistes interdits

Que conclure ? Peu de chose. Que  ce cas renforce l’hypothèse du caractère neurotropique du virus Zika. Qu’il confirme  l’existence de complications neurologiques en phase aiguë de l’infection. Qu’il s’agit par ailleurs d’un unique cas. Que « des études futures seront nécessaires ».

Sans oublier que pour des raisons liées au secret médical et à la protection de la personne dont il est question dans ce travail de recherche, l’accès à cette patiente n’est pas autorisé aux journalistes. Ils feront sans.

A demain

 

2 réflexions sur “Zika : pendant l’épidémie les publicités Sanofi continuent. Un cas français de myélite aiguë

  1. « Sans oublier que pour des raisons liées au secret médical et à la protection de la personne dont il est question dans ce travail de recherche, l’accès à cette patiente n’est pas autorisé aux journalistes. Ils feront sans. »

    C’est très bien ainsi. Que voulez-vous dire ?
    De plus c’est une mineure.
    De quel droit quiconque aurait « accès  » à un malade ?
    C’est dans l’autre sesn que se pose le problème: il est normal que les patients s’ils le souhaitent puisse avoir accès à des journalistes.

    Bizarre le communiqué venant d’un « pays ami  » comme dirait l’autre insulaire et néanmoins francophone.
    On dirait une traduction approximative (une faute, qui est un anglicisme) .

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