Justice et fin de vie : Rachel Lambert devient la tutrice de Vincent Lambert. Pour dix ans.

 

Bonjour

La justice, qui l’a fabriquée, n’a jamais été à l’aise dans l’affaire Vincent Lambert. Cette vérité se confirme avec la décision rendue jeudi 10 mars par le juge des tutelles de Reims : il désigne Rachel Lambert tutrice de son mari, Vincent Lambert. Et ce pour une durée de dix ans (cent vingt mois). L’union départementale des associations familiales (UDAF) de la Marne a été choisie pour l’assister, en tant que « subrogé tuteur ».

Cette décision ne manquera pas, une nouvelle fois, de surprendre celles et ceux qui ne connaissent pas les sombres rouages de la version judiciaire de cette tragédie familiale. Le juge des tutelles répond ici à la suspension de la « procédure collégiale » médicale visant à un éventuel arrêt de l’alimentation de ce malade. C’était en juillet dernier.  Le CHU de Reims avait alors demandé la nomination d’une tutelle pour « déterminer un référent qui pourrait représenter légalement » Vincent Lambert.

Jusque-là, son épouse Rachel avait été autorisée par le juge des tutelles à représenter son mari dans les actes civils quotidiens – sans pour autant être son référent légal. Mais Rachel Lambert souhaite aussi un arrêt de l’alimentation de son mari en état végétatif chronique (plus ou moins pauci-relationnel) depuis bientôt huit ans.

Incompréhension totale

Comment va-t-on interpréter cette nouvelle décision de justice, pour tant est qu’il faille se livrer à cet exercice ?  Beaucoup voudront y voir un « revers » pour les parents du malade, opposés à tout arrêt des traitements. Ces parents et leur conseil Me Jean Paillot  attendent toujours le transfert de Vincent Lambert vers un autre établissement hospitalier où une  reprise de certains soins (mobilisations et kinésithérapie) pourraient enfin être dispensés.  « Je ne comprends pas la juge des tutelles, je suis surpris et déçu de cette décision qui nous fait stopper au milieu du gué. Le procureur était d’un autre avis et la plupart des personnes étaient favorables à la nomination d’un tiers, extérieur à la famille. Il semblait que c’était une solution de sagesse », commente aujourd’hui  Me Jean Paillot.

  « La juge des tutelles a lancé une forme de message au CHU, s’est pour sa part publiquement réjoui  François Lambert, un neveu de Vincent opposé aux parents de ce dernier. Elle dit que l’ordre protocolaire n’est pas bousculé par les menaces et les pressions des parents de Vincent Lambert. »

Restauration de la place de l’épouse

Un point doit être noté. Selon le juge, « l’état de santé » de Vincent Lambert « tel que décrit par l’expert permet d’envisager une mesure de tutelle de dix  ans en ce sens que l’altération de ses facultés personnelles n’apparaît manifestement pas susceptible de connaître une amélioration selon les données acquises de la science ». Cette décision « restaure la place de l’épouse », s’est félicité Me Gérard Chemla, avocat de François Lambert. Certes. Mais cette observation de la justice dit aussi que l’affaire Vincent Lambert est selon toute vraisemblance faite pour durer.

« Ce n’est pas la bonne décision, commente encore Me Paillot. Nous sommes dans un conflit familial intense où Rachel fait partie des procédures, elle n’est pas neutre bien qu’elle occupe une place légitime d’épouse. Désormais, c’est la seule à représenter son mari, notamment à l’hôpital, elle est à la fois juge et partie. Nous étions d’accord pour la nomination d’un tuteur, mais pas pour que ce soit Rachel. Nous avons quinze  jours pour relever appel de cette décision, il est trop tôt pour le dire et nous allons réfléchir, mais il n’est pas invraisemblable que nous choisissions cette option. »

La justice, qui l’a façonnée, doit désormais apprendre à faire avec l’affaire Vincent Lambert.

A demain

5 réflexions sur “Justice et fin de vie : Rachel Lambert devient la tutrice de Vincent Lambert. Pour dix ans.

  1. Comment va t’on interpréter ?…

    Il ne faut pas perdre de vue que le mariage constitue en tant que tel un statut et une obligation de protection mutuelle de la part de chacun des conjoints.
    En ce sens, Rachel Lambert dispose d’une position préférentielle à assumer cette protection, qui ne peut pas être ignorée par le magistrat.
    La question qui pourrait être posée est de savoir si un conjoint qui a manifestement souhaité s’éloigner de son mari, comme cela semble être le cas, sans être pour autant divorcé, peut encore disposer de cette position préférentielle ?

    • Bonjour
      Merci pour cette cette précision qui est donc, ainsi, apportée.
      Vrai sujet. On peut ainsi, à cette occasion, préciser que ces propos de François Lambert ont été largement repris par différents médias (écrits ou pas) sans que la source (« Le Monde ») soit donnée.
      Vaste question. Il n’est pas exceptionnel, non plus, que des écrits originaux de ce blog soient repris avec quelques omissions. Pour ma part je m’attache (« Journalisme et santé publique ») à citer les différentes sources médiatiques utilisées (en intégrant les liens) dans le corps du texte. Elles sont d’autre part réunies sous le titre.
      Bien cordialement
      J;-Y. N.

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