Essai clinique mortel de Rennes: que s’est-il exactement passé le dimanche 10 janvier ?

Bonjour

« Essai clinique : Guillaume, cobaye, mort pour 1900 euros » titrait, fin janvier, Le Journal du Dimanche. Guillaume Molinet, volontaire sain mort le 17 janvier après avoir participé à un essai clinique autorisé selon les règles, mené par la société française BIOTRIAL pour le compte du laboratoire pharmaceutique portugais BIAL.

Nous sommes le 11 mars. Représentée par son avocat Me Jean-Christophe Coubris, la famille de la victime a déposé plainte contre X au TGI de Paris. « Pour la famille il s’agit de comprendre comment cette molécule a pu entraîner le décès de Guillaume Molinet et l’hospitalisation des cinq autres volontaires » explique France 3 Bretagne..

« Guillaume était curieux et il voulait participer à la recherche pour ce type de maladies, confie Laurent, le frère de Guillaume au Parisien (vidéo). Guillaume n’était que remplaçant, il ne devait pas faire le test. Je lui avais dit de ne pas le faire parce que à mon sentiment on ne sait jamais ce qui peut arriver avec ce genre de médicaments nouvellement testés, on ne sait jamais les effets qui peuvent survenir au bout d’un mois, de deux mois… Je ne sentais pas du tout l’histoire. »

Seulement informés par « la presse »

Laurent précise que son frère Guillaume, âgé de 49 ans, père de quatre enfants «était en parfaite santé et il avait une hygiène de vie impeccable, en ce sens où il était fumeur et ça faisait deux ans et demi qu’il avait arrêté. Il faisait très très attention à son alimentation et il s’était remis au sport. Une parfaite condition physique. A priori il n’était pas un sujet à risque. »

Laurent Molinet regrette encore que la famille ne soit pas informée des avancées de l’enquête autrement que par la presse« Je ne trouve pas ça normal, au moins que sa compagne puisse être tenue au courant des évolutions des différentes enquêtes, et pour l’instant on n’a aucune information ».

Courrier consulté

La presse, précisément. Une nouvelle fois c’est Le Figaro qui informe dans cette affaire –  via un document qu’il a pu consulter. Un document qui permet de revenir sur un moment capital de l’affaire : celui des premiers symptômes exprimés par celui qui allait mourir. Nous sommes le dimanche 10 janvier :

« Le dimanche 10 janvier à 20 h 30, un courrier de Biotrial est adressé au médecin des urgences du CHU de Rennes qui reçoit Guillaume Molinet. Selon cette lettre, consultée par Le Figaro, l’état de santé du volontaire est déjà très préoccupant. Le patient «présente depuis ce matin des troubles de la vue qui se sont majorés au cours de la journée (diplopie avec apparition d’une dysarthrie importante) et des céphalées importantes, frontales et postérieures, pour lesquelles il a reçu 1 gramme de paracétamol à 20 heures ce jour». L’auteur du courrier précise : « L’examen neurologique révèle un état ébrieux majeur, sans déficit sensitivo-moteur objectivé jusqu’alors.»

 Autant de symptômes qui chez n’importe qui «devaient alerter, explique un médecin au Figaro. Alors encore plus chez un volontaire inscrit dans un essai clinique portant sur une drogue à visée cérébrale!» Un autre expert observe que l’auteur du courrier a bien noté un «syndrome confusionnel avec céphalées faisant penser à un problème généralisé et donc lié à l’administration du médicament». Un neurologue ajoute: «Dans un cas comme celui-là, il s’agit d’une urgence à explorer au maximum via des imageries cérébrales appropriées, comme une IRM et un examen neurologique approfondi.» Le dimanche soir, le patient ne passera qu’un scanner à 22 heures. »

« Manquements déontologiques majeurs »

Ces éléments devront être rapprochés des déclarations précédentes (à tonalité rassurante) faites sur le même épisode par les responsables de BIOTRIAL. Rapprochés aussi des éléments établis par les enquêteurs de l’IGAS travaillant sur cette affaire. Dans leur rapport d’étape, ces enquêteurs relevaient, au rang des « manquements majeurs eu égard à la déontologie et à la réglementation », « l’absence de recherche d’information en temps et en heure sur l’état du volontaire hospitalisé (…) ». Faut-il désormais s’intéresser à ce qui s’est, très précisément, passé en amont de cette hospitalisation ?

Est-il exact qu’entre 15 et 16 heures, le dimanche, Guillaume Molinet a été vu par un médecin de BIOTRIAL «déambulant» dans les locaux de la société sans pour autant être examiné ? Exact que c’est à 18 h 30 que d’autres volontaires ont alerté sur son état ? On connaît la suite : l’hospitalisation et la poursuite de l’essai, le matin du lundi 11 janvier, avec administration de la dose prévue au cinq autres volontaires, puis l’arrêt de l’essai leurs hospitalisations. Puis la remontée de l’information vers Porto et Paris.

Marisol Touraine, ministre de la Santé, ne sera informée que le jeudi 14 janvier. La presse commence alors à être officiellement informée. Guillaume Molinet est alors en état de mort cérébrale.

Le CHU Pontchaillou visé

La suite de l’affaire va soulever de nouvelles polémiques jusqu’ici masquées. BIOTRIAL  maintient avoir agi de façon diligente. «L’état de M. Molinet n’avait rien d’inquiétant dimanche en début de soirée. Il parlait, il rigolait, assure le directeur François Peaucelle, cité par Le Monde. le patron de cette entreprise spécialisée dans les essais cliniques. Nous l’avons envoyé au CHU par précaution, afin qu’il passe une IRM. On nous a répondu que l’appareil n’était pas en service à cette heure-ci et qu’il fallait attendre le lendemain.» Mais encore ?

M.  Peaucelle assure ne pas avoir, le lundi 11 janvier, été prévenu avant 10  heures de la gravité de l’état de Guillaume Molinet. «Pourquoi le CHU ne nous a-t-il pas appelés pour nous mettre en garde ? Au moment où nous avons administré une nouvelle dose aux cinq autres volontaires de la cohorte, lundi 11  janvier à 8  heures, nous n’avions aucune idée de la situation.» Qui devait appeler l’autre ?  Selon Le Monde, BIAL s’interroge lui aussi sur l’attitude du CHU de Rennes. Il chercherait aussi à assurer ses arrières en questionnant la façon dont Biotrial a sélectionné les volontaires.

Pour l’heure police enquête. La suite ne devrait guère tarder.

A demain

 

Une réflexion sur “Essai clinique mortel de Rennes: que s’est-il exactement passé le dimanche 10 janvier ?

  1. Une IRM en urgence ? La quête du Graal ! Comme le scanner il y a 30 ans.
    Réservé à quelques types d’urgences particulières, vu l’indisponibilité maladive de cet examen.
    De plus reste à démontrer que l’IRM change le traitement initial, basé sur l’examen clinique et le scanner et des examens biologiques .
    MAis comment Biotral n’a t il pas considéré que jusqu’à preuve du contraire une maladie survenant lors d’un essai thérapeutique est une conséquence du traitement étudié ?

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