Stopper l’hémorragie des chirurgiens des Hôpitaux de Paris. Un garrot à quel prix ?

Bonjour

Papier incisif du Monde (daté du 13 mars) : « Les départs de chirurgiens des hôpitaux publics de Paris inquiètent » (François Béguin). Où l’on prend la mesure du malaise du navire amiral hospitalier français de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Il doit faire face à des fuites chirurgicales : sur ses 576 chirurgiens titulaires, l’AP-HP a enregistré quinze  démissions en  2013, dix-neuf en  2014, et vingt-trois sur les neuf premiers mois de 2015.

Un phénomène inimaginable hier encore, quand la pratique de la chirurgie dans l’un des châteaux-forts de la place hospitalière parisienne était l’équivalent d’une forme de gloire personnelle et d’achèvement professionnel. Quitter les blocs de l’AP-HP … ? Aller pratiquer ailleurs… ?  Faire une croix sur l’excellence… ?  Jeter aux orties son bâton de maréchal hospitalo-universitaire … ?

L’image de l’AP-HP est-elle à ce point ternie ? Les sirènes du privé et des hôpitaux américains de Neuilly (ou des Etats-Unis) sont-elles à ce point puissantes ?  On s’inquiète désormais ouvertement dans les hautes sphères de l’administration hospitalière parisienne. Pour ne pas être mortelle l’hémorragie est là, croissante. Il y a la symbolique. Et puis il y a les 37,7  % des recettes qui proviennent de l’activité de ses blocs.

Rapport et signal d’alarme

Aussi a-t-on demandé un rapport . C’est de ce rapport, demandé au Pr Laurent Hannoun, (Pitié-Salpêtrière) par le directeur général en septembre dernier dont nous parle Le Monde – un rapport qui a été présenté, en interne, le 10 mars, à la direction, à la communauté médicale et aux doyens des universités. Un rapport qui, bien évidemment, commence à fuiter. Le Monde :

«  » Ces départs doivent être vus comme un signal d’alarme « , explique le Pr Laurent Hannoun,  » Pour la première fois, des chirurgiens seniors, très impliqués dans l’institution, ont démissionné pour s’installer à quelques centaines de mètres de leur service d’origine « , alerte M. Hannoun, réfutant cependant un quelconque impact de ces départs sur  » l’excellence «  de l’institution.  » On a l’impression d’un mouvement qui nous déstabiliserait si on ne faisait rien « , analyse Martin Hirsch, le directeur général de l’AP-HP.

Même s’ils n’ont pas été rendus publics, les noms de ceux qui sont partis dans le privé, en France ou à l’étranger, sont bien connus au sein des hôpitaux parisiens. Dans les services, c’est devenu un sujet de conversation régulier. Même si certains praticiens ont pu, par le passé, communiquer de façon fracassante sur les raisons de leur départ, aucun de ceux sollicités par Le Monde n’a cependant souhaité expliquer son choix. »

Esprit de lucre

Une affaire d’argent, de basses questions de rémunération ? Ce ne serait pas la seule motivation. « Cette dimension existe, admet M. Hirsch. La seule façon de contrebalancer cette envie de gagner plus, c’est de donner aux chirurgiens la possibilité d’exercer correctement une activité variée et valorisante. » La direction générale souhaiterait ainsi proposer un « nouveau contrat » aux chirurgiens afin de leur redonner du « bonheur au bloc » et d’arriver à « s’organiser à terme pour être aussi efficace qu’une clinique ».  Etrange époque où les capitaines galonnés du  navire amiral en viennent  à proposer comme modèle les frégates privées naviguant dans des eaux jadis tenues pour troubles.

Bien loin de la cupidité et de l’esprit de lucre le mal résiderait pour l’essentiel dans les lourdeurs et les dysfonctionnements quotidiens, ces terreaux de la démotivation des chirurgiens. Aussi le salut résiderait-il  dans la fluidification des blocs et des articulations chirurgiens-anesthésistes, dans le respect des pendules interventionnelles.

Débureaucratiser

Au-delà de cette mission toutes ces questions inquiètent très sérieusement la communauté de l’AP- HP comme on peut le voir ici (pages 7 et 8) dans le compte rendu de la séance plénière de la CME du 13 octobre 2015.

« Les causes de ce phénomène sont connues et archi-connues, explique pour sa part le Pr Bernard Granger, membre de la CME et responsable de l’unité de psychiatrie de l’hôpital Cochin. Le remède viendra-t-il ? J’en doute car la débureaucratisation de l’AP-HP n’est pas pour demain, les rémunérations ne vont pas bouger et l’investissement est insuffisant. Il ne faut pas minimiser ce problème. L’administration a été alertée à plusieurs reprises depuis plusieurs mois. Les raisons des départs sont bien connues. Ils s’expliquent par des conditions de travail de plus en plus pénibles et des rémunérations qui ne sont pas à la hauteur. »

Signes limpides. Diagnostic assez simple à porter. Comment fait-on pour débureaucratiser ?

A demain

Une réflexion sur “Stopper l’hémorragie des chirurgiens des Hôpitaux de Paris. Un garrot à quel prix ?

  1. Hélas…même pour eux…, si elle n’est pas dans la tète…. » Il n’y a plus d’Amérique …. » !
    A force de convaincre qu’il n’y a rien de l’autre côté de la montagne…on n’a plus d’alpiniste…!!
    Pour nous…il y avait la guerre dans nos petites années….ce qu’avaient accepté, souffert ou supporté ceux devant nous….et « L’Espoir »…..
    On a fait ce qu’on a pu à travers les « Grandes Premières »….
    On y croyait ….!
    Maintenant ….?
    Le petit lapin rose n’a plus de piles….!!!
    « Ni comédien…ni prostitué « … conseille pourtant Marc Aurèle….!
    Qui ça ?
    Rendez-vous….ailleurs….pour ceux qui croient encore à quelque chose….!!!
    Et quand on a plongé trop profond…il faut descendre encore…pour pouvoir se relancer du fond !!!!

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