Que risque vraiment un pharmacien catholique français refusant la vente de contraceptifs ?

Bonjour

La grande fatalité a ses petits secrets. L’histoire pharmaceutique survient alors que ne cesse de grossir l’affaire Barbarin, du nom du Primat des Gaules aux prises avec d’anciennes affaires de pédophilies ayant son diocèse pour cadre. Pour notre part  nous sommes à Salleboeuf, petite commune de l’Entre-deux-Mers. Un peu plus de deux mille habitants et une seule pharmacie. Et un pharmacien qui nourrit de solides croyances religieuses catholiques.

Bruno Pichon  vient de se voir notifier par ses pairs une interdiction provisoire (une semaine) d’exercer pour avoir refusé de vendre des contraceptifs ; l’affaire vient d’être révélée par le Planning familial de Gironde et amplifiée par le quotidien régional Sud Ouest.  « C’est gravissime, on ne peut pas laisser les choses en l’état et la loi doit s’appliquer partout, a déclaré à l’AFP Annie Carrareto, administratrice du Planning familial de la Gironde. Elle  confirme « la suspension pour une semaine » de Bruno Pichon par le conseil de discipline de l’Ordre des pharmaciens. Contacté par l’AFP, Bruno Pichon, pharmacien à Salleboeuf, une petite commune de 2.200 habitants située dans l’Entre-deux-Mers, a effectivement confirmé sa suspension mais s’est refusé à tout autre commentaire.

Stérilet et pilule du lendemain

« Nous avons été contactés en janvier par deux clientes de l’officine de M. Pichon à qui on avait refusé la distribution de contraceptifs prescrits par des médecins, raconte Annie Carrareto. Envoyées sur place le 12 janvier, deux de nos militantes ont essuyé le même refus après avoir demandé un stérilet et une pilule du lendemain prescrits par un médecin du Planning familial. »

On imagine sans mal la suite : le Planning en a informé l’Ordre des pharmaciens. Il venait de suspendre pour une semaine à partir du 2 mai 2016, le même pharmacien après une plainte similaire. Ce même pharmacien girondin avait été condamné pour refus de distribution de contraceptifs en novembre 1995 et en première instance. Il avait alors épuisé, sans succès, toutes les procédures auprès de la Cour d’appel, de la Cour de cassation et de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Toutes l’ont débouté, assure Sud Ouest. Saisie en dernier recours, la CEDH avait statué qu’il « ne pouvait faire prévaloir ses convictions religieuses pour justifier ce refus de vente ».

Quinze ans plus tard, le même pharmacien officie toujours dans la  seule pharmacie d’officine de Salleboeuf è et il ne vend toujours pas de contraceptifs. Le Planning familial girondin a alerté les élus, la préfecture de Gironde et l’Agence régionale de santé (ARS). A ce jour seule l’ARS a répondu, en acceptant de recevoir les représentants du Planning a indiqué son administratrice.

Faites confiance à votre pharmacien

 Le refus de vente du pharmacien ? Il faut ici lire Le Moniteur des Pharmacies :

« Votre pharmacien possède le droit de refus de vente qui s’exerce dans le seul intérêt de la santé publique.   Il a le droit de l’appliquer quand une demande de médicament contenant des substances vénéneuses n’est pas motivée par une ordonnance médicale ou si cette dernière comporte des associations de médicaments dangereuses ou des contre-indications pour le malade.   

« Pour les mêmes raisons ou pour empêcher une utilisation détournée, il pourra aussi refuser la délivrance d’un médicament dit « en vente libre ». Tout acte pharmaceutique non conforme au code de la santé publique engage la responsabilité du pharmacien. Cette responsabilité est aussi entière quand il délivre des médicaments à partir d’une prescription médicale.    

 « La pharmacie est un lieu de vente particulier, car le médicament destiné à soigner n’est pas inoffensif ; faites confiance à votre pharmacien, écoutez ses conseils et acceptez ses refus c’est votre santé qui est en jeu. »

 Maîtrise féminine de la fécondité

 Le site Génèthique avait, en 2011, évoqué le témoignage de Bruno Pichon qui s’était confié dans l’ouvrage « Pharmaciens hors-la-loi » (éditions de l’Homme nouveau) ouvrage qui abordait  les différents aspects de l’ « objection de conscience » des pharmaciens :

« Bruno Pichon, pharmacien, livre ainsi son témoignage d’objecteur : en 1994, en accord avec sa femme et sa belle-sœur avec lesquelles il travaille, il décide d’arrêter de délivrer tout produit contraceptif. Cette décision est le fruit d’une prise de conscience progressive du lien étroit qui unit contraception et avortement. Traduits en justice pour leur objection de conscience, ils seront condamnés par la Cour d’appel de Bordeaux le 13 janvier 1998 pour avoir fait « obstacle aux dispositions légales qui viennent protéger la liberté fondamentale des femmes à maîtriser leur fécondité« . Le jugement sera confirmé par la Cour de cassation et la Cour européenne des droits de l’homme.

« Bruno Pichon témoigne de la difficulté pour les pharmaciens catholiques de continuer à exercer leur profession dans un tel contexte : certains changent de métier, d’autres s’adaptent au mieux à ce que la loi leur impose. La condamnation qui guette les pharmaciens objecteurs est pourtant légalement ambiguë : en effet, le Code de la santé publique, s’il ne reconnaît pas la clause de conscience aux pharmaciens, ne les soumet à aucune obligation de vente de produits abortifs. C’est un détournement du Code de la consommation qui a motivé les juges au prétexte que les pharmaciens ont le monopole de la vente de ces produits. Un tel jugement relève du déni de la qualité soignante du pharmacien et n’entraîne aucune obligation : les médecins qui ont le monopole de la pratique des avortements ont, eux, une clause de conscience. »

C’est, de fait, l’une des très grandes différences entre ces deux professions.

A demain

 

 

2 réflexions sur “Que risque vraiment un pharmacien catholique français refusant la vente de contraceptifs ?

  1. Les contraceptifs seraient des abortifs…. Sauf erreur de ma part, aucune pilule contraceptive n’est un abortif. Au « pire » elle empêche une nidation, mais en aucun cas elle provoque un avortement. Quant au stérilet, non, ce n’est pas un abortif non plus. Mais l’idée qu’il agit par inflammation de la muqueuse utérine à la vie tenace… Professionnels, renseignez-vous un peu bon sang !

    « Un tel jugement relève du déni de la qualité soignante du pharmacien ». Donc c’est ce comporter en « soignant » que de préférer laisser les femmes tomber enceinte à la chaine alors qu’elles ne veulent pas de grossesse, de les obliger à se faire pratiquer un avortement non médicamenteux, ou de les obliger à accoucher d’enfants qu’elles risquent fort de violemment rejeter ? Bigre ! J’espère ne jamais avoir affaire à de tels « soignants » !
    Sans doute ce genre de « soignants » souhaiteraient ardemment le retour de l’époque où les faiseuses d’anges officiaient, laissant derrière elles un cortège sanglant de femmes mutilées à vie, ou mortes… au moins ces « soignants » garderaient les mains propres et la conscience bien au chaud, et pourront à leur aise vivre dans un monde de Bisounours où la Vie se plie à des dogmes moraux plutôt qu’à la réalité du terrain.

    La question n’est même pas d’être pour ou contre l’avortement ou la contraception. La question est de savoir si on accepte de revenir à ce massacre post loi Veil, et à l’époque ou les femmes n’étaient que des pondeuses ?

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